
L’Algérie se prépare à accueillir, du 6 au 8 décembre prochain, la quatrième conférence africaine des startups (ASC 2025).
Une occasion pour le pays de partager son expérience en la matière avec le reste du continent, mais aussi d’apprendre des quelques pays d’Afrique dont les écosystèmes parviennent à sortir des “champions” de l’innovation, explique dans un entretien à TSA Algérie Noureddine Ouadah, ministre de l’Économie de la connaissance, des Startups et des Micro-entreprises, rencontré en marge de la cérémonie de présentation de l’événement, jeudi 13 novembre à Alger.
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Un pas de géant
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La discussion a permis d’aborder le secteur des startups en Algérie sous tous ses aspects. En plus des chiffres régulièrement annoncés, le ministre a révélé les taux estimatifs de réussite et d’échec, comparativement à ce qui se fait en Afrique et ailleurs dans le monde.
L’Algérie s’est mise à l’encouragement des startups en 2020, sous l’impulsion du président de la République Abdelmadjid Tebboune. Depuis, le secteur a connu “une avancée conséquente”, se félicite le ministre. Côté chiffres, c’est un pas de géant. De 200 startups en 2019, l’Algérie en compte plus de 10 000 aujourd’hui et s’est fixé l’objectif d’atteindre 20 000 en 2029.
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Néanmoins, “nous devons rester vigilants et redoubler d’efforts à chaque fois qu’on avance”, signale Noureddine Ouadah car “la concurrence est féroce que ce soit sur le plan africain ou sur le plan international”.
“Partager et apprendre de l’Afrique”
Cette forte concurrence n’a pas empêché l’émergence de success-stories algériennes, et l’autre façon de les aider, c’est de les valoriser.
“Je le dis avec fierté, nous avons des startups qui sponsorisent l’ASC. Une startup qui a deux ans, lancée par deux ingénieurs, aujourd’hui, ils sont sponsor de l’événement. Ça mérite d’être au moins valorisé”, dit le ministre.
D’où d’ailleurs le choix du thème de cette quatrième édition de la conférence qui est “Rainsing african champions”, ou comment mettre en avant les histoires de réussite algériennes et aussi africaines.
Mettre en avant, partager et apprendre. “L’Algérie a fait des pas de géant ces dernières années en termes de classement sur le continent africain, mais nous restons quand même très attentifs à ce qui se passe au Nigeria, en Egypte, en Afrique du Sud ou au Kenya. Nous devons essayer de tirer profit de nos bonnes relations avec ces pays, avec le Rwanda aussi, et d’impacter cela sur nos pratiques quotidiennes dans l’écosystème”, développe M. Ouadah.
L’Algérie a aussi beaucoup à apprendre des “grands écosystèmes”, d’où la mise en place du programme ASEP (Algerian Startup Learning Expedition Program) qui permet d’envoyer des gérants de startups aux États-Unis, en Chine, en Corée, au Japon…
En plus de partager et d’apprendre, il y a lieu aussi de faire en sorte qu’il y ait moins de ”frontières” dans l’écosystème africain.
Pour la prochaine édition de la conférence, il faudra mettre le focus sur les histoires de réussite algériennes et africaines. “L’objectif est de faire en sorte qu’on obtienne en Afrique une certaine indépendance technologique. Le maître mot c’est comment mener l’Afrique à l’indépendance technologique, et donner la main et la chance aux jeunes africains pour contribuer à l’essor technologique, économique et social du continent”, insiste-t-il.
“L’impact des startups ne se mesure pas en nombre d’emplois créés “
Interrogé sur l’impact des milliers de startups créées ces dernières années en Algérie sur la création d’emploi, Ouadah s’est montré catégorique : l’impact des startups ne se mesure pas par l’emploi.
