
À El M’Ghair, dans le sud-est algérien, à deux mois de la nouvelle récolte, les chambres froides sont encore pleines de la production de l’année précédente. Les dattes ne trouvent pas d’acheteurs sauf à être bradées. Les producteurs appellent le gouvernement à venir à leur aide.
Le 16 juin dernier, un agriculteur à El Meghaier a fait visiter ses installations de stockage au député Hichem Bouchemal. Dans un local, des dattes dites « yebssa » ou sèches sont entreposées en vrac ou des caisses en plastique.
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Algérie : à El M’Ghair, les dattes ne trouvent pas preneur
Elles sont destinées à être mises en sacs qui seront chargés sur des camions en partance pour le Mali et le Niger.
La visite se poursuit vers les chambres froides. Une porte ouverte laisse entrevoir des piles de caissettes remplies de dattes de la variété Deglet Nour.
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Le commerçant se plaint des prix bas sur le marché : « On ne m’en propose que 100 DA » le kg. Il explique que ce prix ne couvre pas les frais de culture, d’emballage et de conservation. L’agriculteur espère un prix plus rémunérateur : « on souhaite 200 ou même 180 DA car 100 DA ne couvrent pas nos charges ».
L’agriculteur indique que dans toute la région, la situation est identique : « les chambres froides sont remplies de dattes qui ne trouvent pas preneur ». La situation est grave d’autant plus que, comme souligne Hichem Bouchemal, « la prochaine récolte arrive dans 2 mois ». L’agriculteur confirme : « cela fait dix mois que les dattes sont en chambre froide ».
Le député souhaite que le ministère de l’agriculture interviennent, soulignant que « les dattes ne sont pas qu’un produit agricole. C’est plutôt une identité économique et sociale de la wilaya d’El Meghaïer et de la région d’Oued Righ ». Il rappelle qu’il s’agit « d’une source de subsistance pour des milliers de familles. »
Hicham Bouchemal espère que les cantines des collectivités passent commandes en soulignant que le pays comporte plus de 1 500 communes.
Le député évoque également l’exportation et souhaite plus de facilités pour soutenir les exportateurs de dattes d’Algérie. Ceux-ci bénéficient déjà de subventions couvrant 50% des coûts de transport.
Des serres pour planter des palmiers
Le député n’a pas manqué de faire remarquer que le prix des dattes est identique à celui de 2015 et s’est interrogé sur une telle situation. La stagnation des prix est à relier à la multiplication des plantations de palmiers qui comprennent aujourd’hui 19 millions ce qui pourrait expliquer la saturation du marché. Malgré cela, les plantations se poursuivent. En 2022, la société Biodattes a annoncé le lancement de « la plus grande plantation de palmier dattier d’Algérie », avec 1.000 hectares dans la première phase à Ménéa
Des plantations en monoculture
Le palmier a la particularité de produire à sa base des rejets qu’il est facile de séparer du plant mère et de replanter.
Aujourd’hui au sud, les plantations ne se contentent plus du seul périmètre des oasis, elles se font en dehors grâce à la disponibilité en eau liée à la pratique de forages.
À El Maghier, les plantations vues du ciel sont « tirées au cordeau » et ressemblent à un damier avec des palmiers alignés à la même distance les uns aux autres. Des plantations en monoculture industrielle qui n’ont plus rien à voir avec les oasis d’antan. Entre les palmiers un sol nu, où les traditionnelles plantations de légumes, luzerne et arbres fruitiers qui prospéraient à l’abri du soleil ont disparu.
Co-auteur de l’étude « Des serres et des hommes », le chercheur Tarik Hartani faisait remarquer en 2015 que la dynamique économique de la plasticulture a favorisé l’extension de la palmeraie en Algérie.
Il notait que pour l’agriculteur « Le recours à la plasticulture apparaît comme un élément d’une stratégie d’accumulation de capitaux qu’il mobilise pour accéder à l’eau et mettre en place une palmeraie ». Un agriculteur de la commune d’El Ghrouss témoigne : « Je possédais 14 serres en 1989 et je louais par ailleurs des emplacements de serres à 15 000 DA l’emplacement à des dizaines de locataires. C’est cela qui m’a permis de planter mes palmiers ».
La généralisation de la pratique de forages a permis l’extension des plantations. Selon le spécialiste en hydraulique agricole Brahim Mouhouche, les besoins en eau des palmiers est importante : « la demande climatique moyenne en eau (ETP) dans les régions phoenicicoles avoisine les 2500 mm/an, avec des maximas de 3600 mm » faisait-il remarquer en 2017.
A l’occasion d’une étude concernant l’agriculture saharienne dans la région des Zibans réalisée en 2016, l’agro-économiste Ali Daoudi relevait « l’émergence d’un marché privé de l’eau » concernant la plasticulture et dans une moindre mesure la phoeniculture. Il notait que « la non-transparence des règles informelles déterminant l’accès à la nappe favorise le sentiment de compétition sur la ressource. »
Un manque de main d’œuvre
L’actuelle saturation du marché algérien des dattes se conjugue à la rareté de la main-d’œuvre qui renchérit les coûts de production. Hichem Bouchemal donne la parole à Hadj Belgacem le propriétaire d’une palmeraie où, à deux mois de la récolte, les dattes sont encore de petite taille et de couleur verte.
Hadj Belgacem rappelle d’emblée que l’activité repose uniquement sur la production de dattes et énumère les charges de culture : d’abord le coût de la main d’œuvre, les engrais et le fumier. Il témoigne : « l’ouvrier travaille 4 heures par jour et on lui donne 2 000 DA et même à ce tarif on n’en trouve pas. On vend la production entre 40 DA et 50 DA et au mieux 60 DA. Dans ces conditions : « c’est la fin, on ne va plus continuer ».
Le ministre à l’écoute de la filière
Malgré ses succès à l’exportation, le développement de la filière algérienne de dattes s’accompagne de problèmes dont les coûts de production élevés et des besoins toujours plus importants en eau.
En avril dernier, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Yacine Oualid a rencontré des professionnels de la filière.
Cette rencontre a permis aux professionnels d’exposer leurs préoccupations et les entraves auxquelles ils sont confrontés.
Le ministre a indiqué que des mesures seront prises notamment pour « faciliter la commercialisation des dattes et accompagner les exportateurs dans les aspects administratif et bancaire, avec la simplification des procédures pour leur permettre d’exporter dans des délais plus courts, outre la mise à disposition de conteneurs de grande capacité ».