
L’aventure de l’Algérie dans la Coupe du monde 2026 a brusquement pris fin après la défaite face à la Suisse (0-2) en seizièmes de finale, vendredi 3 juillet à Vancouver. Comme à chaque désillusion, les doigts accusateurs sont pointés vers le sélectionneur.
Des appels au départ de Vladimir Petkovic sont lancés sur les réseaux sociaux et les plateaux télé. Le technicien suisse est-il le responsable de cette élimination ?
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N’est-on pas, encore une fois, en train de détourner le regard du véritable mal, qui est la faillite du football algérien à la base, au niveau de la gestion et de la formation ?
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Petkovic : des choix tactiques et de joueurs discutables
La contestation du coach a pris une tournure surréaliste sur les réseaux sociaux. Des images de l’accolade qu’il a donnée à la fin du match aux joueurs de la Suisse tournent en boucle. Ce sont ses compatriotes et ses anciens joueurs, puisqu’il a été le sélectionneur de la Suisse entre 2014 et 2021. Évidemment, les accusations de “trahison” qui se sont ensuivies ne tiennent pas la route.
Mais d’autres griefs sont tout à fait recevables. Comme le choix du groupe sélectionné pour la coupe du monde. Avant même le départ pour l’Amérique du nord, il était reproché à Vladimir Petkovic d’avoir écarté des joueurs d’expérience comme Baghdad Bounedjah, Youcef Belaili ou Ismaël Bennacer, et d’être allé au mondial sans un avant-centre de métier ni un gardien de qualité.
Les appréhensions se sont confirmées pendant les quatre matchs disputés aux États-Unis et au Canada. L’équipe d’Algérie a débuté le tournoi sur une débâcle face à l’Argentine (3-0) et l’a clôturé sur une autre face à la Suisse. Entre les deux, elle a battu difficillement la Jordanie (2-1) et fait un bon nul avec l’Autriche (3-3).
Objectif atteint mais cette génération pouvait faire mieux
L’objectif assigné était de se qualifier au deuxième tour, ce qui a été fait. L’équipe a égalé la performance de 2014. Si Petkovic compte encore des défenseurs en Algérie, ils pourraient avancer cet argument. Ou encore que l’équipe nationale a montré malgré tout de belles choses au premier tour où elle a été supérieure en termes de possession à tous ses adversaires, y compris l’Argentine.
Sauf que beaucoup pensent que l’ancien coach de la Suisse aurait pu faire mieux avec les joueurs de qualité comme Ibrahim Maza, Anis Hadj Moussa ou Riyad Mahrez, qu’il a à sa disposition.
“Il avait entre les mains une génération capable de pratiquer un football bien meilleur, mais il n’a réussi ni à exploiter son potentiel, ni à forger une identité technique à la hauteur de la réputation de l’équipe nationale algérienne”, a écrit sous le coup de la déception le journaliste algérien de BeIn Sport, Hafid Derradji.
Le commentateur reproche aussi au sélectionneur, en plus d’avoir échoué à “former une équipe homogène et à mettre en place un système de jeu clair, malgré l’abondance de talents”, son obstination à maintenir “ses choix techniques et tactiques incompréhensibles”.
Beaucoup partagent cet avis. Est-ce suffisant pour conclure que Vladimir Petkovic est un mauvais coach ? Sans doute pas. En Suisse, on lui reconnaît d’avoir bâti une sélection homogène et de lui avoir inculqué une philosophie de jeu qui est encore appliquée à ce jour.
Le mal est plus profond
Avec l’Algérie, il n’a pas eu le même succès, c’est aussi incontestable même s’il faut dire, à sa décharge, qu’il n’est en poste que depuis deux ans alors qu’il est resté sept ans à la tête de la sélection helvétique. Faut-il donc être patient avec lui ou procéder immédiatement à un changement ?
🇩🇿⚡️@DanielRiolo: "Entre la jeunesse qui n'a pas trouvé sa place, les vieux qui ne veulent pas lâcher et le sélectionneur qui est complètement bidon… Il y a besoin d'un grand coup de balai. C'est une sélection qui déchaîne beaucoup de passions au pays et elle leur a fait honte" pic.twitter.com/GQ0JQr6Fs0
— RMC Sport (@RMCsport) July 3, 2026
Sur les réseaux sociaux et les plateaux, c’est la deuxième option qui est réclamée. Hafid Derradji, encore lui, appelle presque ouvertement au limogeage de Vladimir Petkovic : “Ce public mérite le respect, il mérite une équipe qui se batte pour lui et un entraîneur à la hauteur de ses ambitions.”
Outre l’opportunité d’une telle décision sur le plan purement footballistique, la fédération, si elle est tentée de céder à la pression, risque de buter sur un écueil juridique pour avoir, incompréhensiblement faut-il le dire, prolongé le contrat du sélectionneur juste avant le départ pour les États-Unis.
Des clubs nourris l’argent publique qui échappent aux critiques
Si Petkovic part maintenant contre son gré, ce sera au détriment de la trésorerie de la FAF. Le coût d’un départ prématuré de Petkovic pourrait atteindre le million d’euros sachant que son salaire mensuel a été révisé à la hausse à 160.000 euros.
Ce n’est pas la première fois que le débat de maintenir ou pas le sélectionneur après une défaite de pose. Or, si Petkovic est coupable sur certains aspects, il ne peut être tenu pour l’unique responsable de la “débâcle”, si c’en est une.
Le mal est profond et se situe précisément dans cette gestion tant de fois décriée du football l’Algérien, qui délaisse complètement la formation.
Exemple : si tous les clubs algériens, qui dépensent des milliards d’argent public, n’ont pas réussi à former un seul bon gardien capable de garder les bois de l’équipe nationale au mondial, cela ne peut être mis sur le dos du sélectionneur.
Ces clubs qui vivent au frais de l’Etat sans aucune contrepartie en matière de formation et d’approvisionnement de l’équipe nationale en talents échappent curieusement aux critiques. Il faudrait une refonte profonde du football national pour espérer des résultats de l’équipe nationale dans une Coupe du monde. À défaut, il faut attendre des miracles qui se produisent rarement.