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Moutons : pourquoi l’Algérie ne peut pas compter sur l’Espagne

L’Algérie a décidé de diversifier ses fournisseurs en moutons cette année. Elle ne peut pas compter sur l’Espagne, l’un de ses fournisseurs habituels en ovins.

Moutons : pourquoi l’Algérie ne peut pas compter sur l’Espagne
Cette année, l’Algérie a décidé, comme en 2025, d’importer un million de moutons pour l’Aïd-el-Adha 2026 / Par Dmitrii Pichugin | Dreamstime.com pour TSA
Djamel Belaid
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L’Espagne, pays traditionnellement exportateur de moutons, n’arrive plus à répondre à la demande de l’Algérie et du Maroc en ce mois de Ramadan. En cause, la baisse de son cheptel suite à la sécheresse, les maladies et la difficulté de renouveler les générations d’éleveurs.

Les chiffres officiels font état d’un cheptel espagnol estimé à 14 millions de têtes, dont 1,5 million exportées chaque année.

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Mais la donne a changé cette année. Libre Mercado, une publication espagnole, a dressé un état alarmant des lieux : « Pendant des années, chaque Ramadan, la même scène se répétait dans les ports espagnols : des camions chargés d’agneaux et de veaux en route pour l’Afrique du Nord, des bateaux prêts à traverser la Méditerranée ».

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Le mouton espagnol plus cher

Cependant cette année, en revanche, les quais sont presque vides. Le ton est donné : « Le Maroc et l’Algérie sont à court d’agneaux espagnols pour le Ramadan : les expéditions chutent de 80 %. »

En 2024, la sécheresse et la désorganisation de la filière avaient obligé le Maroc à importer 600.000 moutons pour l’Aïd. En 2025, le royaume a décidé de ne pas sacrifier le mouton à l’occasion de l’Aïd-el-Adha.

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Selon des professionnels espagnols, alors qu’il y a deux ans, les exportations atteignaient près de 100.000 têtes, elles ne sont plus que de quelques dizaines de milliers actuellement : « Avant, les bateaux partaient pleins ; aujourd’hui, nous parlons d’expéditions presque résiduelles ».

La réduction du cheptel a eu pour effet de faire monter les prix de « 25 % en à peine deux ans », selon la même source qui ajoute qu’il y a « moins d’animaux dans les campagnes espagnoles. La fièvre catarrhale ovine a provoqué une augmentation des avortements, réduit la fertilité des brebis et entraîné une baisse des naissances. »

À cela, s’ajoutent les sécheresses qui, outre l’Espagne, ont touché les Pyrénées-Orientales en France, le Maroc et l’Ouest de l’Algérie. « Les pluies dans des régions clés comme l’Estrémadure et l’Andalousie ont encore aggravé la situation », indique Libre Mercado, avec comme résultat une offre qui a chuté de « 30 à 40 % dans certaines zones ».

En 2023, suite à un voyage d’études en Espagne de professionnels français, l’Institut français de l’élevage (IDELE) notait déjà : « Depuis 2022, l’Espagne souffre d’une sécheresse qui amenuise drastiquement les réserves fourragères, forçant les éleveurs à décapitaliser. »

L’IDELE estimait alors que le cheptel ovin espagnol a « chuté de 40 % entre 2002 et 2022. Plus précisément, le nombre de reproducteurs dans la filière ovin viande a baissé de 44 % » et évoquait une « tendance de fond » en plus, depuis 2022, d’« une sécheresse de grande ampleur » à laquelle venaient s’ajouter : « la flambée du coût des intrants et les diverses maladies qui restreignent les mouvements des animaux, voire ont entraîné des abattages de troupeaux entiers : fièvre catarrhale ovine, maladie hémorragique épizootique, clavelée ovine… ».

Conséquence de la sécheresse, le prix des aliments a flambé et « la spéculation sur la paille a entraîné en mai le prix record de 120 euros la tonne – avec l’inflation, de nombreux éleveurs n’ont eu d’autre choix que de décapitaliser en 2022, abattant ainsi des animaux qu’ils ne pouvaient nourrir suffisamment », notait l’IDELE.

Cet institut ajoutait : « En 2022, les abattages d’ovins adultes auraient alors augmenté de 45 % par rapport à 2021 » et évoquait une « décapitalisation face à la flambée des prix ». Un phénomène qu’a connu le cheptel algérien et qui a conduit les services agricoles à s’opposer à l’abattage des agnelles.

Algérie, programme ministériel

L’Espagne n’est pas le seul pays fournisseur de moutons. En 2025, l’Algérie s’est tournée vers la Roumanie, premier exportateur d’ovins vivants de l’Union Européenne.

Les Marchés du groupe Réussir, une publication spécialisée, notait en avril 2025 : « La Roumanie a été retenue dans l’appel d’offres algérien. L’Algérie demande des animaux de 40 à 45 kg, qui seront payés 180 à 225 euros/tête, transport et frais de vétérinaire inclus. »

En mai 2025, répondant à une question d’un député, le ministre de l’Agriculture avait évoqué les importations de moutons depuis le Niger « dans le cadre du troc autorisé par les pouvoirs publics pour être destinés uniquement à l’abattage et non à l’élevage. »

Le 17 février dernier, la Télévision algérienne a montré l’arrivée de moutons en provenance du Niger dans le cadre de ces opérations de troc.

Cette année, l’Algérie a décidé, comme en 2025, d’importer un million de moutons pour l’Aïd-el-Adha 2026. Pour cela, le gouvernement a annoncé l’élargissement des pays fournisseurs, sans fournir la liste.

Outre l’importation d’animaux, différentes mesures ministérielles visent à améliorer la disponibilité en aliment du bétail : régulation du marché du son, importation d’orge et prix administrés de l’aliment de l’ONAB.

Lors de ses dernières visites de terrain, Yacine Oualid, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, a souligné l’importance de la stratégie consistant en l’identification du cheptel à travers une boucle électronique à l’oreille de chaque animal. Une mesure qui devrait réduire la spéculation sur l’aliment du bétail.

Enfin, la signature de deux conventions de coopération entre les secteurs de l’Agriculture et de l’Enseignement supérieur en début du mois illustre la volonté des pouvoirs publics de valoriser les résultats de la recherche locale.

Le récent démarrage de la production d’un aliment pour moutons élaboré à base de rebuts de dattes (Sheep Date) mis au point par le centre de recherche sur les zones arides d’El Kantara (Biskra) illustre les disponibilités locales. D’autres alternatives mises au point par l’École supérieure d’agronomie d’El Harrach et les stations de l’institut de l’élevage (ITELV) restent à ce jour inconnues des éleveurs.

Les manifestations du réchauffement climatique sur l’élevage n’en demeurent pas moins préoccupantes lorsque même des pays situés au Nord de la Méditerranée voient leur production affectée.

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