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Gaz naturel : l’Algérie face à des choix stratégiques majeurs

L’Algérie doit faire des choix stratégiques majeurs dans le domaine du gaz naturel, plaide l’ancien ministre de l’Energie Sadek Boussena.

Gaz naturel : l’Algérie face à des choix stratégiques majeurs
Gaz naturel : l’Algérie doit-elle l’exporter ou le consommer localement ? / Par Photocreo Bednarek
Badreddine Khris
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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 L’Algérie continuera à profiter pleinement de ses hydrocarbures pour la vingtaine d’années à venir. Si l’on se fie aux analyses de l’ancien ministre de l’Energie (1988-1991), Sadek Boussena, les hydrocarbures « resteront importants pour l’économie mondiale dans les 25 prochaines années ».

C’est le même cas, selon lui, pour le « gaz qui demeurera une énergie de base dans le mix énergétique mondial ». Malgré les luttes contre les émissions de CO2, soutient-il, le gaz restera une « énergie fortement demandée dans le monde et par l’Europe ».

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L’Algérie, « principal exportateur de gaz en Méditerranée »

Lors de son intervention lors d’une conférence par le Club Energy, ayant pour thème : « quelle vision énergétique pour l’Algérie dans l’esprit du 24 février 1971 ? », il a tenu à rappeler, que l’Algérie reste le « principal exportateur de gaz en Méditerranée ».

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Mieux, « l’Algérie est le premier producteur et exportateur d’hydrocarbures, tous hydrocarbures confondus, c’est-à-dire pétrole, GNL (gaz naturel liquéfié) et gaz naturel dans le bassin méditerranéen, avec un volume estimé à 2,5 millions de barils/jour ».

Pour M Boussenna, « aucun pays dans le bassin méditerranéen ne produit et n’exporte de telles quantités » que l’Algérie.

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C’est ce qu’il qualifie de « positions géostratégiques qui peuvent déboucher sur une carte géopolitique ». En tout cas, le marché du gaz sera, estime-t-il, « la résultante des rapports de force sur le plan géopolitique dans le monde». 

Néanmoins, M. Boussena a constaté une baisse des réserves gazières algériennes qui, selon lui,  ont diminué de 4.500 milliards de m3 de gaz à 2.270 milliards de m3. Le ratio réserve sur production offre à l’Algérie une autonomie se situant entre 24 à 50 ans selon ses prévisions.

Gaz : au rythme actuel, l’Algérie en aura pour 24 ans

Se basant sur ce ratio pour déterminer la longévité de ces réserves, cet expert des questions pétrolières avoue que « si l’Algérie continue à exploiter son gaz en l’exportant et en le consommant au niveau national, nous en avons pour 24 ans. Si l’on le réserve uniquement à la consommation nationale et si l’on se sent incapable de développer une énergie alternative, et on reste sur le modèle énergétique d’aujourd’hui, on s’étalera sur cinquante années au rythme de la consommation actuelle ».

L’ex-ministre de l’Energie est, à ce propos, catégorique : « ou on est capable de renouveler ces hydrocarbures, c’est tant mieux. Si ce n’est pas le cas, il est urgent de développer le reste ». Il fait allusion aux énergies alternatives. Or, force est de constater, relève-t-il, « on traîne trop pour les énergies renouvelables ».

« Pourquoi on n’arrive pas à aller aussi vite que l’on le souhaite ? », s’interroge-t-il, avant de fournir une réponse : «on patine parce qu’il y a des problèmes qui persistent toujours et que nous n’avons pas encore résolu ».

La menace américaine

A ces problématiques qu’il a soulevées dans sa communication qu’il a intitulée « Éléments Stratégiques d’une Politique Gazière Nationale », Sadek Boussena propose des solutions, certes, mais il faut tenir compte au préalable, prévient-t-il, d’un certain nombre de paramètres.  

L’expert en énergie, cite l’objectif de domination énergétique mondiale des Etats-Unis qui se traduit fondamentalement par le pétrole et le gaz.

« Les Etats-Unis vont vouloir doubler leurs capacités de GNL pour les 10 années à venir. Ce qui va impacter le marché européen du gaz qui est notre principal débouché. Toute évolution sur ce marché intéresse l’Algérie. Et il faut étudier les effets de ce marché sur l’Algérie », explique-t-il.       

Les Etats-Unis deviendront dominateurs dans le GNL 

Plus explicite, il anticipe une domination des Etats-Unis dans le GNL car ils l’imposent à de nombreux pays. « Il faut voir de ce fait, comment l’Algérie se positionnera par rapport à cette nouvelle donne sur le marché mondial. C’est dire la croissance attendue pour le marché GNL », explique-t-il. 

Ce qui fait dire à M. Boussena, que le GNL algérien doit être impérativement compétitif. Un tel objectif exige toutefois,  « beaucoup d’efforts en termes de productivité », s’adressant sans le cacher à la compagnie algérienne des hydrocarbures, Sonatrach. 

Il évoque aussi le problème lié aux capacités de liquéfaction algériennes qui demeurent sous-utilisées, à moins de 60 %. Serait-il nécessaire d’investir dans de nouvelles unités de GNL ? se demande-t-il.

L’autre facteur que doit prendre en considération les autorités algériennes est que le gaz est exposé aux obstacles des décisions prises par les instances mondiales concernant le climat.

Nécessité d’un consensus national sur la stratégie énergétique

Avant la mise en œuvre de toute solution dans ce sens, M. Boussena juge indispensable de dégager un consensus national sur la stratégie énergétique à mettre en œuvre. En termes plus clairs, il faut associer toute la population à qui appartiennent toutes ces réserves, soutient-il.   

Il suggère ainsi, le « recensement de la manière la plus rigoureuse, la plus objective et exacte des ressources existantes».

Par ailleurs, Sadek Boussena se demande si ça ne serait pas opportun voire bénéfique d’utiliser le gaz qui est moins cher pour la fabrication de produits localement, dédiés à l’exportation pour que ces derniers soient plus compétitifs ?

Il pose également une autre problématique : faut-il continuer à exporter tout en approvisionnant la consommation domestique qui ne cesse d’augmenter d’année en année ou privilégier le marché intérieur contre des entrées en devises ?

« Une tarification adaptée et intelligente »

Quant à la lancinante question des prix, il reconnaît que « l’Algérie est l’un des pays où l’énergie est la moins chère au monde » Or, argue-t-il, l’on ne couvre pas les coûts de production de cette énergie.  

Il propose de « passer à une tarification adaptée et intelligente tout en maintenant notre principe de démocratisation de l’énergie afin que la population l’ait à des conditions accessibles ».

Autrement dit, il faut qu’il y ait, suggère-t-il, une « rationalité économique derrière, à travers des circuits de financement, la subvention, de primes ». 

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