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Algérie : pourquoi l’opposition parie à nouveau sur les urnes

Quatre partis d’opposition qui ont boycotté les législatives de 2021 reviennent dans l’arène électorale en Algérie. Pourquoi ce retour ?

Algérie : pourquoi l’opposition parie à nouveau sur les urnes
Le RCD rompt la politique de boycott / Par Павел Мещеряков / Adobe Stock pour TSA
Karim Kebir
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Absente pour la plupart des législatives de 2021, en raison de la pression populaire, une partie significative de l’opposition en Algérie s’apprête à renouer avec la compétition électorale.

À quelques mois des législatives prévues au printemps prochain, plusieurs formations politiques ont officialisé leur décision de participer au scrutin.

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Jil Jadid pose trois conditions

Dernier parti en date à avoir annoncé son entrée dans la course : Jil Jadid. Réuni en session ordinaire vendredi 19 décembre 2025, le Conseil national de ce parti a tranché en faveur d’une participation « de principe » aux prochaines échéances électorales.

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Une décision justifiée par la conviction que « l’action politique pacifique et organisée demeure un outil essentiel du changement démocratique et de la construction de l’État de droit ».

Dans sa déclaration, Jil Jadid dresse un diagnostic sévère de la situation nationale, marquée, selon lui, par une « crise de confiance persistante » entre citoyens et institutions, la « lenteur » des réformes structurelles et le « rétrécissement » des espaces politique et médiatique.

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Tout en relevant certains aspects positifs liés à la stabilité de l’État, le parti désormais présidé par Lakhdar Amokrane insiste sur la nécessité d’un dialogue national inclusif, seule voie, selon lui, pour refonder l’État et restaurer la légitimité des institutions.

La participation électorale est toutefois assortie de conditions : « ouverture réelle » du champ politique, « respect » des libertés publiques, « libération des détenus d’opinion », « neutralité » de l’administration et « révision » de la loi électorale ainsi que des prérogatives de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).

Le RCD rompt la politique de boycott

Le même jour, c’est le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui a créé l’événement en annonçant sa décision de se lancer dans la bataille électorale, rompant ainsi avec la politique de retrait adoptée depuis plusieurs années.

Dans une allocution de son président, Atmane Mazouz, à l’occasion de la tenue de son CN, le RCD assume un choix présenté comme un acte de responsabilité historique.

« Le RCD, force d’opposition, mais aussi force de proposition, ne peut se contenter d’un retrait qui, même justifié par les carences du système, risquerait de laisser le champ libre à l’arbitraire. Notre responsabilité historique est de porter la voix du changement là où se prennent — ou se confisquent — les décisions, y compris dans des espaces imparfaits, verrouillés et hostiles », estime le RCD.

Pour le parti fondé par Saïd Sadi, l’engagement dans la sphère institutionnelle ne signifie ni « capituler, ni se taire », mais l’investissement du « terrain politique pour y introduire le conflit démocratique, pour y porter les revendications populaires, pour y dévoiler les mécanismes de l’exclusion et de la fraude, pour y défendre les libertés et la souveraineté du citoyen ».

Le RCD met en garde contre les dangers de l’effacement politique, de la normalisation de l’arbitraire et de la résignation collective.

Comme Jil Jadid, le RCD conditionne sa participation à une série de garanties : « ouverture effective » du champ politique, « mesures d’apaisement en faveur des détenus d’opinion », fin des « ingérences administratives et sécuritaires » dans le processus électoral, égalité d’accès aux médias publics et transparence à toutes les étapes du scrutin.

Le parti assume, par ailleurs, la volonté de transformer les institutions en « tribunes de résistance démocratique » et en levier d’organisation populaire et de « dévoilement du système ».

Ces deux formations rejoignent ainsi le Front des forces socialistes (FFS) et le Parti des travailleurs (PT), qui avaient exprimé, plusieurs semaines auparavant, leur intention de participer aux prochaines législatives.

Le FFS a formalisé sa décision lors de la session ordinaire de son Conseil national tenue début novembre, qualifiant ce choix de « décision de conviction et de responsabilité », inscrite dans la continuité de sa ligne stratégique.

Pour le plus vieux parti d’opposition en Algérie, l’objectif est clair : réhabiliter la politique, reconstruire le lien de confiance entre les citoyens et les institutions et œuvrer à l’émergence d’assemblées élues capables d’exercer un contrôle réel sur le pouvoir.

Là encore, la participation est conditionnée à l’existence de règles du jeu équitables, à la révision de la loi électorale et à des gages politiques concrets pour lutter contre l’abstention et la défiance.

Un pari et des enjeux

Cette dynamique de retour de l’opposition aux urnes intervient dans un contexte politique particulièrement difficile, la persistance des craintes liées à la fraude électorale et un climat politico-économique peu propice à la mobilisation citoyenne.

Un contexte national marqué également par la question sensible de l’irruption du MAK, unanimement dénoncé par les partis de l’opposition comme une menace à l’unité nationale. À cela, s’ajoute un environnement régional tendu.

En décidant de retourner à l’arène électorale, l’opposition, malgré ses réserves, prend sans doute la mesure de la nécessité d’investir les assemblées, notamment le Parlement, dont la législature sortante est largement critiquée pour son manque de consistance politique, dominée, selon elle, par une clientèle partisane, et marquée par l’adoption de lois qualifiées de liberticides par de nombreux acteurs politiques et associatifs.

Même en présence réduite, l’opposition aura l’opportunité de porter la voix de ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Au-delà, il s’agit, particulièrement pour le RCD et le FFS, dont la Kabylie demeure un fief, de reprendre l’initiative politique et de couper l’herbe sous les pieds des « sécessionnistes ».

Aussi, la participation électorale se décline comme une réponse aux inquiétudes suscitées par certaines dispositions de la loi sur les partis, qui font craindre à plusieurs formations une possible marginalisation, voire une exclusion du jeu politique. Reste cependant l’enjeu central : la mobilisation populaire.

Comment convaincre une opinion désabusée, dont la confiance dans les partis est érodée, beaucoup plus préoccupée par son quotidien difficile, que les urnes peuvent encore constituer un espace de lutte et de changement ?

Comment susciter l’adhésion après avoir été cantonnée longtemps en dehors des institutions et loin des radars médiatiques ? Assurément, la mission pour ces partis s’annonce laborieuse.

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