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A Tizi-Ouzou, la ferme Derriche redéfinit l’élevage de volailles en Algérie

A Tizi-Ouzou, la ferme Derriche s’est spécialisée dans l’élevage de volailles en plein air en Algérie, à contre-courant de l’industrialisation du secteur.

A Tizi-Ouzou, la ferme Derriche redéfinit l’élevage de volailles en Algérie
Pintades, chapons… : à Tizi-Ouzou, la ferme Derriche redéfinit l’élevage de volailles en Algérie. | Par Andrey / Adobe Stock
Djamel Belaid
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Traditionnellement, l’élevage de volailles s’effectue dans d’immenses bâtiments pouvant contenir plusieurs milliers de poules. A Tizi-Ouzou, la ferme Derriche a opté pour un élevage plus modeste mais en plein air, une première en Algérie. Un moyen de produire des poulets de meilleure qualité. 

A ses débuts en 2009, rien ne destinait cette ferme qui a entamé son activité dans l’élevage des vaches laitières,  à  produire de la volaille, comme l’explique son fondateur et propriétaire Mohamed Derriche à TSA.

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Lors de voyages en Tunisie, l’éleveur a pu acquérir des connaissances sur l’élevage des volailles. Progressivement, l’éleveur a présenté ses produits dans les salons agricoles et son activité a été reconnue par les autorités de wilaya.

Des produits à la table des ambassades 

A partir de 2016, la Ferme Derriche, dont la marque est déposée, a étendu ses activités vers l’abattage et la transformation. La marque s’est faite connaître à travers des salons agricoles. Son carnet de commandes s’est vite remplie de clients parfois prestigieux : hôtels, restaurants, ambassades et « grands chefs français » exerçant en Algérie, se félicite M. Derriche. C’est ainsi que la ferme a développé des « magrets et confits de canards », ajoute-t-il.

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La ferme Derriche a alors diversifié sa production à travers l’élevage de poulets, coquelets, pintades, canards puis chapons. Des volailles élevées en plein air et qui sont certifiées comme « élevage naturel », affirme-t-il.

Des animaux élevés « sans hormones, produits chimiques ou antibiotiques », assure Mohamed Derriche qui chaque vendredi vend lui-même ses propres volailles au marché paysan de la ferme pédagogique de Zeralda.

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Et l’éleveur ajoute : « la subdivision agricole nous suit et nous renouvelle chaque 6 mois un agrément sanitaire. Nous possédons également un agrément d’exploitation délivré par l’APC de Tizi-Ouzou. »  Un laboratoire spécialisé réalise régulièrement des analyses.

La ferme Derriche dispose de son propre couvoir 

La ferme possède aujourd’hui son propre couvoir ce qui la rend autonome en poussins. Mohamed Derriche indique que « les naissances ont lieu tous les dix jours » cet étalement des naissances permet d’assurer un « roulement » des bandes de volailles.  L’élevage naturel sans antibiotique implique qu’il soit préférable qu’elles soient élevées dans des lieux séparés. 

Contrairement aux élevages industriels où les couvoirs approvisionnent les éleveurs en poussins femelles, la ferme Derriche dispose de poussins femelles et mâles.

Les jeunes coqs ou coquelets ne prennent pas autant de poids que les poules, ils offrent cependant une viande moins grasse et plus gouteuse.

La ferme a eu l’idée de produire des chapons ; une partie des jeunes coqs sont castrés à l’âge de 45 jours ce qui améliore leur poids et la finesse de leur  chair. La ferme Derriche est donc l’une des premières fermes en Algérie à produire des chapons.

A l’étranger, ceux-ci avec un poids de 3.5 kg à 4.8 kg.se vendent à 60 euros l’unité, voire 160 euros lorsqu’il s’agit de chapons qui disposent du label Appellation d’Origine Contrôlée (AOC).

