
Le 13 février 1960, la France est devenue une puissance nucléaire mondiale en faisant exploser sa première bombe atomique dans le Sahara algérien, alors sous occupation.
Au total, 17 bombes atomiques françaises exploseront en Algérie, jusqu’en 1966. Plus de dix décennies plus tard, les séquelles de ces expériences sont toujours là et les habitants les vivent dans leur chair.
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Cet épisode s’ajoute à la longue liste des crimes du colonialisme français en Algérie.
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Plus grave encore, les autorités françaises refusent de remettre à l’Algérie les cartes de dissémination des déchets radioactifs. “Que cache la France aux Algériens ?”
La question est posée dans une enquête du média français AJ+ du groupe Al Jazeera. Le média a consulté des rapports de soldats, fait parler des survivants et des spécialistes, mais a dû buter sur un écueil : une grande partie des archives reste classée secret défense.
Des effets dévastateurs
L’armée française a effectué des essais dans l’atmosphère d’abord, puis en sous terrain, sous des montagnes de roches. Il y a eu 13 essais souterrains. Celui de la montagne de Tan Afellla, près de Reggane, avait pour but de calculer la puissance de la bombe.
Celle qui a été utilisée était beaucoup plus puissante que celle qui était prévue, ce qui a annihilé les précautions de sécurité et engendré l’ouverture d’une partie de la montagne et laissé échapper de larges nuages de gaz radioactifs qui ont contaminé très massivement l’environnement.
Le premier tir, apprend-on dans le document d’AJ+, était quatre fois plus puissant que la bombe d’Hiroshima et l’armée française a utilisé des hommes qui ne connaissaient pas les risques comme cobayes.
Certains effets sont instantanés, d’autres seront observés plus tard.
Les habitants découvrent des moutons, des oiseaux et d’autres animaux morts. Puis, c’est leur tour. Le village de Mertoutek, près de Reggane, a enregistré à lui seul 17 décès les tout premiers temps, des handicaps et des malformations chez les nouveaux nés, plus de 25 cas de surdité, des infertilités, des fausses couches… Les habitants constatent aussi que plus rien ne pousse, que des sources d’eau sont contaminées.
Des dizaines de milliers de personnes sont atteintes et le véritable chiffre est sans doute plus élevé, assure un médecin algérien.
Le danger est toujours là 65 ans après les premières explosions car à leur départ en 1967, les soldats ont reçu la consigne d’enterrer les déchets radioactifs sur place, sous le sable.
À ce jour, on ne sait toujours pas combien il y en a, ni où ils se trouvent. En février 2025, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a appelé la France publiquement à venir nettoyer les sites ou à remettre les cartes des déchets. La demande est restée sans suite.
Le ministère des Armées français garde le silence
De plus, la France a adopté une loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, mais elle ne s’applique pas aux victimes algériennes. Pourquoi ? La question a été posée par AJ+ au ministère français des Armées qui a laconiquement répondu : “Nous ne sommes pas en mesure de donner suite à votre demande.”
Aujourd’hui encore, la radioactivité continue de menacer les habitants et les animaux dans les régions concernées et au-delà. Car, explique-t-on, les gens récupèrent des métaux pour les revendre, certains sont transformés en objets du quotidien comme des théières, et le risque est que des objets radioactifs peuvent être disséminés dans le reste de l’Algérie.
L’avocate Fatma Zohra Benbraham tente d’aider les victimes à obtenir réparation.
“Ce dont a peur la France, c’est qu’on lui reproche un crime d’État. Un Etat qui tue une population pour une expérience sans lui dire, sans l’informer et sans prendre soin de l’aider à se rétablir”, dénonce-t-elle.
L’Algérie a adopté mercredi 24 décembre une loi criminalisant le colonialisme français. Elle réclame notamment la décontamination des sites des explosions nucléaires et l’indemnisation des victimes de ces essais.