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Un militant du Hirak condamné à six mois de prison avec sursis, sa famille dénonce

Un militant du Hirak condamné à six mois de prison avec sursis, sa famille dénonce

Six mois de prison avec sursis et une amende de 100.000. C’est le verdict prononcé, ce dimanche 14 juin, par le tribunal de Skikda à l’encontre du militant Messaoud Leftissi pour « provocation directe à attroupement armé », selon l’article 100 du Code pénal.

Détenu à la prison d’El Harrach, pour une autre affaire, Messaoud Leftissi, qui devait initialement comparaître le 2 puis le 23 juin 2019, n’a pas assisté à son procès, selon sa famille.

« Le procès s’est déroulé sans la présence de Messaoud. Le juge n’a donc pas écouté sa version des faits. Les avocats ont déposé une demande pour faire une audience à distance avec vidéo conférence mais le juge a refusé et a prononcé son verdict ce matin », a précisé Souad Leftissi, sœur de Messaoud, dans une déclaration à TSA.

Dans le verdict, le même juge a multiplié par dix le montant de l’amende puisque l’article 100 du Code pénal a prévu une amende allant de 2 à 10.000 dinars. Il a, par contre, réduit la peine au-dessous de ce qui est prévu.

Dans le cas de « provocation directe à un attroupement armé », la même disposition a retenu une peine de 1 à 5 ans d’emprisonnement.

« Mon frère n’a pas eu le droit de se défendre face au juge »

Connu pour son engagement écologique avec la société civile et sa participation continue au mouvement de contestation populaire, Messaoud Leftissi, 34 ans, ingénieur de formation, est poursuivi après son interpellation par la police puis sa libération lors de la première marche du vendredi 22 février 2019.

Un PV a été dressé, fin mars 2019, et une plainte a été déposée contre lui. Il a reçu la convocation du procureur de la République à la mi-mai 2019. « Il semblerait que la plainte contre mon frère n’a pas été déposée par une personne, mais par une cellule de surveillance électronique qui aurait détecté, selon la police, quelques publications sur le profil Facebook de Messaoud où il aurait, soi-disant, incité les gens à se diriger vers El Mouradia pour manifester (devant le Palais présidentiel). Mais, il n’y rien de vrai », a indiqué Souad Leftissi.

Les avocats vont, selon elle, faire appel contre la décision du tribunal (le délai est de dix jours). « La famille va continuer la mobilisation à travers des sit-in à Alger et à travers des articles de presse pour dénoncer ces arrestations et pour contester le jugement de Skikda. Mon frère n’a pas eu le droit de se défendre face au juge, lequel juge n’a pas même entendu les avocats. Ce n’est pas légal », a protesté Souad Leftissi.

« J’ai perdu mon emploi… »

« C’est un harcèlement du pouvoir. Le 2 avril 2019, j’ai perdu mon emploi au sein de l’Agence de coopération allemande (à Alger) alors que ma période d’essai n’était pas encore arrivée à terme », a confié Messaoud Leftissi dans une déclaration à El Watan, le 24 mai 2019.

Il s’est plaint d’attaques récurrentes contre lui notamment sur les réseaux sociaux et dans la rue. Lors de la marche du vendredi 3 mai 2019, à Skikda, il a été pris à partie par des inconnus. « On a manipulé quelques personnes pour les pousser à s’attaquer physiquement à moi allant jusqu’à briser la pancarte que je portais. Heureusement que des jeunes de ma ville ont réagi et plusieurs témoignages de soutien m’ont été exprimés (…) Je crois fermement en une Algérie démocratique et libre et je poursuivrai ma lutte, même seul », a-t-il déclaré à El Watan.

Le vendredi 21 juin 2019, Messaoud Leftissi a été arrêté à Alger alors qu’il portait l’emblème culturel amazigh.

« Si vous perdez contact avec moi, c’est qu’ils m’ont eu… »

Il est désormais poursuivi, avec d’autres manifestants, pour « atteinte à l’unité nationale ». Avant son arrestation, Messaoud Leftissi, qui s’est dit « en paix à Alger », a écrit sur sa page Facebook : « Savez-vous que je suis entouré de cinq agents ( de police) en civil qui n’attendent que l’occasion pour m’interpeller. Je suis dans un endroit qui les empêche de m’arrêter. Ils attendent que je bouge, mais moi, je suis persistant. C’est une question de vie ou de mort, de tactique, de timing…Maintenant, si vous perdez contact avec moi, c’est qu’ils m’ont eu… ».

C’est le dernier post publié sur son compte Facebook. Politiquement, Messaoud Leftissi défend l’installation d’une assemblée constituante pour régler la crise dans le pays.

 

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