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Lakhdar Brahimi : « Israël pénètre et s’installe au Maroc »

Le diplomate Lakhdar Brahimi, ex-ministre des Affaires étrangères et ancien émissaire onusienne, alerte sur la présence d’Israël au Maroc

Lakhdar Brahimi : « Israël pénètre et s’installe au Maroc »
Présence d’Israël au Maroc : l’alerte du diplomate algérien Lakhdar Brahimi. / (Image par : Oleksii / Adobe Stock)
Karim Kebir
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Malgré le poids des années, Lakhdar Brahimi demeure l’une des voix les plus respectées de la scène diplomatique internationale.

Ancien ministre des Affaires étrangères algérien, émissaire spécial des Nations unies en Irak, en Afghanistan, en Haïti, au Liban ou encore en Syrie, il a consacré près de vingt ans de sa vie à l’ONU.

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Ses missions complexes, ses médiations dans les zones les plus sensibles du globe et son expérience dans la résolution de crises font de lui un observateur avisé des bouleversements mondiaux.

Mais, comme souvent, son regard oscille entre déception et optimisme, comme c’est le cas, par exemple, lorsqu’il est invité à juger la situation de l’union du Maghreb, frappé d’immobilité depuis une trentaine d’années.

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« Le Maghreb ? je ne dirais pas qu’il a pris un départ, un faux départ. Les trois principaux pays du Maghreb, notamment la Tunisie, l’Algérie et le Maroc-car il y a aussi la Libye et la Mauritanie-qui sont le cœur, n’ont pas su s’organiser », a estimé dimanche Lakhdar Brahimi dans un entretien à la chaîne, Global Africa Telesud.

Créée en 1989, l’UMA est pratiquement paralysée depuis 1994, année de la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc à la suite d’un attentat à Marrakech attribué injustement par les autorités marocaines aux services algériens.

Blocage de l’UMA : l’analyse de Lakhdar Brahimi

Ce regroupement a pâti aussi de la question sahraouie qui empoisonne les relations algéro-marocaines. Au journaliste qui avance l’idée qu’ « aujourd’hui le seul pays qui semble bouger et acquérir des relais, des soutiens, c’est le Maroc, alors que l’Algérie semble être un verrou pour stopper la marche de ce Maghreb », Lakhdar Brahim réagit fermement : « Non, je ne suis pas d’accord. Vous savez, les Marocains, les jeunes et moins jeunes, manifestent presque tous les jours contre Israël. Je crois qu’Israël, ce n’est pas exagéré de le dire, pénètre le Maroc et s’installe au Maroc… ».

Et lorsque le journaliste souligne que ce choix est celui du pouvoir marocain, Brahimi s’interroge et alerte : « Oui, c’est un choix fait par le pouvoir. Mais est-ce que c’est un choix bon pour le Maghreb ? Est-ce que c’est un choix qui facilite le Maghreb ou au contraire complique la situation ? ».

«Là encore, vous savez, notre génération n’a pas réussi. Je crois que maintenant c’est un peu trop facile de dire : le Maroc fonctionne bien, mais l’Algérie et la Tunisie ne fonctionnent pas. Il y a des problèmes très sérieux dans chacun des trois pays et entre les trois pays», constate-t-il.

Mais, au-delà du Maghreb, ces problèmes bloquent-ils la relation euromaghrébine ? «Je ne sais pas qui est responsable du blocage de la coopération euromaghrébine. En tant que diplomates, et durant la période où j’étais ministre des Affaires étrangères, on a essayé de faire fonctionner un petit peu cette relation», déplore l’ancien ministre des Affaires étrangères qui refuse cependant de s’ériger en donneur de leçons à l’attention des dirigeants maghrébins pour débloquer la situation.

«Je suis très loin des affaires, je ne vais pas donner de leçons à qui que ce soit. Je constate comme vous que la machine est grippée. Je sais qu’il y a beaucoup de gens dans chacun des trois pays qui s’emploient à dégripper le système. J’espère qu’ils vont réussir», souhaite seulement l’ancien négociateur onusien, aujourd’hui âgé de 92 ans.

