search-form-close
  • Brent: $51,66+0,25%
  • Taux de change: 1 € = 117,16 DZD (Officiel), 189 DZD (Parallèle)
  • TSA Météo

Succession de Bouteflika, l’après Toufik, fraude : entretien avec Abdelaziz Ziari

NEWPRESS
Abdelaziz Ziari, ancien président de l'APN, ex-ministre de la Santé, ex-conseiller du président Bouteflika

Ancien président de l’APN entre 2007 et 2012, Abdelaziz Ziari a également occupé le poste de conseiller du président Bouteflika et de ministre de la Santé. Dans cet entretien, ce cadre du FLN revient sur les élections législatives, la succession, la présidentielle de 2019 et les ambitions des responsables politiques dont l’actuel Premier ministre.

Des élections législatives se dérouleront le 4 mai prochain. Vous étiez appelé à participer aux préparatifs au sein du FLN. Pourquoi êtes-vous finalement resté en retrait ?

Des questions relatives à la légitimité des uns et des autres que ce soit le secrétaire général du parti ou du bureau politique restent en suspens. Mais ce n’est pas le moment d’ouvrir des discussions sur des problèmes d’ordre organique qui n’ont pas été réglés. Nous sommes dans une situation particulière avec l’approche des élections législatives. On espère gagner et rester majoritaires. Pour ne pas contribuer à gêner mon parti ou l’affaiblir, j’ai préféré rester en retrait. Ceux qui sont à la tête du parti assumeront leurs responsabilités quant à la réussite ou à l’échec dans ce scrutin sans que je ne participe ni à l’un, ni à l’autre.

Des responsables, dont le ministre de l’Intérieur vantent, à chaque occasion, la transparence du processus électoral. Cela confirme-t-il tout ce que dénonçait auparavant l’opposition et même des anciens responsables ?

Ce n’est pas de moi que vous allez entendre une confirmation de quelque trucage que ce soit. D’abord, je n’ai pas connu cela, en dehors des accusations portées par l’opposition. Ensuite, je ne peux pas, non plus, vous garantir qu’il n’y a pas eu ici et là des tripatouillages. Nous étions dans le parti unique. Nous savions que des partisans au niveau local, sans que vous ne le leur demandiez, trichaient parfois en votre faveur. Mais s’agissant de l’organisation d’une fraude généralisée comme on tente de le faire croire, je n’y crois pas notamment depuis les années 2000.

L’ancien chef du gouvernement, Mokdad Sifi, en a parlé récemment et l’ancien wali, Bachir Frik a même détaillé le processus…

En tant qu’élu puis responsable, je n’ai pas eu connaissance de procédés de fraudes généralisées. Ces deux personnalités ont effectivement été en fonction à un moment déterminé de l’histoire du pays. C’est-à-dire durant la tragique décennie (noire) où les conditions étaient telles qu’ils ont probablement, comme ils le disent, été confrontés à certaines situations. Depuis les années 2000, il y a eu l’effet d’une dynamique électorale avec l’arrivée du président Bouteflika. Ces personnes n’exerçaient plus de responsabilités.

Cette dynamique a commencé avec le retrait collectif des candidats à la présidentielle, à la veille du scrutin, pour dénoncer la fraude en faveur du président Bouteflika ?

Cela n’empêche pas qu’il jouissait d’une réelle popularité et qu’il a été élu par les Algériens. Il y a eu, évidemment, une dynamique. Cela dit, je souhaite que les prochaines élections soient propres pour qu’on sache la réalité concernant le poids de chaque parti politique sur la scène (nationale).

Est-ce que la restructuration du DRS puis le départ du général Toufik constituent une garantie pour la transparence des élections ?

