
Alors que le gouvernement multiplie les projets de modernisation d’Alger afin d’améliorer les conditions de vie des habitants, des promoteurs immobiliers et des maires semblent aller à contre-courant de cette politique.
Partout, des immeubles poussent comme des champignons, souvent au mépris des règles d’urbanisme et d’aménagement urbain. Tous les quartiers de la capitale sont touchés par cette frénésie immobilière, y compris les plus résidentiels.
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Dans les quartiers réputés autrefois huppés comme Hydra, Ben Aknoun, El Biar, Dely Brahim, des immeubles hideux ont remplacé les villas qui faisaient leur charme et leur particularité. Chacun construit comme il veut : il choisit le nombre d’étages, la couleur de l’immeuble, l’implantation ou non d’un parking souterrain…
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Des promoteurs immobiliers à l’assaut du moindre mètre carré !
Certains promoteurs immobiliers profitent du moindre mètre carré pour ériger des immeubles de plusieurs étages et tirer profit de la spéculation immobilière qui reste forte dans la capitale.
À El Biar, un promoteur immobilier mène depuis quelques mois un projet immobilier entouré de plusieurs zones d’ombre. Il y a quelques mois, Ahmed Tebal a rasé une maison pour entamer la construction d’un immeuble de plusieurs étages.
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Dans ce quartier très prisé par les spéculateurs immobiliers, le mètre carré d’un logement peut dépasser les 500.000 dinars algériens (50 millions de centimes).
Entouré de zones d’ombre, ce projet suscite l’inquiétude et les protestations des riverains pour plusieurs raisons. Aucun panneau comprenant les éléments du projet n’a été installé sur le chantier, comme l’exige la réglementation en vigueur. À la place, le promoteur a accroché une petite plaque.
Cette absence d’éléments techniques nourrit les appréhensions du voisinage sur la dimension réelle du projet et son impact sur leur quotidien. Certains disent qu’il a obtenu une autorisation pour construire un immeuble de quatre niveaux dont deux en sous-sol. D’autres pensent que c’est un bâtiment de sept niveaux avec un grand commerce sur un terrain qui suffit à peine pour ériger une maison de deux étages !
« On ne pourra plus respirer de l’air frais »
« Son immeuble est pratiquement collé au notre. Une fois achevé, on ne pourra même pas ouvrir la fenêtre pour respirer de l’air frais. C’est trop rapproché ! », s’inquiète un riverain qui s’interroge sur les éléments pris en compte par la mairie pour délivrer le permis de construire. « J’ai vu un vice-président de l’APC venir défendre la cause du promoteur devant les riverains. C’était à peine croyable ! », enchaîne-t-il.
Alors que les autorités ont interdit la transformation de villas en immeubles afin de mettre fin à l’anarchie urbaine et aux conflits qui y sont générés, comment la mairie d’El Biar a-t-elle autorisé une telle construction ?
« Nous voulons de la transparence, des réponses à nos préoccupations », réclame un riverain qui malgré les différents écrits adressés à la mairie d’El Biar, dont le maire vient d’ailleurs d’être suspendu dans le cadre d’une enquête de corruption liée au neveu de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.
Ce projet immobilier, qui n’est pas le seul du genre à susciter la colère des riverains dans cette commune de la capitale, inquiète aussi par son caractère invasif.
Lors des terrassements, la maison mitoyenne du chantier a subi d’importants dommages avec notamment des fissures sur les murs qui sont apparentes.
Le promoteur a poursuivi tranquillement son chantier, travaillant parfois jusqu’aux premières heures de la matinée, causant ainsi des désagréments à l’entourage du chantier. Pour cela, il affirme détenir une autorisation du wali délégué de Bouzaréah lui permettant de travailler entre 20h00 et 05h00 du matin !
À qui profite la bétonisation d’Alger ?
« Pourquoi autoriser un promoteur immobilier à travailler toute la nuit dans un quartier à forte densité urbaine et à proximité d’une polyclinique ? Son projet n’a rien d’urgent, il n’est pas d’utilité publique. Quand il travaille de nuit, on fait nuit blanche, ce n’est pas normal. Il y a des enfants, des personnes âgées, des gens qui doivent se lever très tôt pour aller au travail, et qui se retrouvent dérangés, sans motif », dénonce un autre riverain dont les plaintes aux autorités concernées sont restées sans suite. Puis, l’exiguïté de l’endroit ne permet pas d’accueillir de nouvelles promotions immobilières.
Qui cherchent à entasser les gens les uns sur les autres dans une capitale où le chaos règne dans le domaine de l’urbanisme, souvent par la faute d’une certaine catégorie de promoteurs immobiliers avec une complicité suspecte des maires ?
La bétonisation à outrance des quartiers d’Alger semble en totale contradiction avec les plans déployés par la wilaya pour réduire les embouteillages et créer de nouveaux espaces de vie dans une capitale qui en manque terriblement.