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Rencontre avec Ghezala Cherifi : le combat de la mémoire algérienne en Belgique

Fondatrice de l'association LABA (Les Amitiés Belgo-Algériennes), ancienne élue locale et militante active de longue date, Ghezala Cherifi travaille depuis des années sur les relations entre l'Algérie et la Belgique.

Rencontre avec Ghezala Cherifi : le combat de la mémoire algérienne en Belgique
Recontre avec Ghezala Cherifi, figure engagée de la diaspora algérienne en Belgique. | Source : Facebook Ghezala Cherifi
Sonia Lyes
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Figure engagée de la diaspora algérienne en Belgique, Ghezala Cherifi œuvre depuis des décennies autour des questions de mémoire, de transmission et de dialogue interculturel.

Fondatrice de l’association LABA (Les Amitiés Belgo-Algériennes), ancienne élue locale et militante active de longue date, elle travaille depuis des années sur les relations entre l’Algérie et la Belgique.

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Elle a récemment réagi dans une tribune à l’entrée de l’écrivain Boualem Sansal à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB), après son passage par l’Académie française. Une nomination qui, selon elle, dépasse largement le cadre littéraire.

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Dans un entretien à TSA, elle évoque son combat, la polémique autour de Boualem Sansal, la perception de l’Algérie en Belgique et la place de la diaspora algérienne et le sens de son engagement.

Vous avez récemment critiqué la nomination de Boualem Sansal à l’ARLLFB. Qu’est-ce qui vous a dérangé dans cette décision ?

Je suis quelqu’un qui soutient toute liberté d’expression, chacun a son point de vue, il faut le respecter. Je n’avais pas à critiquer ce qu’il dit. Mais à partir du moment où on commence à donner de fausses informations et à aller dans des contradictions…

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J’ai trouvé ça dommage qu’un intellectuel comme lui ait joué sur ça et s’est fait instrumentaliser. Quand on est une femme ou un homme public, on doit l’assumer en essayant de dire un minimum de corrections. Et la correction, il ne l’a pas eue, en disant que territorialement, il y a toute une partie de l’ouest algérien qui n’appartient pas au pays.

C’est ma région, mon père est né à Oran, ma mère à Mascara, et je suis née à Oran. Nos martyrs, nos parents et nos grands-parents se sont battus et sont morts pour cette terre, et lui dénigre l’existence même de notre pays.

L’Algérie est ce qu’elle est, mais c’est un peuple qui est debout, qui s’est battu, et on ne peut pas remettre cela en question. Le fait de dénigrer cela et de dire « l’Algérie, ce petit truc » ou « l’Algérie n’est pas un pays », c’est m’insulter moi, c’est une insulte à nos parents…

C’est une question de respect. Avoir une attitude méprisante de toute une histoire et de toute une mémoire, c’est quelque chose que je n’ai pas accepté.

Je n’ai rien dit quand ça se passait en France. Il a choisi d’aller en France, de jouer le jeu de l’extrême droite française et des Français partisans de l’Algérie française. Il a joué pour des intérêts personnels, il savait ce qu’il pouvait recevoir de tout ça.

Et le voilà qui vient en Belgique parce que « déçu » par les Français. Certains ont réalisé, d’une certaine manière, sa « traîtrise », d’autres l’ont qualifié de « harki »…

On peut critiquer un système, chacun a son point de vue, mais répéter des mensonges et des non-vérités, ça, ce n’est pas possible.

À travers cette polémique, avez-vous le sentiment que l’Algérie est encore mal comprise en Belgique ?

L’Algérie est très mal comprise, mais elle est un peu responsable, parce qu’elle n’a pas assez bien communiqué. D’ailleurs, la nouvelle génération de représentants, consuls généraux actuels et ambassadeurs en Belgique, n’ont pas fait un bon travail.

Je vois ce que sont les autres communautés en Belgique, ils ont une certaine approche avec les autorités belges, car il faut être présent dans certains endroits. Donc le déficit de communication a été la responsabilité de l’Algérie, mais je pense que c’est parce que c’est culturel : l’Algérien sait ce qu’il a et n’a pas besoin de s’en vanter.

On a pourtant une culture très diversifiée, chaque région a sa propre spécificité, que ce soit au niveau culinaire, vestimentaire, linguistique ou musical. Il y a autant de régions qu’il y a de spécificités culturelles. Mais on n’en parle pas, donc il y a des appropriations des uns et des autres.

Maintenant l’Algérie se réveille, et elle a de quoi se réveiller, elle a de la richesse. Aujourd’hui, elle doit travailler sa communication.

Aujourd’hui, comment décririez-vous la communauté algérienne en Belgique ?

Déjà, je trouve que c’est dommage qu’on ne fasse pas assez confiance à la diaspora qui a vécu toute sa vie en Belgique, connaît très bien les institutions, a fait ses études jusqu’à l’université, et a une expertise et une expérience de terrain.

En ce qui me concerne, je travaille dans une institution belge reconnue et appréciée, et je suis une Algérienne qui fait du militantisme actif. Je fais partie des gens qui peuvent faire le pont et être des intermédiaires, mais on ne nous reconnaît pas. On nous met presque à l’écart. Nous sommes aussi des ambassadeurs de notre pays.

Tant que nos autorités représentantes ne nous reconnaissent pas, comment voulez-vous qu’on avance et qu’on puisse donner une bonne image ?

Les citoyens de cette communauté, qui sont là depuis presque 80 ans, peuvent créer des ponts. Il y a des Algériens dans tous les secteurs en Belgique, ils ont des compétences à souhait. La communauté algérienne en Belgique se positionne bien, elle fait ce qu’il faut, ce n’est pas une communauté à problème en règle générale.

Vous travaillez depuis des années autour de la mémoire et des relations belgo-algériennes. Qu’essayez-vous de transmettre avec votre association LABA ?

Mon association Les Amitiés Belgo-Algériennes (LABA) asbl est un projet porteur pour l’Algérie, pour l’image du pays et pour son histoire. Ça part d’un vécu personnel et d’un constat.

Comme je le disais, on ne nous connaît pas très bien. On est une minorité, donc électoralement, on n’est pas une masse importante. Mais on a un parcours différent des autres communautés étrangères en Belgique…

C’est par la culture qu’on fait passer des messages, même s’il y a aussi le côté business et économique. Ça serait bien aussi qu’on puisse exporter des produits, des matières premières, et un savoir-faire. 

J’insiste sur le fait qu’on doit nous respecter. Les autorités algériennes qui viennent nous représenter doivent être à l’image et à la hauteur de ce qu’on a vécu. On a subi le racisme et les discriminations. Ce passif, eux, ne le connaissent pas. On sait ce que c’est de vivre en Belgique.

La nouvelle génération et ceux qui viennent d’arriver d’Algérie ignorent que s’ils ont une certaine qualité de vie aujourd’hui, c’est parce qu’on s’est battus pour avoir tout ça. Rien n’est acquis.

 

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