
Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, a été reçue mardi 27 janvier à Alger, par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
A l’issue de cette audience, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 a fait une déclaration dans laquelle elle a dévoilé son plan pour mettre fin aux crises entre la France et l’Algérie, et a dénoncé l’extrême droite qui ne veut pas encore admettre la « souveraineté nationale de l’Algérie ».
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« Je suis venue (en Algérie) écouter et apprendre dans deux domaines : la créativité économique et la culture », a-t-elle dit, en rappelant que l’Association pour l’amitié entre la France et l’Algérie qu’elle préside travaille depuis plus de 60 ans au « développement du dialogue, de l’amitié, de l’échange, de la compréhension mutuelle et de la recherche de perspectives communes ».
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Le plan de sortie de crise de Ségolène Royal
L’ancienne ministre a ensuite abordé l’histoire « blessée » ainsi que la dimension humaine entre les deux pays. Elle a dit que l’histoire entre la France et l’Algérie est une « histoire blessée, faite de domination, de violences indignes, mais aussi de luttes, de résistance, de destins mêlés, de familles construites entre les deux rives, de projets économiques et culturels communs, de partenariats et de potentiels trop souvent occultés ou méconnus que nous devons mettre en valeur ».
Enchaînant, Ségolène Royal a développé son plan de sortie de crise entre la France et l’Algérie qui dure depuis juillet 2024, et surtout construire une véritable relation basée sur le respect mutuel. Dans sa ligne de mire, le courant anti-algérien en France composé notamment de nostalgiques de l’Algérie française.
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« Il faut faire reculer les postures politiciennes, les provocations, les discours qui déchirent, de la part de ceux qui ne veulent pas que l’Algérie avance et qui ne veulent pas encore admettre la souveraineté nationale de l’Algérie, son rôle diplomatique dans le monde, sa décision de non-alignement, sa liberté totale de choisir ses alliances et ses causes », a soutenu Mme Royal dont c’est la première visite en Algérie en tant que présidente de l’association France – Alger.
« Moi je respecte profondément cela et j’espère que les autorités françaises finiront aussi par respecter cette souveraineté nationale de l’Algérie », a-t-elle déclaré.
Ségolène Royal : « la mémoire n’est pas un privilège »
La président de l’association France – Algérie estime que « l’amitié réparée entre nos pays et nos peuples doit se réaliser, je le souhaite de tout mon cœur pour construire des passerelles de savoir et de respect par le dialogue ». « La mémoire n’est ni un privilège, ni une culpabilité héritée, mais c’est la réalité des blessures et des confrontations, qu’il faudra nommer et traiter et s’en excuser, sans aucune contrepartie pour que cela ne produise plus » », a-t-elle plaidé.
Pour Ségolène Royal, le « premier geste que doit faire la France, qui aurait dû être fait depuis longtemps, c’est la restitution des biens culturels et des archives, et j’y mettrai toute ma force. »
« D’abord les objets de l’Emir Abdelkader et des autres personnalités algériennes », a-t-elle cité. Elle a aussi plaidé pour la restitution des « ossements de tous les martyrs conservés au Musée de l’Homme pour qu’ils soient honorablement inhumés comme l’a dit le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune ».
Ensuite, la France doit restituer « toutes les archives qui sont conservées à Aix-en-Provence et qui ont été en partie numérisées et donc qui peuvent être rendues très rapidement » et le « canon d’Alger qui se trouve à Brest ». « Tout cela c’est d’ailleurs la commission mixte Histoire et Mémoire qui l’a confirmé dans son rapport du 22 novembre 2023″, a rappelé Mme Royal qui a cité aussi « les archives et le dossier complet sur les essais nucléaires dans le Sahara afin de mesurer l’ampleur en effet des dégâts et les réparer ».
« C’est ce que je dirai au président Macron »
Dans sa déclaration, Ségolène Royal a évoqué les propos de l’Emir Abdelkader : « L’homme est grand parce qu’il sait, et noble par ce qu’il fait », et a plaidé en faveur de la restitution au peuple algérien « des objets qui lui appartiennent ».
« C’est ce que je dirai au président (français) Emmanuel Macron à mon retour pour l’inciter à agir en ce sens, comme d’ailleurs il l’avait dit au début de son quinquennat », a-t-elle dit.
« Je voudrais terminer par cette belle pensée de l’Algérien Saint Augustin, né à Tagaste, qui a écrit ceci : +La vérité est comme un lion, laisse-la libre, elle se défendra elle-même+ », appelant « à libérer la vérité de nos passés et construire une nouvelle alliance par des projets communs, d’égal à égal ».
Pour Ségolène Royal, « la reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie est un devoir que nous avons d’abord envers les jeunes générations des deux rives qui ne demandent qu’à développer ensemble leurs projets ».
A Alger, la présidente de l’association France – Algérie a tenu un discours puissant qui ne souffre d’aucune ambiguïté sur le règlement du litige mémoriel qui empoisonne les relations entre les deux pays. C’est la première fois qu’une personnalité française de ce rang tienne de tels propos rassembleurs dans un contexte de montée en puissance de l’extrême droite en France.