
Climat de réconciliation ou pas, la relation franco-algérienne demeure hautement inflammable par la faute d’un courant politique qui a décidé d’en faire un carburant électoral pour l’élection présidentielle de 2027.
S’il manquait une étincelle pour un énième incendie, les pyromanes de l’extrême droite française l’ont trouvée dans les propos pourtant très mesurés d’un diplomate.
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Stéphane Romatet, l’ambassadeur de France en Algérie, était dans son rôle lorsque, dans un entretien accordé à TSA le 14 juillet, il a exprimé, en choisissant soigneusement ses mots, la volonté du gouvernement de son pays de dépasser une crise dont la persistance n’est ni dans l’intérêt de l’Algérie ni dans celui de la France.
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Propos de Stéphane Romatet sur les visas : un prétexte pour les anti-Algérie
Et c’est précisément ce que ne souhaite pas le courant extrémiste français. Surtout pas maintenant que la surenchère électorale est lancée, avec l’Algérie imposée comme l’un des thèmes centraux. La question des visas, évoquée par Stéphane Romatet dans l’entretien, n’est qu’un prétexte pour s’attaquer à l’entreprise de réconciliation entamée depuis plusieurs mois.
Il faudra peut-être réécouter les propos de l’ambassadeur. Très diplomatiquement, il n’a ni promis ni exclu le retour au niveau d’avant la crise en termes de délivrance de visas aux demandeurs algériens.
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“Ce chiffre a chuté et notre objectif, c’est de faire en sorte que ce volume de visas que nous attribuons aux citoyens algériens qui ont toutes les bonnes raisons pour venir en France, que ce chiffre puisse redémarrer à la hausse et de revenir probablement au niveau antérieur à la crise.”
“Probablement.” Le mot est en principe suffisant pour éviter toute polémique de part et d’autre. Le rôle d’un diplomate n’est pas de répondre par “oui” ou par “non” mais de laisser les portes ouvertes.
Qu’à cela ne tienne, ces propos, à l’évidence très prudents, ont donné lieu à une levée de boucliers des principales figures de la droite et de l’extrême droite françaises. Bruno Retailleau, Jordan Bardella, Éric Ciotti et d’autres ont ressorti la rengaine éculée de “la capitulation” et de “l’aplaventrisme”.
“Je demande solennellement au président de la République de renoncer à toute augmentation du volume de visas et que leur délivrance soit clairement et strictement conditionnée à la libération de Christophe Gleizes et à la reprise par Alger des ressortissants algériens que la France souhaite expulser”, a écrit dans un communiqué Bruno Retailleau, le président du parti Les Républicains et candidat à la prochaine présidentielle.
Sous la pression du nouveau feu qui commençait à prendre, le gouvernement français a dû lui aussi réagir. Non pas pour démentir les propos de l’ambassadeur, puisqu’il n’y a rien à démentir, mais pour les expliquer, si besoin est, alors qu’ils sont d’une limpide clarté. “Aucun objectif chiffré n’a été fixé » et “la délivrance de visas aux ressortissants algériens ne fait pas partie des sujets discutés” a précisé le Quai d’Orsay.
Mauvaise foi
Il y a assurément de la mauvaise foi dans les réactions du courant anti-algérien en France. Dans l’interview, l’ambassadeur Romatet n’a pas parlé que de visas. Il s’est aussi attardé sur les multiples avancées réalisées ces derniers mois, dont certaines sont réclamées à cor et à cri par le même courant, comme la reprise de la coopération migratoire et des reconduites aux frontières.
Cet épisode renseigne sur la détermination du courant extrémiste à se mettre au travers de la volonté de réconciliation exprimée de part et d’autre. Quitte à se servir des prétextes les plus farfelus, faute de pouvoir orchestrer une affaire plus sérieuse, comme il avait la latitude de le faire lorsque Bruno Retailleau avait les leviers en main dans son bureau de ministre de l’Intérieur.
En avril 2025, Alger et Paris étaient sur le point de tourner la page de la crise lorsque l’affaire de l’incarcération d’un agent consulaire algérien a surgi. Cette affaire a tout fait tomber à l’eau et reste encore, tel un avatar du passage de Retailleau au gouvernement, l’un des derniers écueils devant les efforts de rapprochement entre les deux pays.
L’Algérie a nommément accusé celui qui allait devenir, juste après, le président des Républicains d’avoir tout manigancé. Sans nommer personne, le président Emmanuel Macron a, lui, qualifié en avril dernier de “mabouls” ceux “qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie”.
Comme quoi, Alger et Paris ont identifié la source du mal. Hélas, les deux capitales ne peuvent que déplorer que la résolution et la capacité de nuisance de ceux qui soufflent sur les braises de la crise ne faiblissent pas. Il ne pouvait en être autrement à l’approche d’une échéance électorale dans laquelle pourrait lourdement peser la relation avec l’Algérie.