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Un capitalisme de connivence

Le mouvement populaire, El Hirak, initié depuis le 22 février, contraint à décrypter le système, mis en cause. Une des dimensions importante de ce système, régulièrement pointée lors des différentes…

Un capitalisme de connivence
Dalil Bouras
Durée de lecture 2 minutes de lecture
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Temps de lecture 2 minutes de lecture

Le mouvement populaire, El Hirak, initié depuis le 22 février, contraint à décrypter le système, mis en cause.

Une des dimensions importante de ce système, régulièrement pointée lors des différentes manifestations, est la dénonciation d’une collusion entre les plus hautes instances politiques et les milieux d’affaires. Plus précisément , ce qui est dénoncé, c’est le favoritisme au profit d’une oligarchie financière dans l’attribution de gros contrats publics , de licences d’importation, d’accès au crédit, de subventions gouvernementales, de réductions d’impôt, de tolérance vis-à-vis des pratiques de surfacturation et du secteur informel…

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Ce type de fonctionnement où le ‘’succès‘’ en affaires dépend des relations étroites avec les tenants du pouvoir politique caractérise le capitalisme de connivence (crony capitalism en anglais), appelé aussi capitalisme de clientèle ou encore capitalisme politique. Il est important de bien nommer les choses.

Deux traits caractérisent ce capitalisme de connivence : la corruption et l’inefficacité. Acheter le personnel politique, obtenir une réglementation favorable, réclamer une protection, écarter des concurrents sont le résultat d’une corruption de l’élite politique par l’oligarchie. Par ailleurs, les membres des familles des dirigeants sont souvent devenus très riches, sans justifications non politiques. Il y a une captation de l’Etat qui cède à la pression exercée par les oligarques. La frontière entre la sphère publique et la sphère des intérêts privés devient totalement perméable.

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Ce système est aussi inefficace car les critères de réussite ne relèvent pas de la performance économique mais plutôt des relations étroites avec les représentants du gouvernement. Les concurrents sont écartés, non parce qu’ils sont moins bons, mais parce qu’ils n’ont pas pu obtenir les faveurs de l’Etat. Ceci explique le mouvement des harraga ainsi que l’émigration, hors frontières, d’une grande partie de l’élite algérienne. Il y a une manipulation des lois du marché au profit de groupes d’intérêts particuliers. Clientélisme, népotisme et favoritisme constituent autant de formes de manifestation de cette corruption et cette inefficacité généralisées.

Les relations ‘’incestueuses’’ où se mêlent les intérêts du pouvoir et ceux des milieux d’affaires doivent cesser. Les privilèges doivent être abolis. Tout en préservant l’outil économique,le capitalisme de connivence doit être dénoncé et démantelé au profit d’un système concurrentiel, aux relations plus vertueuses ,d’une économie de marché méritocratique, génératrice de liberté et d’efficacité. Un nouveau contrat social est à construire qui serait plus en phase avec les mutations de la société algérienne et à même de répondre notamment aux aspirations d’une jeunesse pleine d’énergie et de mieux en mieux formée. C’est toute la problématique d’une deuxième République.

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Si, hier, l’indépendance politique vis-à-vis de la puissance coloniale a été obtenue par la lutte du peuple algérien et celle de la jeunesse, l’instauration de l’Etat de droit et l’émergence de l’Algérie au rang des nations modernes seront aussi le fait de la mobilisation du peuple algérien et de sa jeunesse.


* Une contribution de Abdelhamid Merad Boudia

Professeur d’Economie, en retraite

Lien permanent : https://tsadz.co/ye3t3

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