
Plusieurs partis d’opposition en Algérie sont montés au créneau pour dénoncer le projet du MAK à proclamer l’indépendance de la Kabylie le 14 décembre à partir de Paris.
Les partis ayant un fort ancrage en Kabylie se sont exprimés sans ambiguïté contre cette aventure séparatiste du mouvement présidé par Ferhat Mehenni, qui veut séparer cette région de l’Algérie, et que le chef du FFS a comparé au roi Bocchus qui a livré le roi numide Jugurtha aux Romains.
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“Le pays ne sera pas divisé. La question a été tranchée par ceux qui ont libéré le pays, par les démocrates, par nous, les militants de la diversité”, a affirmé le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Atmane Mazouz.
La position ferme du RCD
“Le RCD n’acceptera pas justement que l’on touche à l’intégrité du territoire du pays. Il n’acceptera pas non plus que l’on singularise une région ou des régions. Singulariser une région, c’est la pousser à ce genre de fausse solution”, a ajouté Mazouz sur BRTV.
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Pour Mazouz, la Kabylie, “dans son écrasante majorité n’est pas favorable à un tel projet”, qui ne l’a jamais tentée d’ailleurs. Même lors de la rébellion de 1963, ou des évènements de 2001 où “le sang a coulé”, “à aucun moment la question n’a été posée”, a-t-il rappelé, assurant que le projet du MAK “n’aura aucune emprise sur le pays et sur la Kabylie” et que “la Kabylie tirera sa force de cette union et l’Algérie tirera sa force de cette diversité”.
En Kabylie, la Fondation Mustapha Bacha, du nom du célèbre militant de la démocratie et membre fondateur du RCD, a appelé à “une rencontre citoyenne publique”, jeudi 11 décembre à la salle de cinéma Le Mondial, au centre-ville de Tizi-Ouzou, avec comme thème : “L’unité nationale comme bouclier.”
“Face aux défis actuels, votre présence est un acte de conscience, de responsabilité et d’attachement à l’Algérie unie”, a écrit la fondation dans son appel.
Le 4 décembre, la même Fondation a organisé une conférence à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou pour dénoncer le projet séparatiste de l’organiste terroriste. « On ne peut se taire par rapport à ce qui se passe », a déclaré le porte-parole de la Fondation, Ali Bacha.
« L’unité nationale n’est pas négociable (…) Elle est portée par des générations qui ont refusé la division. La Kabylie », a-t-il rappelé. A l’approche du 14 décembre, le Mak et son président annoncent leur volonté de proclamer « unilatéralement » l’indépendance de la Kabylie.
« Face à cette initiative solitaire, sans mandat, sans consultation, sans légitimité populaire, nous affirmons avec force que ce projet n’est pas celui de la Kabylie, qu’il n’est pas celui du peuple kabyle, ni de l’Algérie », a-t-il dénoncé.
« Il s’agit d’une entreprise de fragmentation construite loin du pays, sans ancrage historique, ni vision d’avenir ; soutenue par des acteurs extérieurs dont les intentions ne sont pas innocentes. A ceux à l’intérieur, comme à l’extérieur, qui instrumentalisent la Kabylie pour en faire un marché politique, ou un outil géopolitique, nous disons ceci : on ne joue pas avec l’unité d’un peuple », a ajouté Ali Bacha.
Youcef Aouchiche, premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS), a, lui, accusé les partisans du MAK d’avoir choisi le chemin de “la trahison léguée par Bochus”, le roi de Maurétanie qui a livré Jugurtha aux Romains au 1er siècle avant J.-C. Il fait allusion aux liens entre le MAK et des pays étrangers hostiles à l’Algérie notamment le Maroc et Israël qui soutiennent Ferhat Mehenni dans son entreprise de déstabilisation de l’Algérie.
Le FFS dénonce la trahison de Ferhat Mehenni
“Le FFS a choisi, comme l’écrasante majorité des Algériennes et des Algériens, comme l’écrasante majorité des citoyens des wilayas de Béjaïa, de Tizi-Ouzou et de Bouira, cette voie d’honneur, contrairement à ceux qui ont choisi le chemin de la trahison léguée par Bocchus”, a tonné Aouchiche devant les élus du parti réunis samedi 6 décembre à Béjaïa.
Bocchus, roi de Maurétanie (111 av. J.-C. – 80 av. J.-C), beau père du roi numide Jugurtha a fini par trahir ce dernier pour le livrer à Rome.
Le premier secrétaire national du parti fondé par Hocine Ait Ahmed a réitéré que le FFS s’identifie “aux nationalistes et à ceux qui ont donné leur vie pour que vive l’Algérie, unie et indivisible” et “place son combat dans ce cadre unitaire national et dans le cadre de la recherche d’un avenir commun”.
Pour Aouchiche, “ceux qui prêchent la division et ceux qui prêchent l’exclusion s’inscrivent dans la même entreprise”.
Ramdane Youssef Tazibt, cadre du Parti des Travailleurs (PT), qui se présente lui-même comme “Algérien de Kabylie” et militant de Tamazight depuis son adolescence, a dénié au mouvement séparatiste le droit de parler en son nom.
La Kabylie a déjà « tranché »
“Comme des millions de kabyles, je déclare n’avoir mandaté aucune personne à parler en mon nom pour une prétendue indépendance de la Kabylie”, a écrit Tazibt dans un texte partagé sur les réseaux sociaux.
Le cadre du PT rappelle que lors du Hirak de 2019, les activistes du MAK ont tenté de créer des carrés dans les marches populaires et “les Algériens de Kabylie, les Kabyles, les ont pourchassés pacifiquement, notamment à Tizi-Ouzou et Bejaia (…) et n’ont plus jamais remis les pieds dans les marches de vendredi qui ont duré un peu plus d’un an”.
Tazibt souligne que le mouvement classé terroriste en Algérie depuis 2021 est “isolé et marginalisé” et s’est “résolument installé à l’extérieur du pays en bénéficiant de parapluies de puissances occidentales (UE/USA) mais aussi en rendant visite à l’entité sioniste et en marchant à Paris avec des drapeaux sionistes”.
Cette montée au créneau de l’opposition survient quelques jours après le geste fort du chanteur Rabah Asma qui a interrompu un gala à Lille (France) pour intimer l’ordre à une activiste de cesser de brandir le drapeau du mouvement séparatiste. Le geste a été salué dans toute l’Algérie.