
De Bejaïa à la NASA, Karim Bouchoucha, ingénieur algéro-américain, se livre sur son parcours. Un palmarès d’exception qui l’a emmené jusqu’à faire partie de la mission Artémis 1, 2 et bientôt la 3.
Le baccalauréat en poche, Karim Bouchoucha poursuit ses études à l’université de Boumerdès, en génie électrique et électronique.
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« C’est un domaine qui m’attirait particulièrement car c’était très technique », confie-t-il à TSA. En parallèle de son parcours scolaire, il joue au volley-ball.
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À 23 ans, après ses études en Algérie, il s’est envolé pour les États-Unis.
« Un ami m’a inscrit à la loterie des visas de diversité américaine. J’ai été tiré au sort et je suis parti », explique-t-il.
Dès son arrivée sur le territoire américain, il commence par des emplois en dehors de son domaine, car son diplôme n’était pas reconnu aux Etats-Unis. L’ingénieur reprend ses études en parallèle de son emploi. Un travail acharné qui le mène jusqu’à la NASA.

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Ce qu’il a fait avant d’intégrer la NASA
« J’ai commencé par travailler dans une agence de location de véhicules Avis. Ce n’était pas dans le cadre de mes compétences, mais il fallait un job. En 3 jours, j’ai trouvé le premier travail grâce à un ami qui m’a cédé sa place », confie l’algéro-américain.
Puis, il enchaîne avec un travail de réceptionniste dans l’hôtel The Wyndham. « Au bout de 8 mois, je n’en pouvais plus. J’avais fait des études universitaires et mes collègues n’avaient pas le même niveau que moi », explique l’ingénieur.
« À ce moment-là, je me suis dit que ce n’était pas normal. Ce n’est pas possible de continuer dans ce sens. »

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À partir de là, Karim commence à chercher un emploi en lien avec ses compétences et qualifications. Ce n’était pas une tâche facile, car son diplôme algérien n’était pas reconnu pour l’emploi auquel il voulait postuler.
Karim Bouchoucha a dû passer deux certifications pour pouvoir intégrer un nouveau métier qui se rapproche de son domaine d’expertise. « C’était en autonomie, je me préparais seul et, quand je me sentais prêt, j’allais les passer », confie-t-il.
Après ces qualifications, il est recruté dans une entreprise de télécommunication. Pendant 8 ans, il gravit plusieurs échelons, en commençant par agent technique, ensuite superviseur et enfin manager d’une équipe de 17 techniciens.
« Dans la boîte de télécommunication, j’ai commencé en bas de l’échelle comme je venais d’arriver. Ensuite je suis devenu le chef de la même équipe », explique-t-il.
En parallèle, il reprend ses études en génie électrique optique entre 2011 et 2016. Une fois son diplôme obtenu, il postule « un peu partout » et obtient beaucoup de refus, jusqu’au jour où il est recruté par la NASA.
Artémis 1, 2 et bientôt 3
« Je postulais partout avec mon diplôme fraîchement acquis, et il s’est avéré qu’ils avaient besoin d’ingénieurs en télécommunications « entry level » (débutant), et j’ai été recruté » à la Nasa, exprime-t-il.
Dans cette agence, il intègre le programme Artémis 1. « On avait lancé Artemis 1. Il y a ensuite eu des postes qui se sont libérés. J’ai eu l’opportunité de devenir chef de projet dans le software (en anglais software project manager) », raconte-t-il.
Un métier qui consiste à tester plusieurs scénarios pour pouvoir se préparer à différentes situations. « Je livre le software (logiciel) que les équipes d’ingénieurs vont utiliser pour tester la fusée avant qu’elle ne décolle pour l’espace. »

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Pour la fusée Artémis 2, qui a été lancée le 1er avril dernier, il accumule deux rôles au sein de son équipe : « En plus du logiciel, j’ai aussi la casquette d’ingénieur en télécommunication », précise Karim Bouchoucha.
D’un côté, avec son équipe, il participe aux tests la fusée avant qu’elle ne soit envoyée dans l’espace et, de l’autre côté, il est dans la télécommunication pour suivre la machine et recevoir les informations depuis celle-ci.
Un métier auquel il n’avait jamais pensé : « Je n’avais jamais imaginé faire ce métier un jour, je ne me suis jamais vu là où je suis aujourd’hui. »
Concernant les tâches à haute responsabilité qui lui sont confiées au sein de la Nasa, il admet subir une certaine pression qui reste gérable.
« Lorsque les échéances approchent comme le lancement d’Artemis 2, on sent beaucoup de pression, parce qu’il y avait des deadlines (dates limites). Il y avait un petit peu le gouvernement qui poussait, donc ça c’est différent comparé à Artemis 1 », confie Karim Bouchoucha.
Pour Artémis 2, il y a plusieurs objectifs à atteindre selon lui. “ Il y a plein d’institutions académiques à travers les États-Unis et le monde qui ont confié leurs projets aux astronautes » de cette mission.
Artémis 3 : lancement en 2027
La principale mission d’Artémis 2, « pour le gouvernement, c’est essentiellement de tester la capsule et les astronautes. L’équipage va parcourir une distance qui n’a jamais été atteinte auparavant. Ils seront complètement dans le noir ( en black-out ) pendant 40 minutes. Ils n’auront aucune communication avec la planète pendant ce temps-là », détaille l’ingénieur de la NASA. L’équipe a une mission de dix jours et revient le 10 avril. « Ils vont amerrir sur les côtes californiennes. Après, la Navy va se déplacer pour les récupérer » ajoute-t-il.
Pour le prochain programme d’Artémis, il nous livre quelques détails. « Artémis 3, ça arrive avec un nouvel administrateur. Il veut qu’elle soit lancée en 2027, c’est-à-dire, d’ici une année. »