
Le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, a entamé ce lundi 1ᵉʳ juin une visite de deux jours en France. C’est la première fois qu’un responsable algérien de haut rang se déplace dans la capitale française depuis l’éclatement de la crise entre les deux pays en juillet 2024.
La visite, très attendue, constitue une étape supplémentaire dans le processus de rapprochement entamé par Alger et Paris depuis plusieurs mois. « Un signal important », estime l’ancien ambassadeur de France pour la Méditerranée, Karim Amellal.
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Le déplacement en France de Saïd Sayoud survient après trois visites très rapprochées en Algérie de membres du gouvernement français : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en février, la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo en mai et le ministre de la Justice Gérald Darmanin pendant le même mois.
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Ces déplacements ont permis aux deux parties de reprendre le dialogue sur les questions migratoires, sécuritaires et judiciaires et de mettre sur la table les dossiers en suspens.
Avec son homologue Laurent Nuñez, qui l’a accueilli ce lundi à son arrivée en France, Sayoud devrait poursuivre le travail entamé il y a plusieurs mois sur des questions comme les reconduites aux frontières et la coopération policière. Le ministre algérien est accompagné à Paris d’une « importante délégation de haut niveau », a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.
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Les échanges entre ministres de l’Intérieur sont « particulièrement stratégiques »
Il y a deux semaines, Laurent Nuñez avait annoncé dans les médias qu’il recevrait le ministre algérien « avec l’ensemble de ses directeurs de sécurité, et l’ensemble des directeurs de sécurité du ministère de l’Intérieur français ».
« Les relations sont bonnes, elles sont reparties, ce sont deux grands pays qui se parlent en matière de sécurité. Les choses se réenclenchent », avait déclaré le ministre français à la même occasion.
La concrétisation de cette visite, annoncée depuis celle de Nuñez à Alger en février, « confirme que le dialogue politique a bel et bien repris », analyse Karim Amellal pour TSA.
Pour l’enseignant à Sciences Po, il s’agit d’une séquence qui « traduit une volonté partagée, à Paris comme à Alger, de renouer le contact et de reconstruire une relation de travail ».
Les échanges entre ministres de l’Intérieur sont « particulièrement stratégiques », du fait qu’ils touchent à des sujets « essentiels » pour les deux pays comme les questions migratoires, la coopération sécuritaire, la lutte contre le terrorisme et contre les réseaux criminels transnationaux, explique-t-il.
« Une dynamique positive, mais fragile »
Alors que Nuñez a jugé il y a deux semaines que les relations bilatérales sont désormais « bonnes » et que son homologue algérien est en déplacement à Paris, peut-on parler de fin de la crise ?
« Pas encore, répond Amellal. Nous sommes clairement dans une phase de sortie de crise, mais plusieurs dossiers sensibles demeurent ouverts ». Parmi ces dossiers, celui du journaliste français Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie. Aussi, souligne l’ancien délégué interministériel, l’Algérie n’a toujours pas nommé d’ambassadeur à Paris, alors que Stéphane Romatet, l’ambassadeur de France en Algérie, a repris son poste le 8 mai dernier, plus d’une année après son rappel par le gouvernement français.
Pour le professeur de sciences politiques, « la dynamique est positive, mais elle reste fragile ». « La crise a laissé des traces profondes » et ces derniers mois, on a vu que « certains acteurs restaient hostiles au rapprochement et cherchaient à entretenir la confrontation. La reprise est réelle, mais sa consolidation reste encore à confirmer », juge-t-il.
Il est vrai qu’une première tentative de dépasser la crise, en avril 2025, avait buté l’action hostile du courant opposé à tout rapprochement avec l’Algérie. Néanmoins, les deux capitales ont franchi cette fois plusieurs étapes et semblent se diriger résolument vers une relation de nouveau apaisée.