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Viandes en Algérie : comment nourrir 47 millions d’habitants sans importation ?

Le président Tebboune a pointé mardi le paradoxe algérien dans le domaine des viandes. L’Algérie peut-elle produire ses propres viandes ?

Viandes en Algérie : comment nourrir 47 millions d’habitants sans importation ?
Est-il possible de produire plus de viandes en Algérie ? / Par Pixabay
Djamel Belaid
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Dans son allocution devant le Parlement réuni en congrès mardi 30 décembre, le président Abdelmadjid Tebboune a noté la persistance du manque de viandes produites en Algérie, et a pointé le paradoxe algérien dans ce domaine : un pays vaste qui importe des moutons !

Et il a fait remarquer que l’importation de viandes de l’étranger représentait un coût non négligeable pour le pays. Est-il possible de produire plus de viandes en Algérie ?

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Selon les chiffres officiels dévoilés en 2023, la production algérienne s’élevait à 5,4 millions de quintaux de viandes blanches, et à 4,8 millions de quintaux de viandes rouges. Une production insuffisante pour couvrir les besoins du pays en ces produits de consommation.

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Chabane Assad, fondateur du cabinet Finabi conseil, avait alors estimé le déficit de la consommation des viandes en Algérie à « 54 grammes par personne par jour », par rapport à la moyenne mondiale. Pour le combler et faire face à la hausse vertigineuse des prix qui ont dépassé 3.000 DA le kilo, l’Algérie a recours à l’importation.

Comme a rappelé le chef de l’État, avec 47 millions d’habitants, la population algérienne s’accroît d’un million d’habitants par an. Aussi la demande en produits animaux augmente d’autant plus que le mode d’alimentation occidental progresse en Algérie.

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Produire de la viande rouge, c’est avant tout produire des fourrages pour nourrir les ovins et les bovins. De nombreux projets se sont succédé en Algérie dont il faudra un jour tirer le bilan.

Production de fourrages non irrigués

La production de fourrages non irrigués présente l’avantage de ne pas nécessiter d’investissements lourds.

Dans les régions céréalières, dès le milieu des années 1970, un projet de culture de la luzerne de type médicago a vu le jour. Initié dans le cadre d’une coopération algéro-australienne, ce projet visait à valoriser les surfaces de jachères en offrant des pâturages aux moutons entre deux cultures de blé.

Cependant, l’importation de semences de médicago et l’observation d’un strict respect de la technique ont vite posé des problèmes à l’image d’un pâturage limité lors de la floraison pour permettre la formation de graines et un re-semis naturel ainsi que l’obligation d’un labour profond afin que celles-ci germent après la culture de blé.

Le projet a périclité bien qu’à l’époque le chercheur Abdelguerfi Aïssa de l’ENSA ait réussi à sélectionner des espèces locales plus productives que celles provenant d’Australie et permis d’envisager de se passer des importations.

En 2005, avec son collègue Khaled Abbas, il faisait remarquer « des gains de poids vif d’agneaux sur prairies à Medicago annuelles supérieurs par rapport aux jachères pâturées ».

Pour semer des fourrages sur les terres en jachère qui concernent chaque année une moyenne de 40 % des 7 millions d’hectares de terres céréalières, il s’agit de trouver un mode de semis rapide et économe.

Les éleveurs Néo-zélandais ont ainsi conçu le semoir fourrager Aitchisson qui répond à leur attente, c’est également en France où des agriculteurs adaptent de vieux engins destinés aux semis de mélanges fourragers entre deux cultures. En Algérie, l’ITGC a testé un temps l’intérêt de différents types de semoirs mais sans que des solutions ne soient proposées aux éleveurs.

La steppe, des réserves fourragères considérables

Avec une trentaine de millions d’hectares, les zones steppiques restent « le pays du mouton » en Algérie.

Très tôt le HCDS a initié une multitude d’opérations visant à accroître l’offre en fourrage, notamment l’épandage de crues vers les terres agricoles en installant des digues en travers le lit des oueds ou en mettant en repos régulièrement une partie des parcours steppiques (Mahmiyates) afin de laisser la végétation se régénérée.

Là aussi, à chaque fois il a été constaté un meilleur gain de poids des agneaux et surtout la réduction du coût du poste alimentation du cheptel.

Durant des années le HCDS et la Direction générale des forêts (DGF) ont multiplié les plantations d’arbustes fourragers (Attriplex) ou figuier de Barbarie (Opuntia) notamment dans la région de Tébessa à la grande satisfaction des éleveurs. Ces dernières années, l’un d’entre eux témoignait dans la presse : « sans le figuier de Barbarie, je n’aurais rien à donner à mes moutons ».

En pointe dans ce domaine, les Australiens ont sélectionné la variété d’Attriplex Amenka qui est particulièrement productive et appréciée des moutons.

