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Sur les plages à Oran, le burkini côtoie le bikini

Sur les plages à Oran, le burkini côtoie le bikini

TSA

Il est 17 h 30 aux Andalouses, la plus grande et la plus célèbre plage d’Oran. C’est aussi la plage la plus cosmopolite située à 30 km à l’ouest de la ville.

À l’image d’Oran, elle accueille les vacanciers venus des 48 wilayas, en plus des estivants de la communauté émigrée qui viennent pour se ressourcer au bled.

Comme chaque samedi depuis le début de l’été, la plage est bondée de monde. Ici, les familles venues des quatre coins du pays se côtoient dans une grande promiscuité.

Les enfants sont pratiquement tous dans l’eau. Les femmes qui sont très peu nombreuses à se baigner, sont habillées de diverses manières.

Différentes modes se côtoient : bikini (maillot de bain deux pièces), trikini (maillot de bain, composé d’un haut et d’un bas reliés), tankini (maillot de bain avec débardeur), camikini, etc.…. D’autres jeunes filles et femmes plus âgées portent le hidjab ou des robes longues de maison.

« Cette plage me plait bien. Tout le monde peut s’habiller ou se baigner en portant ce qu’il veut. L’essentiel c’est le respect. Je suis ici en famille depuis une semaine. Nous avons loué pour 15 jours à l’hôtel d’à côté. Je me baigne avec un bikini, personne ne m’a jusqu’à présent dérangée », affirme une jeune étudiante venue avec sa famille de Ouargla.

© TSA

« Par rapport aux années 1990 et 2000, le nombre de filles qui portent le bikini sur cette plage tend à baisser. Mais, il y a toujours des filles qui résistent à une grande vague des comportements inquisiteurs », constate un retraité oranais venu avec sa femme et ses deux filles.

L’une de ses filles se confie : « Moi, je me baigne avec mon hidjab, mais ma sœur se baigne avec un bikini. Chacune fait comme elle veut. Ça n’a rien à voir avec la religion. Ce n’est même pas un sujet de discussions entre nous à la maison ».

Un autre père de famille confie que ses trois filles mariées, « partent généralement avec leurs maris en Espagne et ailleurs à l’étranger, pour se baigner en bikini tranquillement ». « Ici les gens sont intolérants », déplore-t-il.

© TSA

M. Seddiki, sociologue à l’université d’Oran explique : « La population algérienne est cosmopolite. Sur le plan sociétal, plusieurs cultures se côtoient. Souvent dans le respect et la tolérance, mais parfois dans la tension et le conflit. S’agissant des tenues vestimentaires des femmes sur les plages, plusieurs facteurs y interfèrent. Certaines familles adoptent le mode de vie à l’occidental. Dans ce cas, les femmes préfèrent se baigner en bikini. D’autres femmes en revanche, se baignent habillées non pas sous une quelconque influence idéologique mais par pure pudeur ».

Ce sociologue évoque aussi l’influence de la religion sur le comportement des femmes. « À côté de cela, il y a un autre facteur indéniable : les tenants d’une certaine interprétation des préceptes religieux rigoristes poussent de plus en plus de femmes à se couvrir plus, à se baigner habillées. Les discours religieux conservateurs ont une influence grandissante sur les comportements et les choix sociétaux notamment en ce qui concerne les femmes en leur enlevant le droit de gérer leurs choix sociétaux », explique M. Seddiki.

© TSA

Le sociologue pointe le rôle et l’influence des prédicateurs et des médias dits islamistes dans le choix des tenues vestimentaires à la plage.

« Des discours religieux s’ancrent dans les mœurs et codes sociétaux. Certains prédicateurs et surtout les chaînes de télévision et les médias en général ont une grande influence sur la société algérienne. On assiste, depuis plusieurs années, à un essor de ce qu’il est convenu d’appeler les médias islamistes. Ceux-ci peuvent être considérés comme le fruit d’une vague d’investissements dans des télévisions satellitaires religieuses, qui adoptent le discours salafiste pour influencer la société avec leur idéologie. Nous assistons à une prolifération effrénée de ces chaînes de télévision, qui sont devenues des incontournables du paysage audiovisuel algérien. Ces propagandes islamistes se diffusent aussi sur le web et notamment sur des réseaux sociaux ».

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