
Un gendarme français d’origine algérienne, membre de la Garde républicaine, est victime de discrimination au sein même de la caserne où il réside.
Son calvaire est rapporté par Mediapart. Selon les détails fournis par le journal d’investigation, le gendarme, âgé d’une trentaine d’années, a déposé plainte après avoir découvert en décembre dernier dans sa boîte aux lettres un message à caractère raciste : « On est en France ici habille-toi comme tel sale bougnoule. »
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Il a vite fait le lien avec la tenue algérienne qu’il a portée la veille en allant avec sa femme, elle aussi gendarme dans la même unité, à un mariage.
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En rentrant, une collègue leur a fait remarquer les nombreux « regards » qui se seraient posés sur leurs tenues.
Si l’homme, que Mediapart présente sous le faux prénom de Rayan, a décidé de porter plainte, ce n’est pas à cause de cet incident. En fait, c’est la goutte qui fait déborder le vase.
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« Ça fait six ans que je subis directement de la discrimination et du racisme, dénonce le gendarme. J’ai l’impression que tous les jours je dois me racheter une réputation », dit-il.
Il raconte que dès son arrivée dans son unité, on lui a fait comprendre qu’il serait « un peu trop arabe pour certaines personnes ici ».
Dès le début, il a essuyé des « microagressions racistes verbales répétées ». Quand sa famille en Algérie l’appelle, il parle arabe au téléphone. « On m’a suggéré qu’il ne fallait pas trop faire ça », se rappelle-t-il.
France : un gendarme d’origine algérienne sous forte pression
Tout en lui est sujet à suspicion au sein de la caserne. On lui demande s’il fait le Ramadan, s’il a l’habitude de prier. Un responsable lui a fait remarquer que sa « communauté parle fort » et qu’il ferait mieux de se « faire tout petit ».
Lorsqu’il est revenu de vacances en laissant pousser un petit bouc, certains de ses collègues ont failli faire « un signalement pour radicalisation ».
« On l’a assimilé à de la radicalisation à cause de sa barbe, parce qu’on sait qu’il est musulman et qu’il pratique… Ça l’a rendu malade. Il y a un souci dans cette caserne ; il doit se justifier sur tout et rien », a témoigné un de ses frères auprès du journal.
Après avoir haussé le ton face à une collègue pour une histoire de voisinage, Rayan a fait l’objet d’un rapport l’accusant de misogynie. Il est classé « macho » en « raison de sa couleur de peau », assure un de ses collègues.
Le cas du gendarme franco-algérien a divisé la caserne en deux camps : « Une partie qui me croyait, les nouveaux notamment, et les anciens, qui me prenaient pour le rebeu radicalisé, qui ne serre pas la main aux femmes et les viole. »
Sa femme subit la même pression. Elle témoigne qu’il lui est arrivé d’être convoquée par sa hiérarchie qui l’a mise en garde contre son mari « dangereux » et lui a proposé un autre logement pour être en sécurité.
Ryan a commencé dès 2021 à confier à des proches ou collègues le « racisme et harcèlement » qu’il subit. Sa situation était telle que son médecin lui a dit qu’il était sur le point de faire une dépression.
Depuis son arrivée dans cette caserne, il enchaîne les arrêts maladie, des problèmes de santé physique et des traitements médicamenteux, assure-t-il.