
Au sud de la wilaya de Khenchela, la région du désert Nememcha se verdit et constitue un nouveau front pionnier en Algérie.
La culture irriguée du blé y est prometteuse d’autant plus que la région bénéficie d’une nappe souterraine régulièrement alimentée par les pluies tombées sur les monts des Aurès.
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À des centaines de kilomètres de cette région située aux portes du Sahara, Gassi Touil, dans la commune de Hassi Messaoud (W. Ouargla), la production de blé progresse. L’Algérie repousse ainsi les frontières du désert avec des rendements record.
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Partout dans le Sahara, des exploitations agricoles se développent, grâce notamment à la disponibilité de l’eau souterraine.
Blé, des rendements de 66 quintaux
Bien que située à moins de 500 km d’Alger, Sahra Nememchas bénéficie de températures hivernales particulièrement douces. Celles-ci sont dignes de la région d’Adrar distante d’Alger de plus de 1 000 km.
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Des températures qui permettent aux agriculteurs d’y produire des légumes primeurs tels que des petits pois et des fèves en hiver. Cependant, la région est sujette à de violents vents de sable préjudiciables aux fragiles serres tunnel.
L’étendue des surfaces est propice aux grandes cultures dont les céréales. En bordure de champs, un jeune investisseur se félicite des résultats obtenus. Le rendement de l’année atteint 66 quintaux de blé à l’hectare, contre une moyenne nationale de 15 quintaux.
Dans un témoignage publié sur les réseaux sociaux, il insiste sur la véracité du rendement obtenu qui « a été mesuré avec précision » précise-t-il en souhaitant plein succès à tous les agriculteurs de la région.
Au loin, on distingue une ligne électrique qui permet le raccordement au réseau afin de faire fonctionner les pompes immergées dans les forages. Le raccordement, un gage de réussite qui libère les investisseurs de l’usage fastidieux de groupes électrogènes.
Une moissonneuse-batteuse progresse dans le champ de l’investisseur. Sur la partie moissonnée, l’abondante quantité de paille qui accompagne ces rendements record a déjà été conditionnée en bottes qui attendent d’être ramassées.
Dans la région, dès 2018, Agrico, une filiale du groupe public de BTP Cosider, a bénéficié d’une concession agricole de 8.000 hectares avec 40 forages.
La première année, les rendements de blé ont été moyens selon les techniciens, mais ils ont ensuite décollé. En 2021, plus de 20 000 quintaux de semences ont été livrés à la CCLS de Khenchela.
La région dispose d’une ressource capitale, sa nappe souterraine. En 2012, à l’occasion d’une monographie consacré au massif des Nememchas, le géographe Jean-Louis Ballais évoquait une région où les oueds y ont creusé des canyons étroits et profonds où « l’eau de pluie s’infiltre et va nourrir les nappes aquifères ».
À Khenchela, cette année les services agricoles tablent sur une récolte d’un million de quintaux dont 600.000 récoltés au sud de la wilaya.
Des rampes pivots avec des « pendillards »
Le mode d’utilisation des rampes pivots pour l’irrigation des cultures évolue. À Timimoun dans le sud du pays, au niveau de l’exploitation de la société algéro-italienne Bonifiche Ferraressi, les pivots arrosant le blé dur sont commandés à distance à partir d’une application sur téléphone portable.
À Gassi Touil, dans la commune d’Hassi Messaoud, ce 9 mai à l’occasion du lancement officiel de la campagne de moisson par le wali, la Télévision algérienne a fait état d’une innovation au niveau de la concession des Frères Zirrari. Une exploitation qui s’étend sur 1.000 hectares, possède 7 forages et a bénéficié d’un raccordement au réseau électrique grâce à une nouvelle ligne de 12 km.
Pour cette 2ème année de culture, un pivot a été équipé de « pendillards », des tuyaux flexibles qui remplacent les traditionnels asperseurs et qui arrivent jusqu’au sol.
Un système qui procure un net avantage. Selon la revue Réussir Machinisme, « ces pivots sont équipés de pendillards avec des arroseurs basse pression. Cette solution permet un arrosage par grosses gouttes, ce qui limite l’évaporation de l’eau entre les asperseurs et le sol, ainsi que la dérive au vent ».
L’ingénieur agronome Yacine Zirrari confie qu’en culture de blé tendre « ce mode d’irrigation qui équipe un pivot a permis d’augmenter les rendements de 30 % tout en permettant une économie d’eau de 25 à 30 % ». Aussi indique-t-il vouloir équiper dès la saison prochaine l’ensemble des pivots de la concession.
Fin avril, le sénateur Moulay Saadoun, en visite de travail dans la wilaya d’Aïn Defla, a eu l’occasion d’appeler les agriculteurs à une utilisation rationnelle de l’eau.
Il a ainsi fait remarquer que dans de nombreuses exploitations visitées, la demande porte sur l’eau. Mais il a fait remarquer que « chaque agriculteur utilise des quantités d’eau comme bon lui semble. Ces pratiques d’irrigation doivent changer ». Il a ajouté que « si les pouvoirs publics autorisent chaque agriculteur à utiliser 2 à 3, voire 4 forages, tout le budget de l’État pourrait être consommé et le niveau des nappes baisser ».
Encore cette année, la culture irriguée des céréales progresse en Algérie, notamment au niveau de nouveaux fronts pionniers. Au-delà des quantités de blé qui seront engrangées cette année, les innovations en matière d’engins de récolte, de stockage voire d’économie d’eau améliorent la rentabilité de cette production de blé.