
Cevital, le géant algérien de l’agroalimentaire, a lancé un projet de culture de la betterave sucrière et d’édifier une usine de transformation dans la région de Ghardaïa. Montant de l’investissement : 600 millions de dollars, selon la Télévision algérienne.
Ce projet a fait l’objet d’une visite sur le site la semaine passée d’Abdellah Abi Nouar, wali de Ghardaïa, et de Malik Rebrab, patron du plus grand groupe privé algérien.
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C’est à Mansourah, dans la wilaya de Ghardaïa, que le groupe Cevital compte développer cette culture sur les 1.200 hectares d’une concession agricole.
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Sur le terrain les travaux ont déjà commencé avec notamment un forage ayant atteint la profondeur de 385 mètres. La betterave à sucre nécessite de l’eau pour sa culture mais également pour le lavage des racines à l’usine avant la découpe et lors des opérations d’extraction du sucre.
Une base de vie comprenant des cabines sahariennes a été établie sur le site et permet d’accueillir une vingtaine de collaborateurs. Un investissement indispensable dans la mesure où le site se situe à 160 km de Ghardaïa dont 45 km de piste en terre battue.
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Les premières plantations ont commencé en 2024 et selon les ingénieurs de Cevital, les rendements actuels sont « très encourageants. »
Une raffinerie de sucre fonctionnant avec de la betterave sucrière devrait être construite au plus près de la zone de culture et entrer en service en 2028. Cette localisation devrait faciliter son approvisionnement dans les meilleures conditions. Contrairement aux grains de blé, une fois récoltées les racines de betteraves se conservent mal et leur taux de sucre chute rapidement.
Dans les années 1980, une des causes de l’échec de la culture de la betterave sucrière à Khemis Miliana est lié aux pénalités encourus par les agriculteurs suite à cette chute du taux de sucre du fait de dysfonctionnements au niveau de la chaîne logistique vers la raffinerie.
La Télévision algérienne a suivi la visite du wali et de Malik Rebrab. Un ingénieur de Cevital a expliqué à la Télévision algérienne que ce sont des pivots de 30 hectares, 40 ou 50 hectares qui sont utilisés selon la topographie du site. Il ajoute que les premiers essais de culture réalisés en 2024 ont permis des rendements en sucre de 18% voire 20%.
À Mansourah, au niveau d’une parcelle de betterave à la végétation fournie, un technicien de Cevital arrache un plant de betterave à la racine de belle taille. Une racine non coudée indiquant une profondeur de sol suffisante, un facteur indispensable pour la culture de betterave.
Sous un autre pivot, un semoir spécialisé de type « monograin » réalise un semis sous l’œil attentif de techniciens qui vérifient après le passage de l’engin le nombre et la profondeur des semences. Comme pour la culture du tournesol, en culture de betterave, les agriculteurs ont coutume de dire que « c’est la densité qui fait le rendement ».
Contrairement aux années 1980, la culture de la betterave est totalement mécanisable et les semences monogermes permettent d’éviter les fastidieuses opérations manuelles de « démariage ».
La récolte peut être réalisée à l’aide d’une arracheuse automotrice dont le bras articulé permet de charger les racines directement dans un camion.
Autant de progrès techniques qui militent en faveur de la relance de la culture de betterave après son arrêt à la fin des années 1980.
Des défis nombreux
Cependant, les défis sont nombreux. Du point de vue logistique, il s’agit d’assurer un transport en flux tendu entre les champs et l’usine. Par ailleurs, l’environnement aride, les risques de vents violents et la disponibilité en eau sont autant de défis climatiques.
Le projet table sur 5.000 emplois. Les pulpes de betterave et la mélasse sucrière issues du processus d’extraction du sucre sont des sous-produits intéressants en élevage ce qui induit des emplois indirects.
Ce projet devrait permettre la réduction des importations de sucre alors que l’Algérie figure parmi les plus gros consommateurs de sucre au Maghreb. Une consommation que l’organisation algérienne de la protection des consommateurs (APOCE) estime à 24 kg par an quand l’organisation mondiale de la santé (OMS) préconise de ne pas dépasser 25 g de sucre par jour, soit une moyenne de 9 kg par an. Ce projet devrait permettre à l’Algérie de produire son propre sucre et de ne pas dépendre des importations de sucre roux.