“Aujourd’hui, deux ingénieurs avec la technologie IA ont le rendement de 1000 employés classiques”, illustre-t-il, expliquant que les startups, c’est la création de valeur, la résolution des problèmes et la réduction des importations. Et il cite un exemple évoqué récemment par le Premier ministre Sifi Ghrieb lors de l’inauguration de l’usine de trituration des huiles oléagineuses Kutama à Jijel.
Alors qu’une entreprise étrangère a demandé 1,2 million de dollars pour une solution nécessaire à la relance du projet, une startup algérienne a effectué le travail pour 1/25 de ce montant, soit seulement 6 millions de dinars.
L’enjeu va donc au-delà de l’emploi et de l’aspect social. “Nos entreprises maîtrisent les technologies, règlent les problèmes de l’industrie. On sait combien c’est sensible quand on parle de digitalisation. On va digitaliser les ministères et tous les services de l’État, on va avoir une maîtrise totale de la technologie, de la sécurité des données… Le challenge aujourd’hui c’est qu’on soit capables de combler ce vide-là sans avoir recours à l’étranger et économiser en dépenses en devises”, explique le ministre.
Ce qui va changer à partir de 2026
Les avancées réalisées par l’Algérie sont le fruit d’une volonté politique qui s’est exprimée par la digitalisation, la mise en place d’incubateurs qui agissent en amont, et la levée des entraves administratives.
Le ministre Ouadah veut aller plus loin et appliquer, dès l’année prochaine, le modèle réussi des startups et du statut de l’entrepreneur à la création de tout type d’entreprise. Il révèle avoir présenté le projet en conseil du gouvernement.
“Nous avons l’ambition en 2026 de traduire cette expérience sur la création d’entreprises. Nous projetons d’une manière très ambitieuse d’arriver à une création 100% en ligne d’une entreprise en Algérie. C’est un challenge pour nous. Si on veut donner plus de chances à des jeunes et des entrepreneurs, il faut que la création soit très simple et aussi l’arrêt de l’activité soit très simple. Si le projet ne marche pas, le jeune peut en démarrer un autre au lieu de perdre du temps dans des procédures inutiles”, dit-il.
Taux de mortalité des startups : “Dans la norme mondiale, ni plus ni moins”
On parle en effet beaucoup de success-stories, mais peu des échecs. Qu’en est-il du “taux de mortalité” des startups en Algérie ?
Le ministre souligne d’emblée que ce taux est très fort partout dans le monde.
Pas à cause des contraintes administratives, mais parce qu’il y a une grande concurrence, un marché très volatile…
En Algérie, un sondage réalisé en 2025 sur un échantillon de 1000 startups, a permis de dégager une tendance.
Le taux de mortalité des startups est autour de 60% à 65%, 30 à 35% qui continuent et vont à la phase 2 et 15% qui arrivent à une phase world class. “C’est un peu ce qui se passe dans le monde. On est dans la norme mondiale, ni plus ni moins”, assure Noureddine Ouadah.
Ce qu’il y a de plus difficile, c’est d’évaluer une startup dans les premières années de son existence. C’est donc à partir de 2027 qu’il pourrait y avoir des analyses fiables sur les domaines d’activité, la création d’emploi, les levées de fonds…
À propos du financement des startups, le ministre a tenu à clarifier les choses. Pour une startup, il ne s’agit pas d’une aide de l’État, mais d’une prise de participation des privés.
“Il faut convaincre les investisseurs pour qu’ils mettent leur argent. Ce qui est important, c’est qu’il y a des fonds privés qui commencent à prendre des participations et prennent le relais de l’ASF (fonds algérien des startups)”, se félicite-t-il.
Pour la prochaine conférence, le ministre refuse toute comparaison avec l’IATF 2025, qui est une foire de commerce, où près de 50 milliards de dollars de contrats ont été conclus. Néanmoins les prévisions sont optimistes : 10, 15 à 20 millions de dollars de levées de fonds pour les startups algériennes et entre 40 et 50 millions de dollars pour tout l’événement.