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Saïd Sadi : Bouteflika ne partira pas « sans un rapport de forces qui le contraint à l’abdication »

Saïd Sadi : Bouteflika ne partira pas « sans un rapport de forces qui le contraint à l’abdication »

Les propositions du président de Bouteflika relatives à l’abandon du 5ème mandat et l’annulation de l’élection présidentielle figureront, selon Said Sadi, ancien président du RCD, dans les annales « des souffles burlesques des régimes autocratique en fin de vie ».

« Annulation d’un scrutin, dont normalement seul le Conseil constitutionnel peut décider, prolongation anticonstitutionnelle d’un mandat présidentiel dont la durée est laissée à la discrétion de celui dont le peuple exige le départ, nomination d’un ministre de l’Intérieur, acteur patenté des fraudes et auteur prolifique des lois scélérates, comme chef du gouvernement devant initier le renouveau, le tout agrémenté de l’invraisemblable information qui assure qu’il n’a jamais été question de cinquième mandat », a détaillé Sadi Said, invité, ce mercredi 13 mars, au Forum de Liberté.

Par ces décisions, le régime s’entête, selon lui, à continuer à s’abîmer dans des pratiques « qui avilissent l’image d’un Etat que seule la rue, c’est-à-dire en l’occurrence le peuple, a réhabilité par une mobilisation digne, généreuse ». Une mobilisation qualifiée de « politiquement pertinente » puisque ses messages« disent l’essentiel, à savoir la fin du système ».

« Personne ne voyait l’arrivée de cette extraordinaire mobilisation avec cette qualité. J’ai prévu l’éruption d’une explosion, mais j’avoue ne pas avoir anticipé que la jeunesse algérienne, qui a été livré à un enseignement dégradant et des médias aliénants, pouvait connaître cette mutation psychologique, culturelle et sociale et administrer une leçon civique », a-t-il dit.

« Disqualifier toute la classe politique en amalgamant pouvoir et opposition »

Toutefois, estime Said Sadi, « rien n’est acquis ». « Les provocations existent. Les forces de la résistance au changement sont là. On voit la manière pathétique avec lequel le chef de l’Etat essaye encore de manipuler ce mouvement. Il est capable de sortir avec son fauteuil roulant et « marcher » avec les manifestants (…) Il ne faut pas sous évaluer les manœuvres sous-terrains d’acteurs ou d’organes parallèle ayant tissé leurs réseaux, construit leur force et amassé leur fortune dans les entrailles du système ou à sa périphérie et qui n’ont, aujourd’hui, d’autres recours que de se fondre dans la dynamique citoyenne pour tenter d’en infléchir le cours et, pourquoi pas, en faire avorter les objectifs », a-t-il averti.

Et d’ajouter : « il suffit d’entendre certains affidés, de jeter un œil sur certains sites ou de suivre les plateaux de télévision parapubliques pour confirmer les visées des slogans qui fuitent des officines. Faute de pouvoir sauver le système, ces agents et relais s’emploient à disqualifier toute la classe politique en amalgamant pouvoir et opposition (…) « Il n’y a pas d’opposition ni d’opposants » ou « les politiques se valent tous », vieille antienne du DRS, réchauffée et agrémentée pour les besoins de la cause ».

Ces pratiques visent, d’après Saïd Sadi, à éloigner les convergences entre les jeunes manifestants et les anciens militants pour les libertés et pour la démocratie. Le but stratégique serait l’isolement et l’épuisement du mouvement du 22 février pour « en faire un ectoplasme informe et acéphale, livré à terme à l’usure ou, si possible, aux manipulations ».

« Pousser à l’exaspération la jeunesse pour aller vers l’état d’urgence »

« J’ai eu une information dont je n’ai pas raison de douter qui dit que dans le cercle présidentiel, la démarche arrêtée est la suivante : pousser à l’exaspération la jeunesse pour aller vers l’état d’urgence. D’où la nécessité, un, de savoir que la volonté Bouteflika n’est absolument pas de négocier une phase de transition mais d’asseoir encore plus l’emprise de son clan sur le pays. Et, deux, qu’il faut encore plus de vigilance lors de ces manifestations. Si on veut jouer le pire, on va faire les fous et on va se retrouver devant la Cour pénale internationale (CPI), et s’il doit y avoir un Gbagbo algérien (Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, a refusé de quitter le pouvoir en 2010, conduit ensuite à la CPI, acquitté neuf ans après, NDL) alors chiche ! Gbagbo a essayé de ruser avec la rue ivoirienne. C’est souvent le destin des despotes qui ne savent pas partir à temps», a-t-il dit.

Selon Saïd Sadi, Bouteflika ne partira pas « sans un rapport de forces qui le contraint à l’abdication ». Il a appelé le chef de l’État à démissionner avant l’entame d’une période de transition dotée d’instruments de gouvernance et de gestion.

« Ce n’est pas à l’armée de porter des jugements sur le peuple »

Said Sadi a critiqué les récentes déclarations du général de corps d’armée, Ahmed Gaid Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, sur le mouvement de contestation actuel.

« Ce n’est pas à l’armée de porter des jugements sur le peuple où d’en être fier mais au peuple d’être fier de son armée, faut-il encore qu’elle le mérite (…) L’armée algérienne, comme tout ce qu’interpelle ce mouvement, est, elle aussi, appelé à se réinventer. Elle doit être le reflet d’un peuple jeune, moderne et maintenant sûr de ses droits. C’est tout cela la révolution démocratique qui est en germe dans l’insurrection citoyenne qui se déroule sous nos yeux », a-t-il noté.

Saïd Sadi a estimé que l’armée donne à penser, « pour l’instant », qu’elle privilégie son soutien à un homme et à son clan « plutôt que la fidélité au peuple, ce qui rend encore plus impérieux l’engagement, la mobilisation et l’encadrement de nos population ».

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