Parmi les autres innovations de la ferme Derriche figure l’élevage de canards et de pintades. Ces dernières se distinguent par : « une chair tendre, avec une peau fine et colorée, légèrement bleutée, dont le goût rappelle subtilement celui du gibier » rappellent les gourmets.

Quant aux canards élevés sur la ferme, un acheteur confirme à TSA « ils sont très bons ». Mohamed Derriche élève 7 races de canards dont le canard de Barbarie à « la chaire très tendre ». Il est connu en France pour « la qualité exceptionnelle de sa viande. »  Quant à sa chair, elle est connue pour être peu grasse et pour offrir « une saveur plus prononcée que celle d’autres races. »

Dans cette ferme, les volailles bénéficient d’une alimentation particulière. Aux grains d’orge broyés il est ajouté différentes sources de protéines : vers de farine et sous-produits de la pêche.

Selon les produits, les dates d’abattage varient entre 3,5 et 4,5 mois, voire 6 mois. Les abattages qui étaient mensuels sont devenus bi-mensuels et aujourd’hui hebdomadaires. Cependant, avec une production annuelle de 20 000 volailles, Mohamed Derriche tient à proposer des produits de qualité et indique qu’il ne s’agit pas « de fournir toute l’Algérie ». 

La vente directe des produits de la ferme 

La ferme Derriche a opté pour la vente directe. Au niveau de sa boucherie, l’ensemble des productions sont présentées avec un packaging particulièrement soigné.

Les volailles sont emballées sous film plastique transparent avec une étiquette spécifiant le type de produit poulet, coquelet, chapon ou canard. La commercialisation se fait sous forme de volailles entières, d’escalopes ou de cuisses présentées dans des barquettes. Des œufs produits au niveau de la ferme sont également vendus.

Mohamed Derriche indique que la vente directe a commencé à partir de 2016 avec l’abattage et la transformation de la viande.

La vente directe est vue également comme le moyen d’assurer la traçabilité de ses produits. L’éleveur indique vouloir aider les consommateurs à « manger sainement » et tient au rôle social de l’entreprise.

Un rôle social 

La main d’œuvre est féminine et vient d’un orphelinat voisin.  Ces jeunes femmes sont encouragées à se former auprès des centres professionnels et l’éleveur se félicite que nombre d’entre elles ont aujourd’hui fondé des familles. 

La ferme Derriche est présente chaque vendredi à la ferme pédagogique de Zéralda ce qui lui permet d’élargir sa clientèle. Dans son stand, au-dessus des vitrines réfrigérées, le caractère naturel et bio de l’élevage est mis en valeur à travers une large banderole.

La ferme soigne sa communication, sur les réseaux sociaux, les produits et le mode d’élevage est régulièrement présenté. Chacun peut voir des poulettes gambader dans l’herbe et gratter le sol.

A l’élevage de volailles, la ferme développe l’engraissement de veaux et d’agneaux. Aussi,  aux côtés des chapons sont présentées des côtes de veaux de belle taille. 

La vente directe, un atout pour l’agriculture familiale

En optant pour la vente directe, la ferme Derriche évite les intermédiaires même si cette façon de faire demande plus d’heures de travail. 

Ce producteur n’est pas le seul à se tourner vers la vente directe en Algérie. Cette pratique existe au niveau de crémeries ou de magasins de fruits et légumes. 

En juillet dernier, le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national a ordonné l’attribution d’espaces gratuits au sein de tous les marchés de gros régionaux des fruits et légumes relevant de la société Magros. Le but est de permettre aux producteurs de commercialiser directement leurs produits sans intermédiaire.

La vente directe par les agriculteurs de produits agricoles à l’état brut peut contribuer à réduire la tension sur les prix et assurer une meilleure répartition de la valeur ajoutée sur la chaîne de valeur.

Une option particulièrement intéressante dans le cas de l’agriculture familiale dont le recensement agricole de 2001 notait que celles-ci représentent en Algérie 70 % du nombre total des exploitations.

Lien permanent : https://tsadz.co/qeue1

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