Je ne vois pas pourquoi cela serait une garantie comme si sa présence serait la garantie de l’inverse. Je ne partage pas ce point de vue. La restructuration du DRS et le départ du général Toufik n’ont strictement rien à voir. Il s’agit d’une vieille légende qui consiste à faire croire que c’étaient les services de sécurité, avec à leur tête le général Toufik, qui organisaient la fraude. C’est un mensonge ! Que ce soit pour des raisons techniques ou pratiques, les élections sont totalement sous la responsabilité de l’administration sauf la partie qui relève du vote des corps constitués.

À quoi est due cette légende ?

Il faut le demander aux opposants qui voyaient partout des cabinets noirs sans pouvoir ramener des preuves concrètes. Personnellement, je n’ai jamais été au courant de l’existence de fraudes massives depuis 2000 à nos jours. Je n’ai pas eu connaissance de directives dans ce sens. Et je reste même convaincu  que dans toutes les précédentes élections, la majorité était effectivement revenue au FLN (sans fraude).

Pourquoi en êtes-vous aussi sûr ?

J’en suis convaincu pour trois raisons. La première est liée au traumatisme de la décennie noire et le côté sécurisant d’un parti qui a déjà exercé le pouvoir et qui a bénéficié de la dynamique de l’élection du président Bouteflika à son retour. La deuxième concerne le fait que l’opposition n’ait pas démontré qu’elle était capable de régler les problèmes des Algériens. La troisième est lié au fait que quand les Algériens votent FLN, ou RND d’ailleurs, ils votent utile.

Cela veut dire quoi concrètement, voter utile ?

Cela veut dire qu’en dehors de ceux qui sont des militants qui font de la politique politicienne, les gens votent pour les députés qui leur règlent les problèmes auxquels ils sont confrontés. Des députés auxquels ils peuvent se plaindre. Ceux qui ont l’oreille du pouvoir et pas ceux qui tapent, matin, midi et soir sur le pouvoir.

Pourquoi l’État refuse aujourd’hui de remettre un fichier électoral national « lisible » aux partis politiques ?

Honnêtement, je ne sais pas. Je pense qu’il s’agit, peut-être, de problèmes d’ordre technique.

Comprenez-vous le fait que certaines personnalités qui n’ont jamais milité au FLN soient choisies comme têtes de listes du parti à l’image de Sid Ahmed Ferrouki à Alger ?

Au FLN, il y a toujours eu des personnalités qui n’étaient pas structurées dans le parti sur les listes électorales. Cela s’est passé à plusieurs reprises. À vrai dire, je n’ai pas acquis, malgré toutes les années, une mentalité d’apparatchik. Car c’est bien la réaction d’un apparatchik type qui pense qu’il s’agit d’une espèce d’administration dans laquelle on grimpe en fonction du nombre d’années cumulées. Si une personnalité quelconque a la capacité de nous amener un plus en matière de popularité ou de compétences, elle est la bienvenue. Ceux qui ont fait la liste d’Alger ont fait leurs calculs. Sera-t-il bon ou mauvais ? Je pense qu’il ne faut pas tomber dans le procès d’intention.

Djamel Ould Abbès et Ahmed Ouyahia se disputent le président Bouteflika depuis le début de la campagne électorale. Ont-ils le droit d’utiliser le président, faute de programme ?

Normalement, non. Pour le FLN, je crois que c’est l’un des défauts du secrétaire général de trop utiliser l’argument présidentiel pour la campagne électorale. C’est bien de temps en temps mais il ne faut pas en abuser. Pour le RND, je pense qu’il s’agit pour Ahmed Ouyahia de répondre (à Djamel Ould Abbès, NDLR) mais ce n’est pas son style d’ailleurs. Mais cela ne va pas durer.

Qu’est-ce qui ne va pas durer ?

Le fait de se réfugier toujours derrière le programme du président de la République. Chaque parti doit avoir son programme dans l’avenir.

Est-ce un problème de se réfugier derrière le programme du Président ?

Cela bloque le débat sur les questions fondamentales.

