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Yacine Rahmoun, de la Silicon Valley à l’Algérie : le pari gagnant d’un entrepreneur de la tech

De la Silicon Valley à l'Algérie, Yacine Rahmoun, fondateur de CapturDoc, est revenu en Algérie pour investir dans la tech. Ancien footballeur des Verts, il raconte son parcours.

Yacine Rahmoun, de la Silicon Valley à l’Algérie : le pari gagnant d’un entrepreneur de la tech
Yacine Rahmoun, de la Silicon Valley à l'Algérie / DR
Célia Achour
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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Né à Alger, passé par la Silicon Valley avant de revenir investir dans son pays, Yacine Rahmoun, 56 ans, revient sur son parcours marqué par l’innovation et l’entrepreneuriat.

Cet Algéro-Américain est né et a grandi à Alger, qu’il considère comme le plus bel endroit au monde. Une enfance rythmée par les amis, les journées à la plage, l’école et une passion pour le football.

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Il débute à l’école de football d’El Biar avant d’intégrer le CR Belouizdad ( CRB), l’un des meilleurs clubs d’Algérie. Ensuite, il est sélectionné pour jouer en équipe nationale. « Porter pour la première fois le maillot vert et blanc de la sélection algérienne a renforcé mon attachement au pays », affirme Yacine Rahmoun. Mais, une blessure met fin brutalement à son parcours de footballeur.

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Yacine Rahmoun, un entrepreneur de la tech qui mise sur l’Algérie

Parmi ses plus beaux souvenirs, Yacine Rahmoun cite la mixité sociale qu’il a connue à Alger. Il évoque une table autour de laquelle se retrouvaient un pilote de ligne, un cafetier, un sportif ou encore un chômeur.

Côté études, Après l’obtention de son baccalauréat au lycée Amara Rachid, il effectue une année à l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB), à Bab Ezzouar. « J’y ai acquis des bases solides qui m’ont ensuite permis d’être admis à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse », affirme-t-il à TSA.

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À cette époque, son objectif est clair, revenir en Algérie après ses études, une fois la langue japonaise apprise. Mais son parcours prend une tout autre direction. « Alors que je devais rejoindre Panasonic au Japon, le centre de recherche où j’étais attendu a fermé quelques jours avant mon départ. L’entreprise m’a alors proposé d’intégrer son nouveau laboratoire de recherche en reconnaissance vocale, à Santa Barbara, en Californie » aux Etats-Unis, raconte-t-il.

En 1992, il rejoint l’entreprise avant de découvrir San Francisco et la Silicon Valley. « À cette époque, des entreprises comme Apple, Intel, Cisco ou encore Yahoo étaient en plein essor. J’ai été fasciné par cet écosystème d’innovation », poursuit-il.

« Je me suis alors dit que j’allais prolonger mon séjour d’un an supplémentaire. Finalement, cette année est devenue vingt ans », ajoute cet Algéro-Américain.

Son passage dans la Silicon Valley façonne durablement sa vision de l’entrepreneuriat, dans un environnement où, selon lui, seules les compétences comptent.

« J’y ai découvert une culture fondée sur l’innovation, le travail collectif, la prise d’initiative et l’optimisme », explique-t-il. Une expérience qui lui apprend à maîtriser ses émotions, à rester patient, positif et à ne pas prendre les difficultés personnellement. Des qualités qui peuvent paraître simples au premier abord, mais qui sont, selon lui, particulièrement difficiles à acquérir.

Une autre philosophie va profondément marquer son parcours : celle du « Receive and Give Back » (« Recevoir et redonner »). « En 1996, Yahoo m’a accordé un premier financement de 5.000 dollars. Lorsque j’ai demandé pourquoi on m’aidait, on m’a répondu : « C’est l’esprit de la Silicon Valley. Un jour, vous aiderez quelqu’un à votre tour » », confie Yacine Rahmoun. Cette philosophie influencera durablement son parcours et son engagement en faveur de l’entrepreneuriat.

« Si tu veux aider ton pays, tu dois être sur le terrain »

En 2009, il décide, avec plusieurs amis de la Silicon Valley, Algériens comme étrangers attachés à l’Algérie, de contribuer au développement de son pays natal. « Nous avons estimé que nous avions une dette morale envers notre pays. Nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire concrètement pour contribuer à son développement », explique-t-il.

Ils choisissent alors de miser sur la technologie, l’innovation et la création de startups en lançant Algerian Startup Initiative (ASI). Ils organisent la première compétition nationale de business plans, accompagnée de bootcamps dans plusieurs universités afin de faire découvrir l’entrepreneuriat aux étudiants. « En quelques semaines, nous avons reçu 145 projets », se souvient-il.

