
En Algérie, la plantation d’arganiers gagne du terrain, ce qui suscite des inquiétudes au Maroc. La distribution de plants de cet arbre dont l’huile s’arrache au prix d’or a enclenché une dynamique qui offre des débouchés rentables. La demande mondiale en huile d’argan s’accroît et de grands laboratoires de cosmétiques dominent le marché.
L’objectif de l’Algérie est de viser la plantation de 200.000 arganiers. Dans plusieurs régions comme Mostaganem, Chlef, M’sila, Tindouf, Adrar ou Béchar, les plantations se multiplient et des pépinières vont jusqu’à proposer gratuitement de jeunes plants aux agriculteurs.
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Ces plantations deviennent indispensables car comme le mentionne une étude locale, la reproduction naturelle de l’arganier ne s’observe presque plus dans les sites naturels. En cause : la récolte des fruits, l’aridité croissante du climat et le pâturage anarchique sont tels que rares sont les fruits restés au sol qui germent et se développent.
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L’an passé, à Msila se sont 150 hectares qui ont été plantés et 40 de plus cette année par la société AMF Group après un appel d’offres. Celle-ci est chargée de la fourniture de plants, de l’installation du réseau d’irrigation.
Canal Algérie a documenté ce chantier où la plantation est mécanisée grâce à l’emploi de tarières mécaniques attelées à l’arrière de tracteurs. En quelques minutes, elles permettent de forer le sol meuble. Gage de réussite, l’entretien et le suivi de la plantation est prévu durant 2 ans.
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A Tindouf, le modèle de plantation est tout autre. En 2017, Moulay Idriss Zaaf a planté ses premiers arganiers. Une centaine avec un taux de réussite réduit à seulement 30%. « Aujourd’hui, nous avons acquis de l’expérience », a-t-il dit à Ennahar TV. Ce sont 3.000 arbres que ce pionnier exploite et dont il récolte maintenant les fruits. A proximité des arbres, une quinzaine de caisses en plastique débordent de fruits ressemblant à des abricots. A maturité complète, le fruit alors de couleur sombre tombe naturellement au sol.
Pour agrandir les surfaces plantées, l’agriculteur a créé sa propre pépinière. Une activité qu’il a développée grâce aux conseils d’universitaires locaux. Dans une serre-tunnel, de jeunes plants atteignent déjà la taille d’un mètre. On ne compte qu’un plant par pot signe du démariage effectué après germination des noyaux. Ceux-ci sont souvent composés de plusieurs « amandons » qui peuvent donc donner plusieurs pieds qui se concurrencent entre eux.
Moulay Idriss Zaaf dit travailler selon des « technologies modernes » et ne manque jamais d’insister sur la durée nécessaire à la fructification des arbres. Des travaux universitaires montrent l’intérêt de l’inoculation des plants à partir de spores de champignons. Ces plants ainsi « mycorhizés » présentent un meilleur développement : 1200 mm à 5 mois contre 350 mm pour les autres.
Dans la plantation de Moulay Idriss Zaaf, les larges allées sont plantées de jeunes arganiers à l’aspect de gros buissons épineux. Il montre avec fierté les branches épineuses chargées de fruits.
Au sol, des canalisations assurent un arrosage par goutte à goutte car les jeunes arbres ne possèdent pas encore les racines qui permettront d’atteindre l’eau des nappes les plus superficielles.
Vente d’huile d’argan à Tindouf
A Tindouf, des artisans proposent à la vente de l’huile d’argan. Début mai, un artisan de Tindouf a raconté son expérience sur les réseaux sociaux. Dans sa boutique-atelier, il fait découvrir aux clients le pressage traditionnel et moderne qui permet d’extraire l’huile d’argan. Le producteur explique que « l’arganier pousse bel et bien en Algérie et que la production ne fait que commencer. »
Lors de la réunion du Conseil des ministres du 30 janvier 2022, à la suite des instructions du président Abdelmadjid Tebboune, un programme national de développement de la filière a été lancé. En mai 2023, un Conseil interprofessionnel de la filière Argan a vu le jour à Tindouf.
En plus des plantations, des mesures sont prises par les services des forêts pour la préservation de l’arganeraie de Tindouf.
