
Viandes, voitures, fruits importés, légumes, son de blé, orge… : en Algérie, la spéculation n’a plus de limites. Dimanche, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a encore haussé le ton face à la spéculation qui, à chaque fois qu’elle est chassée par la porte, revient par la fenêtre.
Dans la foulée, il a annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre ce phénomène.
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
Malgré l’adoption d’une loi très dissuasive fin 2021 et de nombreuses sentences fermes prononcées par la justice, le phénomène est toujours là. Il ne s’estompe que pour toucher un nouveau produit.
A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules
Après les produits de première nécessité subventionnés, la spéculation a atteint les viandes et fruits importés. C’est ce qui a fait réagir le président lors du dernier Conseil des ministres, dimanche 8 mars.
Abdelmadjid Tebboune a insisté sur la nécessité d’un “suivi quotidien sur le terrain, avec la plus grande fermeté, à l’encontre des spéculateurs concernant certains fruits et les viandes importées”.
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
Le chef de l’État a ordonné d’ “engager immédiatement l’inscription des personnes impliquées, sur des listes noires, et d’interdire définitivement à ces dernières toute activité d’importation ou commerciale ».
Le problème se pose en ce mois de Ramadhan notamment pour la banane. Le prix de ce fruit est officiellement plafonné à 400 dinars le kilogramme depuis avril 2025. La mesure a produit le contraire de l’effet escompté, ce plafond étant devenu un prix plancher.
Depuis, le kilo de banane n’est pas descendu au-dessous de 400 dinars justement. Les prix pratiqués actuellement tournent autour de 600 dinars. Les importateurs (ou les intermédiaires ?) font une énorme plus-value, au moins 50% de plus que le plafond calculé sur la base des cours sur les marchés mondiaux et des coûts de logistique, et qui est donc censé garantir la rentabilité des opérations d’importation quels que soient les fluctuations et les impondérables.
Quel remède contre la spéculation en Algérie ?
Le président a ordonné un suivi quotidien et une plus grande fermeté. Au moins dans ce cas précis de la banane, le problème n’aurait jamais dû se poser, car les importateurs ne se comptent pas par milliers et un suivi rigoureux n’est, de ce fait, pas une tâche insurmontable. L’activité est réglementée et soumise à l’obtention d’une autorisation d’importation avec un quota précis.
La rationalisation des importations, de la banane ou de tout autre produit, a des objectifs précis : mettre fin aux abus, préserver les réserves de changes et, dans certains cas, encourager la production nationale.
Il est inacceptable qu’une telle stratégie soit détournée de sa vocation louable pour enrichir une poignée de spéculateurs par le monopole ainsi créé.
Les prix ne peuvent être libres que si le marché est totalement libre. Un importateur, qui obtient une autorisation d’importer que n’ont pas ses concurrents, a le devoir, d’abord moral et ensuite juridique, de respecter le prix de vente, ou le plafond dans ce cas d’espèce, qui lui est fixé.
Si la spéculation se fait au niveau des maillons intermédiaires, il appartient aux services concernés de débusquer les coupables et d’appliquer les dispositions de la loi.
L’expérience de ces dernières années a montré que l’élaboration d’un texte dissuasif et l’application stricte de ses dispositions peut régler radicalement le problème.
Les lourdes condamnations de spéculateurs sur des produits comme l’huile de table ou même la pomme de terre ont mis fin instantanément aux pénuries et hausses des prix.
Ceux qui spéculent sur la banane ou les viandes rouges ne font pas que s’enrichir sur le dos du citoyen. Ils mettent aussi au défi l’État et entravent ses efforts de rationalisation et de régulation des importations qui ont pour finalité le redressement de l’économie. La situation ne peut plus durer.