
Les vols de moutons ne sont pas rares en Algérie. La presse et les réseaux sociaux documentent régulièrement des vols commis dans des bergeries isolées. Des vols en recrudescence à l’approche de la fête de l’Aïd-el -Adha d’autant plus que les prix ont atteint des sommets ces dernières années. La Gendarmerie nationale est mobilisée pour l’occasion.
Une hausse cependant tempérée par la décision des pouvoirs publics de plafonner à 50 000 DA le prix des moutons importés.
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Une décision qui ne fait pas toujours la joie des éleveurs dont l’un d’entre eux confie à la presse que les ventes sont pratiquement à l’arrêt : « on amène nos moutons au souk, puis on les ramène à la maison. Et c’est chaque fois comme cela ».
Des animaux au prix de 120.000 DA dont les consommateurs se détournent actuellement. A Oran, au niveau d’un point de vente de moutons importés, un consommateur confie à la chaîne Web Dzaïr sa « joie de pouvoir acheter un mouton à 48.000 DA ».
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Sur le marché de Boukadir à Chlef, un éleveur confie à la presse : « on a amené des agneaux au marché mais rien ne se vend. A 10,2 millions de centimes, il n’y a pas de vente. Le souk est mort, les gens achètent les moutons de Roumanie à 5 millions de centimes. »
Puis, il ajoute : « l’aliment est cher et il n’y a pas de vente ». Une affirmation qui fait bondir un acheteur potentiel manifestement excédé. Il lance à l’adresse de l’éleveur : « Vous bénéficiez de la carte de Fellah et la possibilité d’acheter du son de blé à prix administré. Quand c’est la sécheresse, vous dites que l’aliment est cher et quand il pleut et qu’il y a de l’herbe, vous continuez à dire que l’aliment est cher ». Il poursuit : « on remercie le président Tebboune pour sa décision d’importer des moutons. »
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Des moutons importés visés par des tentatives de vol
A leur descente de bateau, les animaux importés sont parqués pour une quarantaine sanitaire dans des lazarets avant d’être dirigés vers les centres de vente.
Ces lazarets et bergeries attirent les convoitises du fait du grand nombre de bêtes qui y séjournent. A plusieurs reprises, la presse a fait état de tentatives de vols.
Fin avril, la brigade territoriale de la Gendarmerie de la commune de Ben Khelil (Blida), a démantelé un réseau spécialisé dans le vol de moutons importés.
Une opération qui a permis de récupérer près de 50 têtes et d’arrêter cinq suspects suite à un barrage routier inopiné et le contrôle d’un camion de petite taille transportant des moutons d’origine douteuse.
L’enquête a montré qu’ils appartenaient à un réseau impliqué dans le vol de moutons importés de Roumanie et a abouti à la récupération d’une cinquantaine de moutons et la saisie de 2 millions de centimes.
Rapt de moutons lors de « razzias »
Les cas de vol de bétail sont légion en Algérie. En 2021 à Msila, deux éleveurs se sont fait voler 75 bêtes. Cependant, grâce à une caméra de surveillance installée à l’entrée de la bergerie, les voleurs avaient pu être identifiés.
A Relizane, en janvier de la même année, ce sont 82 moutons qui ont été subtilisés à un éleveur. L’enquête menée par la gendarmerie avait alors abouti à l’arrestation des membres d’un réseau impliqué dans « 25 affaires de vol de bétail totalisant 800 moutons » selon l’agence APS.
Au-delà de bandes organisées, il s’agit parfois de vols d’opportunité à l’image du vol de 2 agneaux commis le 29 avril dernier dans la commune d’El Tarf.
Le quotidien l’Est Républicain relate que les animaux qui étaient en train de paître en bordure de route ont rapidement été embarqués dans une voiture. Le véhicule qui avait servi au vol a pu être identifié et les 3 individus à bord interpellés dans l’heure qui a suivi.
Un bilan de la gendarmerie nationale pour l’année 2025 fait état du démantèlement de 183 réseaux spécialisés dans le vol de moutons, de l’arrestation de 2.342 individus impliqués dans le vol de 20.863 têtes de bétail dont 6.183 ont pu être récupérées.
La gendarmerie fait également état de la découverte d’abattoirs clandestins. Un phénomène qui n’est pas propre à l’Algérie et qui existe également en France.
La gendarmerie en première ligne dans la lutte contre les vols
Face à ce phénomène, la gendarmerie sensibilise les éleveurs contre les vols notamment en alertant les forces de l’ordre en temps réel à travers le numéro vert 1055.
Citée le 9 mai dernier par le quotidien El Moudjahid, la cellule de communication près du commandement de la Gendarmerie nationale évoque ainsi « une tentative a été mise en échec à Sétif par la brigade territoriale de la Gendarmerie de Boutaleb suite à un appel de la victime vers 3 h du matin. L’intervention rapide et efficace des gendarmes a permis l’interpellation de trois malfaiteurs en flagrant délit et la saisie d’une camionnette utilisée dans le transport du cheptel volé. »
Sur la base des cas de vols passés, la gendarmerie a adopté un dispositif qui comprend notamment anticipation, prévention et renforcement du travail de renseignement.
Aussi à l’approche de l’Aïd, elle a mis en place des mesures spécifiques comme des descentes inopinées dans les marchés à bestiaux, des contrôles routiers avec des barrages fixes et mobiles qui visent notamment les camions de transport de bétail et des patrouilles, dont certaines nocturnes, au niveau des pistes et des zones d’élevage.
Ce type de patrouilles de nuit ont permis « des arrestations en flagrant délit, souvent après des signalements de citoyens » rapporte El Moudjahid.
Identification des moutons
Quant aux services agricoles, ils sont engagés dans une opération d’identification du bétail par l’intermédiaire d’une boucle apposée à l’oreille des animaux. Une mesure qui pourrait à l’avenir permettre d’identifier l’appartenance et la provenance réelle de chaque animal.
Le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche utilise de nouveaux moyens. Il a ainsi fixé, les modalités d’acquisition et de choix des moutons de l’Aïd El-Adha après inscription via la plateforme nationale adhahi.dz dédiée à la réservation et à la vente de moutons importés.
Les personnes inscrites sur la plateforme reçoivent « un SMS mentionnant la date, l’heure et le lieu de retrait du mouton, afin de les orienter vers les points de vente les plus proches de leur lieu de résidence ».
Un appel envoyé selon « un ordre chronologique et en fonction de la disponibilité des bêtes de sacrifice dans chaque wilaya et point de vente » selon un communiqué du ministère concerné.
Outre une meilleure organisation de la commercialisation des moutons, cette initiative présente l’avantage de tracer l’origine des bêtes lors de tout contrôle routier et donc de déceler d’éventuels vols.
La fête de l’Aïd-el-Adha et les différentes mesures prises à cette occasion représentent une opportunité pour renforcer l’identification du cheptel. Une condition essentielle pour entreprendre la sélection génétique de moutons combinant croissance rapide et meilleure valorisation de l’alimentation.