En 2012, co-auteur d’une monographie sur les arganiers algériens, Zahira Souidi de l’université de Mascara alertait que « sous l’effet conjugué des pâturages et des coupes excessives », l’arganeraie a vu son aire de répartition en Algérie « rétrécir de manière inexorable, jusqu’à ne former que des peuplements reliques ».
Elle faisait remarquer que « dans certains cas isolés, on peut tout de même trouver de très jeunes plants d’arganiers » notamment lorsque des « fruits germent à l’abri d’une plante nurse épineuse » à l’abri des animaux.
Les arganiers adultes sont parfois la proie des troupeaux de dromadaires : « ils font de terribles dégâts en arrachant les branches de leurs puissantes mâchoires » notait en juin 2024 la revue écologique Reporterre.
Au Maroc, dans la région d’Agadir, l’agriculture sous serre au sein de l’arganeraie se traduit par une mortalité accrue d’arbres adultes suite à l’usage de pompes immergées et de l’abaissement du « niveau des nappes phréatiques, poussant les arganiers à aller chercher l’eau toujours plus profondément ».
Malaise au Maroc
Ce renouveau de la filière argan en Algérie ne semble pas laisser indifférente une partie de la presse marocaine. En janvier 2025, Hesspress titrait « L’Algérie veut concurrencer le Maroc en plantant 200.000 arganiers ». Et en février dernier, Maroc Hebdo a réagi à l’augmentation de ces plantations : « l’annonce soulève de sérieux doutes quant à sa faisabilité réelle » et insinuait que « l’arganier est unanimement reconnu comme une espèce endémique du sud-ouest marocain, où il évolue dans un écosystème unique, façonné par des conditions climatiques et pédologiques très spécifiques. »
C’est oublier l’importance de l’arganeraie de Tindouf et de ses dizaines de milliers d’hectares. Bien que résistant aux fortes chaleurs et au manque d’eau, l’arganier bénéficie de l’humidité atmosphérique liée à la relative proximité de l’océan Atlantique. En fin de nuit, la condensation de cet air humide sur les feuilles forme des gouttes d’eau qui tombent au sol et qui sont captées par les racines les plus superficielles.
L’arganier n’est pas limité au Maroc, il est également présent en Tunisie à la suite des opérations de reforestations réalisées depuis 1958 par les services des forêts. Il est également présent en Palestine.
En 2018, une équipe de chimistes basée en Tunisie a analysé l’huile d’argan produite localement en utilisant la chromatographie et la spectrométrie. Elle est arrivée à la conclusion que « l’huile d’argan tunisienne présente des paramètres qualitatifs remarquables qui démontrent sa compétitivité par rapport aux huiles marocaines et algériennes » démontrant l’inconsistance d’une supposée spécificité marocaine.
Maroc, huile accaparée par les multinationales
À Tindouf les artisans commercialisant de l’huile d’argan pratiquent le concassage manuel des noyaux 16 fois plus durs que la coque des noisettes. Jusqu’à présent l’opération n’a pu être mécanisée et est traditionnellement pratiquée par une main d’œuvre féminine.
Ces dernières années, avec la sécheresse, le prix des fruits d’argan a augmenté et en conséquence au Maroc « les coopératives ferment massivement », relate le média Orient XXI dans un récent article. Faute de fonds de moyens financiers des coopératives locales, « l’huile est dorénavant accaparée par les multinationales ». Installée en 2007 à Agadir, la multinationale française Olvea est devenue le leader avec 25% du marché.
Face à l’explosion du prix des fruits de l’argan, les coopératives de femmes n’ont pas les moyens d’acquérir la matière première. Elles sont nombreuses à devenir sous-traitantes pour les grandes sociétés, explique Orient XXI qui cite la présidente d’une coopérative : « Nous sommes devenues des coopératives de services. On nous emmène les fruits et on ne fait plus que le concassage ».
La production d’un kilo d’amandons par concassage manuel demande toute une journée et est payée 25 dirhams (2 euros) alors que le salaire minimum au Maroc est de 97 dirhams (9 euros) par jour.
Des écueils que devra contourner la jeune filière algérienne afin que la valeur ajoutée liée à la transformation des fruits d’argan profite pleinement aux producteurs.