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Réassurance, souveraineté et stabilité : pour une approche stratégique des capacités nationales

Dans une tribune, Hassen Khelifati, PDG d’Alliance assurances étale sa vision du marché national des assurances. Pour lui, il ne faut pas opposer souveraineté nationale et réassurance internationale.

Réassurance, souveraineté et stabilité : pour une approche stratégique des capacités nationales
Dans une tribune, Hassen Khelifati, PDG d’Alliance assurances étale sa vision du marché national des assurances. | DR
Hassen Khelifati
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Tribune. Le débat autour de la réassurance internationale et des sorties de devises mérite d’être abordé avec lucidité, responsabilité et hauteur de vue.

Dans un contexte marqué par les tensions économiques internationales, les pressions croissantes sur les équilibres financiers mondiaux et la nécessité légitime de préserver durablement les réserves de change du pays, il est naturel que les autorités publiques s’interrogent sur l’optimisation des mécanismes de transfert liés à la réassurance.

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Mais réduire la question de la réassurance à une simple problématique de sortie de devises serait une lecture incomplète d’un sujet profondément stratégique pour la stabilité économique nationale.

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Car la réassurance n’est pas une importation classique. Elle constitue un mécanisme mondial de mutualisation des risques permettant de protéger les économies contre les sinistres majeurs, les catastrophes industrielles, les grands risques énergétiques, les infrastructures stratégiques et les événements exceptionnels susceptibles d’affecter durablement un pays.

Quelques centaines de millions de dollars de primes de réassurance permettent ainsi de sécuriser des milliers de milliards de dinars d’investissements, d’actifs industriels et d’infrastructures économiques nationales.

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Aucun grand marché au monde, y compris parmi les économies les plus puissantes, ne couvre seul l’intégralité de ses grands risques sans recours à la réassurance internationale. La mutualisation mondiale des risques constitue aujourd’hui l’un des fondements de la stabilité financière internationale.

 

Ne pas opposer souveraineté nationale et réassurance internationale

 

C’est pourquoi le véritable débat ne doit pas opposer souveraineté nationale et réassurance internationale. Les deux ne sont pas contradictoires. Elles sont complémentaires.

La véritable souveraineté assurantielle ne se construit ni par l’isolement ni par la fermeture administrative du marché. Elle repose avant tout sur la capacité réelle d’un système assurantiel à absorber progressivement une part croissante des risques de son économie dans des conditions techniques et financières soutenables.

Dans ce cadre, la volonté de renforcer les capacités nationales de rétention apparaît parfaitement légitime. Le développement de la coassurance, la mobilisation plus efficace des capacités locales et l’amélioration des mécanismes de mutualisation nationale constituent des objectifs stratégiques importants pour l’avenir du secteur.

Mais il convient également d’éviter les approches simplistes. Une centralisation accrue des cessions, sans augmentation parallèle des capacités réelles de conservation du marché, ne réduit pas mécaniquement les rétrocessions internationales.

 

L’enjeu fondamental

 

Lorsque les capacités nationales demeurent insuffisantes face à certains grands risques, le transfert vers les marchés internationaux finit, dans tous les cas, par demeurer nécessaire sous une forme ou une autre.

L’enjeu fondamental n’est donc pas uniquement la circulation des flux financiers. Il réside dans la capacité réelle du marché national à porter durablement davantage de risques. Et cette capacité ne dépend pas uniquement des mécanismes réglementaires.

Elle dépend également :

·       De la qualité technique du marché ;

·       De la discipline de souscription ;

·       De l’équilibre technique des portefeuilles ;

·       De la solidité financière des acteurs ;

·       De l’organisation globale des capacités nationales.

Un marché fragilisé par une concurrence technique déséquilibrée, par l’érosion des marges et par une sous-tarification chronique ne peut durablement renforcer ses capacités de rétention. À terme, cela produit mécaniquement davantage de dépendance vis-à-vis des capacités internationales.

Autrement dit, la souveraineté assurantielle ne peut être dissociée de la soutenabilité technique du marché lui-même. C’est pourquoi le véritable chantier stratégique du secteur ne réside pas uniquement dans le renforcement des mécanismes de centralisation, mais dans la construction progressive d’un écosystème assurantiel plus solide, plus discipliné techniquement et mieux organisé.

Dans cette perspective, plusieurs pistes méritent d’être étudiées :

·       La mise en place de mécanismes structurés de consultation prioritaire du marché national pour les grands risques ;

·       Le développement d’une coassurance plus fluide et plus techniquement encadrée ;

·       Une meilleure mobilisation des capacités locales disponibles ;

·       Un renforcement progressif des standards techniques du marché.

L’objectif n’est pas de limiter artificiellement l’accès aux capacités internationales lorsque celles-ci demeurent nécessaires à la protection de l’économie nationale. Il s’agit plutôt d’organiser intelligemment les capacités nationales afin d’optimiser progressivement le niveau de rétention locale dans des conditions économiquement soutenables.

Car derrière le débat sur la réassurance se joue en réalité une question beaucoup plus profonde : celle de la résilience du système économique national face aux grands risques.

La souveraineté assurantielle ne se décrète pas. Elle se construit progressivement par la solidité technique du marché, la qualité de son organisation, la crédibilité de ses acteurs et sa capacité à protéger durablement l’économie nationale dans un environnement mondial de plus en plus complexe et incertain.

*Fondateur et PDG d’Alliance assurances

Lien permanent : https://tsadz.co/pnqfm

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