Au cours de son intervention, le président Tebboune s’est félicité des dizaines de milliers de plants d’arbres fruitiers produits aujourd’hui en laboratoire grâce aux techniques de culture in vitro.

L’Algérie dispose donc aujourd’hui du savoir-faire nécessaire pour produire en masse les plants d’arbustes fourragers si se dessinait une stratégie de reboisement massif en zone steppique. Des possibilités de repiquage mécanique existent à l’image de celles employées pour les oliviers.

Encore faudrait-il réunir les budgets nécessaires. Si depuis des années, les services de l’État ont procédé à de telles plantations, les éleveurs n’y ont jamais contribué alors qu’ils sont les premiers bénéficiaires.

Plus grave, des observations font état d’éleveurs ayant laissé leurs moutons raser des parcelles entières plantées en Attriplex ou d’absence d’entretien sous forme de tailles régulières.

Conséquences, une prédominance de branches ligneuses aux dépens des feuilles. En Australie, la plantation et le rabattement par taille mécanique des arbustes plantés en ligne est réalisé par les éleveurs.

Il semble que l’éleveur soit resté à un mode de pâturage de type cueillette alors que la fourniture de viande pour une population de 47 millions d’habitants nécessite de passer au statut de planteur. Un défi pour les services de vulgarisation agricole et les Chambres d’agriculture.

Vergers contre parcours steppiques

Quant à l’actuelle politique d’attribution de concessions agricoles, elle semble d’abord profiter aux investisseurs procédant à la plantation d’oliveraies ou de vergers d’arbres fruitiers.

Certains vont jusqu’à effectuer un double passage de rippers pour casser la croûte calcaire du sol afin de favoriser l’enracinement des arbres dans ces espaces là où autrefois la seule occupation résidait dans un pastoralisme sous forme de nomadisme.

Ces plantations fruitières sont réalisées au détriment de la plantation d’arbustes fourragers et aboutit de surcroît à une réduction de la surface des parcours steppiques au grand désarroi des éleveurs. Il est arrivé que des éleveurs brandissent devant les caméras des touffes d’alfa et d’armoise déterrées à la suite de labours pourtant interdits en zone steppique.

Un manque d’aliments riches en azote

En l’absence de fourrages verts apportant de l’azote, les éleveurs engraissent leur cheptel à l’aide d’orge et de son.

Conséquences, une viande particulièrement grasse dont des médecins déconseillent la consommation régulière du fait de risques cardio-vasculaires.

Pour équilibrer les rations animales trop riches en orge et donc en énergie, les chercheurs de l’ENSA d’El Harrach et de l’ITLEV ont proposé dès le milieu des années 1970 l’ajout d’azote non-protéique sous forme d’urée produit par Asmidal.

Une technique restée sur les rayons des bibliothèques et jamais vulgarisée au niveau des éleveurs. Asmidal exporte sa production « en excès » à l’étranger alors que le géant norvégien YARA commercialise auprès des éleveurs européens le Rumistan à base d’urée.

FoodTech et start-up en agro-alimentaire

Très tôt dans sa carrière ministérielle, Yacine Oualid, actuellement ministre de l’Agriculture a eu l’occasion d’évoquer l’intérêt de la FoodTech et les innovations venant de start-up dans le domaine alimentaire.

Aujourd’hui, les Protéines Végétales Texturées (PVT) à base de tourteau de soja, de tourteau de tournesol, de protéines de pois ou de pois chiche gagnent du terrain à l’étranger.

Ils viennent en remplacement partiel des plats à base de viande. Ces procédés sont pratiquement inconnus en Algérie. Au vu de la tension actuelle régnant dans le domaine de la viande, se pose donc la question de l’adaptation de ces nouveaux procédés aux goûts des consommateurs algériens.

Le président Abdelmadjid Tebboune a pointé les surprofits habituellement engrangés par certains opérateurs de la filière ovine en prenant exemple de la soudaine baisse des prix du mouton de l’Aïd lorsque les premiers moutons roumains et espagnols ont débarqué dans les ports algériens.

Déjà en 1995, l’agro-économiste Slimane Bedrani de l’ENSA d’El-Harrach faisait remarquer, à propos des agriculteurs et de l’impôt sur le revenu qu’« une grande majorité d’entre eux ne devraient pas être touchés du fait de la faiblesse de leurs ressources ».

Cependant, il ajoutait que des travaux de recherche indiquent de « façon claire qu’un certain nombre d’agro-éleveurs et agriculteurs bénéficient de revenus extrêmement confortables sur lesquels les promesses insoupçonnées de la filière ovine en Algérie ne serait que justice de voir la collectivité nationale prélever une part ».

Une meilleure répartition de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de valeur dans la filière ovine pourrait permettre de la ré-investir dans la production de fourrages et la recherche d’alternatives. Et cela pour le plus grand bien des éleveurs et des consommateurs.

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