
Plus de quatre ans après son éclatement, le scandale Pegasus continue de faire parler. De nouvelles révélations sont faites dans un documentaire de France Télévisions.
L’espionnage du téléphone du président français par les services marocains était destiné à obtenir des renseignements sur l’Algérie, a suggéré l’ancien patron de la DGSE Bernard Bajolet.
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Pegasus est un logiciel espion israélien que le Maroc a utilisé à partir de 2017 pour espionner des milliers de téléphones d’opposants ainsi que de journalistes et responsables étrangers, notamment algériens. Le scandale a été révélé en 2021 par un collectif de journalistes indépendants, Forbidden Stories.
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Parmi les cibles des services marocains figurait le téléphone du président français Emmanuel Macron, d’où le long froid dans la relation entre les deux pays qui a duré jusqu’en 2024.
Plusieurs années après, les langues se délient. Bernard Bajolet est ancien ambassadeur de France en Algérie (2006-2008) et ancien directeur du renseignement extérieur français (DGSE, 2013-2017).
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Dans l’enquête que diffuse France 5 ce dimanche 5 avril, il estime que le ciblage du téléphone d’Emmanuel Macron avait comme objectif d’en savoir plus sur l’Algérie.
« J’imagine que ça les intéresse de savoir dans quel état d’esprit était la France vis-à-vis du Maroc, de l’Algérie. Pour eux, c’étaient des renseignements de caractère stratégique », indique Bajolet.
En 2019, l’Algérie était en plein Hirak populaire. Le Maroc aurait voulu en savoir davantage en espionnant son allié français, suggère l’auteur de l’enquête. Outre le téléphone du président, ceux du Premier ministre Édouard Philippe et de 14 membres du gouvernement français ont également été écoutés.
« C’est la première fois qu’un pays ami, le Maroc, se permet d’écouter le portable d’un dirigeant, c’est un séisme très fort », décrit la journaliste française Sophie des Déserts.
Pegasus : « Ils me l’ont fait à l’envers, ce roi est un voyou »
Selon le journaliste Laurent Richard, membre de Forbidden Stories, Emmanuel Macron était en colère et a eu cette réaction à propos de Mohammed VI : « Ils me l’ont fait à l’envers, ce roi est un voyou. »
Lorsque Mohammed VI a tenté de nier, Macron lui a dit sèchement au téléphone : « Soit vous ne savez pas ce qui se passe dans votre pays, soit vous mentez. » Le roi a alors raccroché, rapporte l’écrivain proche du palais royal de Rabat, Tahar Ben Jelloun.
🇲🇦🇫🇷 | « Ils me l’ont fait à l’envers.
🚨𝗖𝗲 𝗿𝗼𝗶 𝗲𝘀𝘁 𝘂𝗻 𝘃𝗼𝘆𝗼𝘂. » – Macron
Selon l’ex patron de la DGSE, #Bernard_Bajolet, le #Maroc a eu recours à Pegasus en 2019 pour espionner la #France, et notamment afin d’obtenir des informations sur l’Algérie 🇩🇿. pic.twitter.com/OD0Cv5WDMY— بوابة الجزائر – Algeria Gate (@algatedz) April 4, 2026
L’Élysée n’a jamais communiqué officiellement sur cette affaire. En France, on s’interroge encore sur comment Emmanuel Macron a pu passer l’éponge sur un tel acte et a fini par se réconcilier avec le Maroc en s’alignant sur ses thèses sur le Sahara occidental.
L’Espagne, elle aussi touchée par cette opération d’espionnage, a fini par céder au chantage dans le même dossier, au lieu de sévir contre Rabat.
« Si ça avait été un autre État que le Maroc, la France aurait été bien plus violente. Mais là, il y avait sans doute beaucoup à préserver », estime Laurent Richard.
Le royaume compte des défenseurs en France. L’un d’entre eux s’est exprimé dans le documentaire et c’est un ancien président de la République.
Nicolas Sarkozy, lui-même poursuivi pour une affaire d’écoutes et passé par la case prison dans une autre affaire, a réduit le scandale à une scène de ménage.
« On parle de siècles de rapports entre deux grandes nations, ça ne se définit pas par rapport à Pegasus ou des choses comme ça. C’est comme si vous disiez : « Ma femme a fait une scène hier, on s’est disputés, on divorce » », dit-il.
Pour lui, Macron aurait dû croire le roi quand il a nié. « L’histoire, la confiance, ce que je sais du roi, m’ont amené à le croire », assure Sarkozy, l’une des voix qui ont poussé ces dernières années pour arriver à la reconnaissance de la « marocanité » du Sahara occidental annoncée en juillet 2024, tout juste trois ans après la découverte de l’affront inqualifiable fait à la France et à son président.
🇲🇦⚡️🇫🇷 « Si ça avait été un autre État que le Maroc, la France aurait été bien plus violente. Mais là, il y avait sans doute beaucoup à préserver… »
En 2019, le Maroc a espionné la France via Pegasus, en ciblant notamment le téléphone d’Emmanuel Macron, ceux de plusieurs… pic.twitter.com/p3ArU1XTv6
— The News (@thenews_fr) April 4, 2026