
Une finale de Coupe du monde de football n’est jamais un événement banal. Celle qui oppose ce dimanche 19 juillet l’Espagne et l’Argentine est encore plus captivante et a un cachet particulier.
C’est la confrontation entre deux grandes équipes de football mais aussi, pour certains, entre deux blocs géopolitiques qui se sont opposés ces trois dernières années sur des dossiers internationaux très clivants, dont celui de la guerre à Gaza et de la Palestine.
A lire aussi : Sporting Portugal : Slimani dans la tourmente
Coupe du monde 2026, Argentine – Espagne : “Deux projets politiques qui s’affrontent”
“Ce ne sont vraiment pas deux nations, c’est deux styles, deux projets politiques qui s’affrontent”, estime le politologue français Pascal Boniface. “Si l’Argentine gagne, Donald Trump sera ravi, il va remettre le trophée directement, pas pour les joueurs, mais à Milei. Si l’Espagne gagne, ça va être la soupe à la grimace pour Donald Trump”, prévoit-il.
A lire aussi : Imane Khelif dément sa retraite et accuse son ex-manager de trahison
Le dernier match du tournoi oppose en effet l’équipe du pays occidental le plus opposé à la politique israélienne et américaine à Gaza, et celle d’une nation dirigée par un homme, Javier Milei, considéré comme la réplique sud-américaine de Donald Trump.
La joute se déroule sur le territoire des États-Unis, précisément à New York, la ville qui abrite le siège de l’ONU, et le président américain devrait remettre de ses propres mains le trophée à l’une des deux équipes, en présence de Pedro Sanchez, mais pas de Milei qui a annoncé qu’il ne viendra pas. Ce sera un moment géopolitique intense.
A lire aussi : Imane Khelif : disparition inquiétante des rings de la championne algérienne
À Gaza, l’enclave palestinienne qui a subi un génocide et une destruction totale par l’armée israélienne, les survivants ont suivi les matchs de l’Espagne avec une grande passion. Les images les montrant brandir le drapeau sang et or de la Roja au milieu des ruines sont très fortes et expressives.
Ce dimanche soir, ils seront évidemment de tout cœur avec les coéquipiers de Lamine Yamal qui, il y a quelques semaines, avait défrayé la chronique en brandissant le drapeau palestinien lors de la célébration du titre de champion d’Espagne remporté avec le FC Barcelone.
Comme quoi, le soutien à la Palestine n’est pas le seul fait du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez. La société espagnole, du moins une grande partie, a aussi montré tout au long de ces derniers mois son refus du carnage commis à Gaza et dans toute la Palestine. En septembre dernier, le Tour d’Espagne cycliste a été fortement perturbé par une incroyable mobilisation populaire contre la participation israélienne.
L’Espagne, premier grand pays occidental à reconnaître l’État palestinien
Sur le plan politique, l’Espagne fut, sous l’impulsion de Pedro Sanchez, le premier grand pays occidental à reconnaître formellement l’État de Palestine en mai 2024. Elle a ouvert la voie à une succession de reconnaissances internationales impensables il y a quelques années, touchant même de grands alliés occidentaux d’Israël, comme le Royaume-Uni, la France, l’Australie, le Canada…
Tandis que Pedro Sanchez est devenu la bête noire de Donald Trump et le chef de file de l’opposition occidentale et mondiale à sa politique, Javier Milei, lui, a compté parmi les rares dirigeants du monde à applaudir aveuglément les positions du président américain et du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.
L’unanimité mondiale contre le soutien américain à Israël et contre le génocide de Gaza a été brisée, lors des votes des instances internationales, par une poignée de pays, dont la Hongrie de Victor Orban (qui a quitté le pouvoir en mai), et l’Argentine de Javier Milei.
“Aucun vrai Argentin ne soutient Israël. Ne croyez pas notre maudit président”
Au niveau sportif, si Lamine Yamal a brandi le drapeau palestinien, Lionel Messi, la star de l’Argentine, a été photographié en train de se recueillir devant le mur des Lamentations. C’était en 2013, lors d’une “tournée pour la paix” organisée par son club de l’époque, le FC Barcelone.
L’image est très largement partagée sur les réseaux, notamment depuis quelques jours. Cela dit, il faut reconnaître que le meilleur joueur du monde n’a jamais pris de position publique franche sur le conflit.
En 2018, un match amical Israël – Argentine, prévu à Al Qods occupée, a été annulé par la fédération argentine suite à de fortes pressions palestiniennes et mondiales. L’Argentine n’était pas encore dirigée par Javier Milei.
Le clivage actuel entre une Espagne pro-Palestine et une Argentine pro-Israël, beaucoup d’Argentins le rejettent. Comme cette supportrice qui a tenu à mettre les points sur les i dans une vidéo diffusée à la veille de la finale.
“Aucun vrai Argentin ne soutient Israël. Ne croyez pas notre maudit président qui fait cela pour l’argent. Nous ne soutenons pas Israël qui commet un massacre en Palestine”, dit-elle. “Vive la Palestine”, renchérit un autre.
» Allez, Palestine.
Aucun Argentin qui soit un Un vrai Argentin soutient Israël. Ne croyez pas notre président
qui a été acheté avec de l’argent là-bas, parce
que nous ne soutenons pas Israël comme ceci . » pic.twitter.com/EVS3lvVzS2— L’oeil Medias (@LoeilMedias1) July 17, 2026
“Infantino n’a pas grand-chose à reprocher à Donald Trump”
Des internautes ont en outre tenu à rappeler que l’Argentine est aussi le pays de Diego Maradona, un opposant notoire à la politique américaine.
Mais l’idée d’une Argentine pro-israélienne est confortée par des déclarations de dirigeants israéliens à l’approche de la finale. “Je soutiens l’Argentine, Milei est un grand ami d’Israël”, a déclaré le Premier ministre Benyamin Netanyahou le 9 juillet. Des porte-voix du gouvernement extrémiste de Tel-Aviv se sont aussi affichés avec le maillot albicéleste de l’Argentine, comme l’ancien député franco-israélien Meyer Habib.
En face, les pro-palestiniens estiment qu’il est dans l’ordre des choses de supporter l’Espagne. “Ma déception est atténuée par le fait que ce soit l’Espagne de Pedro Sánchez qui nous élimine”, a écrit après la sortie de la France le député écologiste français Akli Mellouli.
“Je n’ai rien contre le peuple argentin et j’apprécie Messi et les joueurs. En revanche, quel symbole de voir la Coupe du monde revenir à un pays au gouvernement engagé dans le respect du droit international et pour la dignité humaine qui plus est aux États Unis et des mains de son président”, a-t-il expliqué.
Le tournoi a été aussi marqué par des soupçons de favoritisme de l’arbitrage et de la FIFA en faveur de l’Argentine. Lors de la demi-finale face à l’Angleterre (2-1), les joueurs argentins ont exhibé un message politique lié à la propriété des îles Malouines, mais ils n’ont pas été inquiétés. “C’est vrai que Milei est très proche de Donald Trump et Infantino (le président de la FIFA) n’a pas grand-chose à reprocher à Donald Trump”, a fait remarquer Pascal Boniface.