Ahmed Ouyahia est chef de cabinet du président de la République. Est-il normal de le voir prendre un congé pour faire campagne pour son parti, le RND ? Ne doit-il pas démissionner ?

Qu’il prenne congé ou qu’il démissionne, je n’accorde pas beaucoup d’importance à cela. Je crois qu’il faut éviter ce genre de décisions formelles car il peut démissionner et revenir dans trois semaines. Quand j’étais ministre, j’avais quitté le gouvernement pour faire campagne en 2007. Le plus important est l’usage des moyens de l’État. Les partis d’opposition en parlent et ils ont absolument raison. Et dans ce chapitre, la question est à poser directement à Abdelwahab Derbal. C’est à lui  et sa commission de veiller à ce que toutes les personnalités qui ont des responsabilités dans l’appareil de l’État n’usent pas de ses moyens.

L’Algérie est confrontée à une grande crise économique. Vous dites que voter FLN, c’est voter utile. En quoi est-il utile pour les Algériens de donner leurs voix à des partis qui ont échoué durant plusieurs années dans ce domaine ?

Nous avons effectivement échoué à diversifier l’économie et à échapper à la dépendance vis-à-vis du pétrole. Nous n’avons pas réussi à faire comme la Malaisie par exemple qui était comme nous très dépendante du pétrole. Mais qu’est-ce qu’offrent les autres partis politiques dans ce domaine. Cela dit, il y a deux choses à préciser : nous avons purgé la dette et cela est très important et nous sommes un pays solvable !

Mais pourquoi donner encore une chance à un parti qui a échoué ?

Nous n’avons plus effectivement, comme durant les quinze dernières années, la capacité de financer tous les projets qui ont été planifiés. Au FLN, nous avons également trop longtemps conservé cette vision populiste de la gestion de l’économie. Je pense que nous sommes dans une situation où il serait utile aujourd’hui pour le pays que les solutions soient apportées à travers un gouvernement d’union nationale.

Vous plaidez donc pour un gouvernement d’union nationale ?

Oui ! Il faut aller vers un gouvernement d’union nationale pour affronter cette situation de crise qui est amenée à perdurer. Il faut que le gouvernement soit élargi au plus grand nombre (de formations politiques, NDLR) possible pour renforcer sa crédibilité.

Pourquoi les partis de l’opposition devront accepter de faire partie d’un gouvernement aux côtés d’autres formations qui ont déjà échoué ?

Il ne s’agit pas de faire gérer la crise par d’autres. Si les électeurs le décident, ils peuvent, bien entendu, être seuls au gouvernement. Sauf que les électeurs peuvent aussi estimer que les partis de l’opposition n’ont pas présenté des solutions crédibles. Je dois également préciser que je ne propose pas un gouvernement qui viendrait soutenir le programme du Président qui est actuellement en cours. C’est un gouvernement qui est amené à gérer une situation particulière car le Président n’a pas fait un programme électoral pour résoudre une crise.

Vous plaidez pour un gouvernement d’union nationale qui devrait élaborer son propre programme par rapport à cette crise…

Les programmes des partis ont été mis entre parenthèses depuis que le président de la République est venu avec le sien. Il s’agit d’un gouvernement d’union nationale qui s’entendrait sur les solutions à adopter face à cette crise. Ce n’est pas en contradiction avec le programme du Président qui est un programme de gestion. Là, on se trouve devant une crise financière et économique. Des décisions doivent être prises qui ne peuvent pas être toujours populaires. Il faut les assumer ensemble.

Parmi les propositions de certains partis politiques comme le RCD figure la vente des résidences d’État, Club des pins et Moretti. Qu’en pensez-vous ?