Cette expérience leur permet de tirer deux constats. Le premier est que l’Algérie dispose d’un formidable vivier de talents grâce aux investissements réalisés dans l’éducation. Le second est qu’il faut créer davantage d’opportunités économiques afin de retenir ces compétences, faute de quoi elles partiront à l’étranger.

En 2010, à l’âge de 40 ans, Yacine décide de revenir s’installer en Algérie avec sa famille pour créer une entreprise dans la technologique, CaptureDoc. « Un ami m’a donné un conseil qui m’a beaucoup marqué : « Si tu veux aider ton pays, tu dois être sur le terrain »».

Convaincu du potentiel de l’Algérie, Yacine Rahmoune franchit le pas, persuadé que contribuer durablement au développement du pays nécessite d’être présent sur le terrain, au contact des entrepreneurs, des entreprises et des projets.

« Je me suis aussi beaucoup inspiré du modèle de Singapour, qui a su mobiliser sa diaspora pour accélérer son développement économique. Je n’ai jamais regretté cette décision », assure-t-il.

CaptureDoc, une startup algérienne qui exporte ses services

Après son installation en Algérie, il fonde CaptureDoc en 2010 avec l’ambition d’accompagner les entreprises dans leur transformation numérique. L’objectif est d’améliorer les processus existants afin de les rendre plus rapides, plus efficaces et moins coûteux, tout en développant de nouveaux services innovants.

« Nous avons progressivement constitué une équipe d’ingénieurs de très haut niveau, ce qui nous a permis de déployer des projets de transformation digitale sur quatre continents », fait valoir l’entrepreneur.

L’intelligence artificielle occupe aujourd’hui une place centrale dans la stratégie de l’entreprise, qui exporte désormais des solutions développées en Algérie vers des clients internationaux.

« Notre plus grande fierté reste d’avoir démontré qu’une entreprise algérienne pouvait innover, exporter son savoir-faire et être récompensée à l’international », se félicite-t-il. CaptureDoc compte aujourd’hui une cinquantaine de collaborateurs, tous Algériens. Plusieurs membres de la diaspora ayant choisi de revenir vivre en Algérie ont également rejoint l’entreprise.

« Nos équipes sont multiculturelles et multilingues. Elles travaillent quotidiennement avec des clients en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique », explique-t-il. Selon lui, cette diversité constitue un véritable atout pour répondre aux attentes de partenaires internationaux. Au-delà des résultats économiques, sa plus grande satisfaction reste la création d’emplois qualifiés en Algérie.

Les conseils de Yacine Rahmoun aux jeunes

Pour les jeunes Algériens qui souhaitent suivre un parcours similaire, Yacine Rahmoun conseille avant tout d’être passionné et enthousiaste. « Lorsqu’on est animé par la passion et l’envie de réussir, rien ne peut véritablement nous arrêter », souligne-t-il.

Il recommande également de cultiver la patience, l’humilité, une attitude positive et la maîtrise de ses émotions. Au-delà des parcours individuels, Yacine Rahmoun est convaincu que les compétences algériennes, qu’elles vivent en Algérie ou à l’étranger, constituent un véritable levier de développement.

Concernant la diaspora, il estime qu’elle a un rôle majeur à jouer dans le développement de l’entrepreneuriat et de l’innovation en Algérie. Selon lui, elle regorge de compétences susceptibles de contribuer au développement de l’économie, de la technologie, de la culture ou encore du sport.

« Au-delà de la diaspora, il est tout aussi important de réfléchir à la manière de retenir les talents déjà présents en Algérie », rappelle-t-il.

Pour y parvenir, il plaide en faveur d’emplois de qualité, d’une rémunération attractive et d’une meilleure qualité de vie. « Au sein de l’entreprise, nous essayons de créer un environnement dans lequel chacun peut s’épanouir et prendre du plaisir dans son travail », explique-t-il.

Yacine Rahmoun appelle également à renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics et les entrepreneurs. « Il serait utile de réunir régulièrement les startups, les PME et les grandes entreprises afin d’identifier les principaux freins à leur développement et de construire des solutions communes », recommande-t-il.

Enfin, il estime que l’Algérie doit poursuivre ses efforts afin de renforcer son attractivité et d’attirer davantage d’investissements internationaux.

Après plus de vingt ans passés aux États-Unis, Yacine Rahmoun assure n’avoir jamais regretté son retour en Algérie. Convaincu que le pays dispose des talents nécessaires pour réussir sa transformation, il estime que le défi consiste désormais à créer les conditions permettant de retenir les compétences, d’attirer les investisseurs et de faire de l’innovation un véritable moteur de développement.

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