
Le Maroc est de nouveau éclaboussé sur la scène internationale. Le média français indépendant “Blast” vient de révéler, au terme d’une enquête longue et approfondie, l’existence d’un réseau franco-marocain de trafic de visas Schengen via l’ambassade de la République tchèque à Rabat.
Le journal a avancé des éléments qui impliquent même le Premier ministre tchèque qui aurait bénéficié de marchés au Maroc pour son entreprise personnelle moyennant des visas.
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Maroc : des visas pour la République tchèque pour 7 400 euros
L’ambassade tchèque dans le royaume est devenue “une fabrique de faux papiers et de faux touristes” envoyés vers la France, écrit le média. C’est une consule de la même représentation diplomatique, Jana Chaloupková, qui a dénoncé le réseau. Selon son témoignage, l’ambassadeur Viktor Lorenc est personnellement impliqué dans le réseau.
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Il reçoit régulièrement un certain Ahmed Bahaddou, citoyen franco-marocain, qui lui remettait les passeports et les dossiers des demandeurs de visas.
Des demandeurs refusés par d’autres pays, dont la France, finissent par obtenir un visa pour la Tchéquie grâce à l’intervention de ce personnage et la complicité de l’ambassadeur. À travers ce trafic, des profils qui n’offrent aucune garantie, sans ressources, sans compte bancaire et analphabètes finissent par se retrouver en Europe, notamment en France. Les tarifs appliqués sont exorbitants : 80.000 dirhams par visa Schengen, soit environ 7.400 euros.
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Les complicités remontent jusqu’au Premier ministre tchèque Andrej Babic. Celui-ci aurait pu obtenir des marchés au Maroc pour son entreprise personnelle, Agrofert, selon le même média.
Le dénommé Ahmed Bahaddou lui a arrangé plusieurs rencontres au Maroc avec de grandes fortunes locale pour avoir accès aux marchés. Le comble dans l’histoire est que le Premier ministre tchèque est réputé proche des extrêmes droites européennes et fustige régulièrement l’immigration illégale. “Ils ont leur culture, et nous avons la nôtre. Ils ont leurs valeurs, mais nous voulons conserver les nôtres”, disait-il à propos des migrants africains et moyen-orientaux. À son retour au pouvoir fin 2025, il préconisait la “tolérance zéro envers l’immigration illégale”.
L’intermédiaire Bouhaddou se présente sur son compte LinkedIn comme “sociologue, investisseur et influenceur en affaires”. Blast a remonté son passé et a conclu qu’il s’agissait d’un “personnage insaisissable”. Né en 1975 à Tinghir, au Maroc, il a grandi à Blois, en France. Après un échec aux législatives de 2007 en France, il crée une entreprise de sécurité privée, puis compose un CD musical, avant de s’installer au Maroc où il se fait “intermédiaire pour de grandes fortunes locales”.
L’enquête s’est aussi intéressée au sort de la lanceuse d’alerte, la consule Jana Chaloupková. “Toute la mécanique de l’État s’est alors retournée contre elle”, écrit le média. Bien qu’elle ait pris le soin de rassembler toutes les preuves de ce qu’elle dénonçait, y compris des enregistrements, elle a été broyée. Après avoir été suspendue, elle a été dégradée avant d’être carrément licenciée, après plus de 30 ans de carrière dans la diplomatie.