
Pendant vingt ans, la délégation marocaine a vécu tranquille. Chaque automne, la résolution sur le Sahara occidental était adoptée par consensus.
Rabat pouvait ensuite lui faire dire ce qu’il voulait, sans craindre que quiconque examine le texte de trop près.
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Cette année, les États-Unis ont demandé un vote sur tous les projets de résolution des six grandes commissions. Le Maroc s’est retrouvé désarçonné. Privé du confort du consensus, il a dû voter et commenter un texte qu’il aurait préféré voir adopter sans examen attentif.
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L’agence de presse officielle marocaine MAP s’est alors chargée de faire dire au texte ce qu’il ne dit pas. Selon sa dépêche, la résolution « consacre » l’autonomie sous « souveraineté marocaine » et reconnaît « les quatre parties ». Pourtant, le texte de la résolution est disponible sur le Net et il contredit cette présentation.
1. « Autonomie » et « souveraineté marocaine » : zéro occurrence
La résolution 2797 sur le Sahara occidental figure dans trois listes de résolutions du Conseil de sécurité, entre les résolutions 2756 et 2703, au même titre que les résolutions 1754 et 1871.
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Elle est citée comme référence, sans reprise de son contenu. Transformer cette mention bibliographique en consécration politique relève d’un procédé classique.
2. Le texte traite d’une question de décolonisation
Le paragraphe 56 porte sur l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux.
Il réaffirme le droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément à la résolution 1514.
Il exige que toute solution respecte les « vœux librement exprimés » des peuples, en référence aux résolutions 1514 et 1541. Il rappelle enfin la responsabilité de l’ONU à l’égard du peuple du Sahara occidental.
L’Assemblée générale traite donc d’une question de décolonisation, et non d’un simple différend bilatéral pouvant se réduire à la souveraineté marocaine.
3. Les « quatre parties » n’existent que dans la dépêche de la MAP
Le texte ne nomme aucune partie. Il distingue pourtant clairement deux catégories d’acteurs. Les négociations se déroulent entre « les parties », en présence des pays voisins, comme le précisent le préambule et le paragraphe 4. L’Assemblée invite aussi « toutes les parties et les États de la région » à coopérer.
La distinction est nette : les parties négocient, les pays voisins et les États de la région coopèrent.
Si l’Algérie et la Mauritanie étaient elles-mêmes des parties aux négociations, le texte n’aurait aucune raison de les distinguer ainsi. La MAP préfère ignorer cette distinction, qui ruine son quatuor imaginaire.
4. Une résolution historique et identique aux précédentes ?
La MAP affirme que la résolution est « identique à celles adoptées depuis vingt ans », tout en la qualifiant d’« historique ».
Il faudra choisir. Un texte reconduit à l’identique ne marque aucune rupture historique. Il prolonge une position antérieure, éventuellement actualisée par de nouvelles références.
5. Des mots ajoutés, d’autres supprimés
Le paragraphe 2 évoque une solution « juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ».
La MAP lui substitue une formule différente : « réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable ».
« Réaliste » et « pragmatique » deviennent les arguments de vente de l’agence de presse officielle marocaine. « Juste » et « autodétermination » disparaissent.
Retoucher une citation tirée d’un document accessible à tous sur Internet exige un certain aplomb. Mais on connaît les méthodes de la MAP.
6. Ce que la dépêche passe sous silence
En votant pour ce texte, le Maroc a également approuvé la référence à l’autodétermination et l’appel aux parties à coopérer avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et à respecter le droit international humanitaire, conformément au paragraphe 5.
La dépêche omet ce passage, incompatible avec le récit qu’elle entend imposer.
7. Washington vote contre, Rabat face à un dilemme
Les États-Unis ont voté contre la résolution. Ce choix reflète l’hostilité habituelle de l’administration américaine, particulièrement sous Trump, envers les textes réaffirmant le droit des peuples à l’autodétermination et soutenant la décolonisation.
Le Maroc s’est retrouvé tiraillé entre deux impératifs : suivre son principal sponsor au Conseil de sécurité, qui privilégie l’autonomie, ou voter pour la résolution afin d’éviter l’isolement face aux 152 délégations qui l’ont approuvée.
8. La prétendue consécration de la résolution 2797 : un écran de fumée
Après le vote, les médias marocains ont cherché à justifier cette position embarrassante en affirmant que la résolution consacrait celle du Conseil de sécurité, la 2797. Or, sa simple mention dans le préambule relève d’une actualisation technique des références, sans portée nouvelle sur le fond.
Faute d’arguments solides, Rabat tente de masquer son embarras. Le pays se retrouve assis entre deux chaises, tiraillé entre l’alignement sur son principal soutien au Conseil de sécurité et la nécessité de ne pas apparaître isolé face à l’écrasante majorité des délégations.
Verdict : la MAP cite une résolution à sa convenance. Elle nomme des parties que le texte ne désigne pas, supprime les termes qui la dérangent et ajoute ceux qui servent son discours. Puis elle attribue cette réécriture à l’ONU. Cela s’appelle de la manipulation.