Gaza, un point de fixation mondial

Sur les recompositions géopolitiques actuelles, Lakhdar Brahimi porte un regard lucide.« Il y a trois ou quatre ans, j’étais extrêmement pessimiste. Je craignais sérieusement qu’il y ait une guerre mondiale. Depuis, je me suis rassuré car je me suis rendu compte que les principaux protagonistes d’un éventuel conflit mondial-les Etats-Unis, la Chine, la Russie-ne veulent pas une guerre», observe-t-il avant de nuancer aussitôt : «ça ne veut pas dire qu’ils ont choisi la coopération, l’ouverture les uns vers les autres et vers le reste du monde».

Sur l’ordre international post-guerre froide, il suggère que l’hégémonie américaine est temporaire. « Ce qu’on a appelé le siècle américain était en réalité une période de transition. La guerre froide est terminée, on ne sait pas ce qui va suivre. Maintenant, on sait : il n’y a pas un pôle hégémonique, ni deux, ni trois, mais une sorte de multipolarité qui n’a pas encore pris une forme précise», dit-il.

Mais pas de quoi lever les craintes sur l’évolution de la situation dans le monde avec un Donald Trump, homme imprévisible, à la Maison Blanche.

« Il était permis de dire que la période de Trump allait être une petite transition et qu’on allait revenir à une situation un peu plus calme. Mais il est en train de terminer une année, il a vraiment bouleversé le monde. Les trois ans qui suivent… il y a des raisons de craindre pour la stabilité du monde, surtout pour la prévisibilité des relations internationales », redoute-t-il.

Pour Lakhdar Brahimi, Gaza– qui, il y a à peine deux années avait presque perdu sa centralité, dans la foulée des accords d’Abraham-, est le cœur de la crise mondiale actuelle : «je crois que la situation la plus importante, le point de fixation central à l’heure actuelle, c’est un tout petit territoire : Gaza. Les événements qui s’y sont déroulés sont horribles. Il y a un génocide qui dit son nom, qui est reconnu par tout le monde, y compris par ceux qui en sont responsables, même s’ils ne le disent pas», soutient-il.

« Les Occidentaux ont renoncé à pratiquement tout ce qu’ils disaient, tout ce qu’ils voulaient être : les droits de l’homme. (…) Au Rwanda en 1994, les Etats-Unis avaient très peur que l’ONU dise qu’il y avait un génocide, parce qu’ils auraient été obligés d’intervenir. Là, ils sont en train d’armer et de payer les génocidaires», relève-t-il.

Evolution majeure

Mais malgré tout, Lakhdar Brahimi voit une évolution majeure : «le soutien dont jouissent les Palestiniens et Gaza, c’est quelque chose de nouveau qui ne va pas partir».

Même si elle est critiquée, comme on l’a vu durant la guerre menée par l’armée israélienne contre Gaza durant deux longues années ou encore son absence sur le terrain ukrainien, l’ONU dont beaucoup de pays réclament la réforme, demeure « indispensable », aux yeux de Lakhdar Brahimi.

« Qu’on le veuille ou non, les États-Unis sont la grande puissance. Et les Etats-Unis, sous Trump, négligent les Nations unies, ils n’en veulent pas. Je ne sais pas s’ils veulent quitter l’ONU, je ne crois pas. Ils veulent dominer, faire à leur guise. Ils utilisent le veto à chaque fois qu’il y a une tentative de trouver une solution, en particulier pour le problème du Moyen-Orient. (…) Mais, l’ONU est indispensable. On ne peut pas s’en passer», estime-t-il.

Par ailleurs, à une question sur l’art de la négociation et les enseignements qu’ils a pu tirer de sa longue expérience de médiateur, Lakhdar Brahimi admet : « on a réussi une ou deux fois, on a échoué beaucoup de fois. »

«  Aucune crise ne ressemble à l’autre. Il faut donc approcher chaque crise de manière totalement différente et s’adapter à l’évolution permanente. Les choses évoluent de jour en jour. (…) Quand les choses ont changé, il faut vous adapter», dit-il avant de rappeler un principe cardinal : « Il appartient aux peuples de régler leurs problèmes eux-mêmes. On est là pour les aider, on ne les règle pas à leur place ».

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