
Comme le discours de Dominique de Villepin devant l’ONU, par lequel il a exprimé l’opposition de la France à l’invasion de l’Irak en 2003, celui qu’a prononcé mercredi 4 mars 2026 le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, qui s’est positionné contre la guerre menée à l’Iran, restera dans l’histoire. Son « non à la guerre » rencontre déjà un retentissement mondial.
En deux décennies, la voix de l’Europe qui refuse l’hégémonie américaine s’est déplacée de Paris à Madrid.
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La position de Pedro Sánchez n’est pas ce qu’on peut qualifier de coup de colère passager contre une aventure israélo-américaine aux conséquences non calculées. Elle s’inscrit dans le prolongement de la nouvelle orientation de la diplomatie espagnole en faveur du respect du droit international et contre les initiatives unilatérales de Washington et de Tel-Aviv.
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Mardi dernier, le président américain Donald Trump a menacé de cesser tout commerce avec l’Espagne en réaction au refus de Madrid d’autoriser l’utilisation des bases cogérées avec l’armée américaine pour attaquer l’Iran, pendant que les autres dirigeants du Vieux continent sont mitigés.
La menace n’a pas refroidi Pedro Sánchez. Dès le lendemain, il a prononcé un discours au vitriol contre ce que font Israël et les États-Unis au Moyen-Orient.
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« Il est absolument inacceptable que des dirigeants incapables d’atteindre cet objectif (d’améliorer la vie de leur peuple, ndlr) utilisent la guerre pour masquer leurs échecs et, ce faisant, remplir les poches d’une petite élite –les seuls qui gagnent quand le monde arrête de construire des hôpitaux pour fabriquer des missiles », a-t-il dénoncé.
« On peut être contre un régime odieux et, en même temps, contre une intervention militaire injustifiée et dangereuse », a expliqué le président socialiste du gouvernement espagnol.
Pendant la guerre de Gaza, l’Espagne a été l’un des rares pays occidentaux à dénoncer dès le début ce que l’armée israélienne a fait subir à la population civile de l’enclave palestinienne. Pedro Sánchez s’est distingué par ses appels au cessez-le-feu alors que le mot était encore tabou chez les dirigeants européens.
Pedro Sánchez tient tête à Donald Trump
En mai 2024, Sánchez a franchi un pas que personne n’attendait en Occident en reconnaissant l’État de Palestine avec la Norvège et l’Irlande. Madrid a ainsi ouvert la voie à la reconnaissance de la Palestine par de nombreux États, y compris la France, le Canada et la Grande-Bretagne en septembre 2025.
L’orientation du gouvernement espagnol est aussi celle de son opinion publique. Ces derniers mois, les plus grandes actions de solidarité avec la Palestine et de dénonciation d’Israël en Europe ont eu lieu sur le territoire espagnol. Les plus retentissantes sont celles qui ont perturbé la tenue du Tour d’Espagne cycliste en septembre 2025 contre la participation d’une équipe israélienne.
La position actuelle de l’Espagne rappelle la « politique arabe » de la France, initiée par le général de Gaulle dans les années 1960 et abandonnée par Nicolas Sarkozy à partir de 2007.
Paris a toujours veillé à se tenir à équidistance des belligérants au Moyen-Orient et à garder la souveraineté de sa décision face à l’hégémonie américaine.
Le dernier baroud d’honneur de la France dans ce sens fut l’opposition du président Jacques Chirac et de son chef de la diplomatie Dominique de Villepin à l’invasion de l’Irak en 2003 par l’Amérique de Georges W. Bush.
Ces deux dernières décennies, l’aura de la France dans le monde arabe a été quelque peu ternie par plusieurs positionnements sur Washington. Lors de la guerre de Gaza, le président Emmanuel Macron, même s’il a fini par plaider pour la reconnaissance de la Palestine, n’a jamais vraiment réussi à tenir le bâton par le milieu, notamment au début de la guerre quand il réitérait son soutien « inconditionnel » au « droit d’Israël à se défendre ».
Dans cette nouvelle guerre contre l’Iran, la France n’a pas rejoint ouvertement les États-Unis et Israël. Macron a même estimé que leur action est menée « en dehors du droit international ».
Néanmoins, il a endossé la responsabilité de l’agression au pays attaqué, c’est-à-dire à l’Iran, et a ordonné le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle dans la région, indiquant que la France doit « prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases ainsi que celle de ses alliés dans la région ».