Est-ce une proposition de développement du tourisme ? Est-ce que le problème de ce secteur est lié à Club des Pins ou à Moretti ? En réalité, je vois tout de suite que ce sont des flèches à caractère démagogique du fait qu’il y ait dans ces résidences, où ils ont également habité, une nomenklatura. Cette proposition ne me dérange pas si elle donne des clés de sortie de la crise financière. Mais pour le faire, il faut en réalité sortir de l’anecdote. J’aurais souhaité que tout le monde donne son point de vue sur les subventions distribuées aujourd’hui. Même si je sais que le dire, durant la période électorale, ne rapporte pas beaucoup de voix.

Vous avez accusé certains responsables, dont le Premier ministre, de préparer l’après-Bouteflika et vous estimez qu’ils se voient déjà à El Mouradia. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Il ne s’agit pas d’une accusation. Je vais préciser encore une fois ce que j’avais dit précédemment : on m’a posé une question à propos des préparatifs des législatives (par rapport à la présidentielle de 2019) en visant le Premier ministre en particulier, j’avais répondu en disant qu’il n’était pas le seul et qu’il y avait d’autres membres du gouvernement.

Sellal fait-il bien partie de ces personnalités politiques qui se préparent pour 2019 ?

Bien entendu ! En 1992, j’étais ministre du Travail dans le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali. Il nous avait dit sur un ton ironique visant certaines personnes qu’il n’appréciait pas vraiment : quand on est député, on veut être ministre. Quand on est ministre, on veut être Premier ministre. Et puis quand on est Premier ministre, on veut être président de la République. De mon point de vue, dans la préparation de ces listes, je vois la main de certains membres du gouvernement, sans citer qui que ce soit, même Abdelmalek Sellal, qui se constituent quelque chose sur mesure dans la perspective de la succession.

Vous n’excluez pas, en tous cas, le Premier ministre pour ce qui est de l’élaboration des listes et de la préparation de la succession ?

Pour Sellal, c’est déjà normal. Mais il n’y a pas que lui.

Djamel Ould Abbès accuse indirectement Ahmed Ouyahia de se préparer pour la succession. N’est-il pas normal finalement de préparer l’après-Bouteflika ?

Je crois qu’il n’y a absolument rien de mal à ce que des responsables politiques aient des ambitions à condition que ça ne se fasse pas au détriment de l’intérêt de leur pays et des citoyens.

Est-ce que préparer l’après-Bouteflika n’est pas une nécessité vu son état de santé ?

Bien entendu et certains se préparent déjà. Ils sont même nombreux. Ne vous inquiétez pas !

À quoi sert aujourd’hui un président de l’APN ?

Son rôle est de gérer l’assemblée nationale, préparer les séances, assurer la discipline, veiller à la répartition des responsabilités selon le règlement intérieur qui est extrêmement bien fait et le faire respecter. Ce n’est pas une tâche facile quand vous avez une opposition, qui n’est parfois pas gentille, de faire respecter la discipline.

À gérer une démocratie de façade, disent certains opposants…

Ces opposants sont également dans cette institution. Certains se sont battus pour y accéder !

  • Ailleurs sur le Web

  • Les derniers articles

  • Votre avis (1)

    • Genseric

      Genseric

      Finalement cet ex responsable politique issu du sérail , ne voit rien , n’entend rien et ne dit rien . le profil type que le système adore .

  • À la une

    92EXCLUSIF. Les chantiers de logements à l'arrêt : l'Algérie incapable de payer les entreprises étrangères
    Il y a 6 heures

    La crise économique qui frappe l'Algérie paralyse le secteur du bâtiment. Selon…

    La crise économique qui frappe l'Algérie paralyse le secteur du bâtiment. Selon nos informations, les chantiers de construction de tous types de logements (LPP, social, AADL, rural) sont à l’arrêt depuis plus de quatre mois, faute de financements.
    Faute d’argent, les banques refusent de payer les entreprises de réalisation, selon nos sources. « Il y a 1300 milliards de dinars de créances impayées, réclamées par les entreprises de réalisation. Le CPA et la CNEP refusent de débloquer…

  • Actualité - Politique

  • Économie