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Édouard Philippe : taisez-vous

« Il fut un temps où Édouard Philippe incarnait, aux yeux de beaucoup, une droite française capable de retenue, de lucidité et d’une certaine hauteur républicaine. »

Édouard Philippe : taisez-vous
Édouard Philippe : taisez-vous. | Source : Facebook
Said Amer
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TRIBUNE. Il fut un temps où Édouard Philippe incarnait, aux yeux de beaucoup, une droite française capable de retenue, de lucidité et d’une certaine hauteur républicaine.

Mais le temps aura fait son involution politique engendrant plutôt une dérive dans le discours qu’une progression à la hauteur des défis de l’époque et de l’heure.

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Quel gâchis. Il y avait un grand espoir en vous, mais au final vous n’êtes qu’une pâle copie d’Iznogoud, l’ex très agité ministre de l’Intérieur, devenu le champion incontesté de la haine compulsive contre l’Algérie.

Vous aussi, désormais, avez choisi la facilité : flatter les nostalgies coloniales, courir derrière les fantasmes identitaires et instrumentaliser l’Algérie pour exister politiquement dans une France fracturée.

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Votre déclaration de ce dimanche à Reims est d’une indigence politique sidérante. Affirmer que “la France offre des avantages à un pays qui n’a que la critique de la France à la bouche” relève soit d’une ignorance abyssale du dossier algérien, soit d’une malhonnêteté intellectuelle assumée. Dans les deux cas, cela disqualifie totalement celui qui prétend incarner l’avenir de la France.

Et voilà désormais qu’Édouard Philippe s’aligne sur Sarah Knafo, reprenant presque mot pour mot cette rhétorique agressive et obsessionnelle contre l’Algérie.

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Il faut croire qu’il est devenu un très bon élève de cette dernière, au point d’adopter les mêmes réflexes pavloviens : hystériser le débat sur l’Algérie pour masquer le vide politique intérieur.

Mais de quels avantages parlez-vous exactement ?

Parlez-vous des accords de 1968 que vous et vos semblables brandissez depuis des années comme un prétendu cadeau fait à l’Algérie ? Une fable répétée jusqu’à l’écœurement sur les plateaux télévisés français.

La vérité est tout autre : ces accords ont surtout servi les intérêts économiques, industriels et stratégiques français. L’Algérie, elle-même, avait envisagé leur abrogation avant de suspendre sa décision face à l’escalade hystérique venue de Paris.

Parlez-vous aussi des privilèges immobiliers honteux accordés à la France sur le sol algérien ?

N’est-ce pas la France qui, toute honte bue, a décidé de faire payer le loyer de la guérite d’un mètre carré de notre représentation diplomatique en France au prix ahurissant de 11 500 euros de, alors que la résidence de l’ambassade de France en Algérie, étendue sur près de 40 000 mètres carrés, bénéficie d’un loyer dérisoire au dinar symbolique ?

Sans parler de l’ambassade de France elle-même, installée sur plus de 140 000 mètres carrés dans des conditions d’un autre âge colonial. Alors qui avantage qui ?

Cette hypocrisie permanente finit par devenir obscène. Ce qui dérange certains responsables français, ce n’est pas la critique de la France. C’est le fait que l’Algérie refuse désormais de courber l’échine. C’est le fait qu’elle parle d’égal à égal. C’est le fait qu’elle ne demande ni aide, ni faveur, ni permission.

Car contrairement à vos fantasmes politiques, l’Algérie ne réclame qu’une seule chose à la France : la reconnaissance du génocide colonial commis sur sa terre et des crimes contre l’humanité perpétrés contre des millions d’innocents. Rien d’autre.

L’Algérie ne demande ni charité, ni compassion feinte, ni privilège diplomatique. Elle demande simplement justice pour ses morts et dignité pour sa mémoire.

Elle demande à permettre à ses enfants de faire enfin le deuil de parents qui, à ce jour encore, n’ont parfois ni sépulture digne, ni vérité historique reconnue.

Que doit-on dire aux enfants, aux petits-enfants, aux proches de ces hommes et de ces femmes sortis un matin de chez eux et jamais revenus ? Que doit-on répondre à ces familles détruites par les disparitions, les massacres, les enfumades, les exécutions sommaires et la torture systémique ?

Qui soulagera cette douleur transmise de génération en génération ? Et que dire aussi de ces survivants des geôles coloniales françaises, de ces hommes et de ces femmes dont les corps racontent encore aujourd’hui les sévices, les humiliations et les horreurs vécues dans les cachots de l’armée coloniale ?

Des mémoires brisées, des vies détruites, des traumatismes transmis comme un héritage silencieux. Voilà ce que refuse de regarder une partie de la classe politique française.

Parce qu’au fond, derrière vos déclarations devenues le menu quotidien de certains cercles politico médiatique dans l’Hexagone, il y a toujours cette incapacité maladive à accepter une vérité simple : l’Algérie n’est plus une colonie, et les Algériens ne demandent plus l’autorisation d’exister.

Votre obsession de l’Algérie devient pathologique. À chaque crise intérieure française, à chaque campagne électorale, à chaque chute dans les sondages, le même réflexe revient : désigner Alger comme exutoire national. C’est devenu un réflexe pavlovien d’une classe politique française sans vision, sans courage et désormais sans dignité.

Et vous, Édouard Philippe, qui prétendiez incarner une droite moderne et respectable, vous voilà réduit à courir derrière les caricatures les plus vulgaires de la scène politique française.

Votre jumelage assumé avec certains réseaux et certaines proximités idéologiques vous a manifestement fait perdre toute lucidité. Le Havre, Tanger, les nouveaux alignements régionaux… suivez les regards.

L’Algérie, elle, continuera d’avancer souverainement. Elle est engagée sur la voie de l’émergence économique, du redéploiement diplomatique et de l’affirmation stratégique. Et c’est précisément cela qui insupporte certains nostalgiques de l’ordre colonial : voir une Algérie debout, fière, insoumise et déterminée à défendre sa mémoire.

Alors de grâce, éloignez-vous de l’Algérie et cessez vos inepties. Car à force de chercher une stature présidentielle dans la surenchère anti-algérienne, vous ne révélez qu’une chose : votre vertigineuse absence d’épaisseur politique.

*Haut fonctionnaire à la retraite

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