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Incendies industriels en Algérie : quand des entreprises jouent avec le feu

La multiplication des incendies industriels dévoile les faiblesses de certaines entreprises algériennes dans le domaine de la sécurité qui est parfois négligé malgré son extrême importance

Incendies industriels en Algérie : quand des entreprises jouent avec le feu
Algérie : l'inquiétante multiplication des incendies industriels. / DR
Ali Idir
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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En plus des feux de forêts qui se multiplient dans les périodes de fortes chaleurs, l’Algérie déplore aussi régulièrement des incendies de sites industriels dévastateurs, très coûteux pour son tissu économique et qui représentent un danger potentiel pour les populations quand les usines se trouvent en milieu urbain, ce qui est souvent le cas.

Est-ce une fatalité ou la conséquence d’une législation insuffisante, d’un suivi défaillant ou simplement de petites négligences aux lourdes retombées ? Pourquoi certaines entreprises jouent-elles avec le feu ? 

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Samedi, alors que les unités de la Protection civile avaient déjà fort à faire avec les feux de forêt dans plusieurs régions du nord du pays, un gigantesque incendie s’est déclaré dans une usine de produits plastiques du groupe privé Chiali à Sétif.

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Les images diffusées sont impressionnantes avec un épais nuage de fumée noire qui s’élève de l’unité en feu pour couvrir des parties de la ville proches de l’endroit. Heureusement, seul un blessé est à déplorer parmi le personnel. Les pertes matérielles, qui restent à évaluer, devraient être colossales. Etrangement, l’entreprise n’a pas communiqué sur cet incendie. 

Dimanche, un autre incendie s’est déclenché dans un hangar de stockage de couches dans la zone industrielle de Bouinan à Blida.

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Incendies industriels en Algérie : des sinistres dangereux qui peuvent provoquer des drames

Ce n’est pas la première fois que cela arrive en Algérie. En mars dernier, c’est un dépôt de bois de menuiserie qui a pris feu à Blida, en pleine zone urbaine. Là encore, les colonnes de fumée étaient impressionnantes au-dessus des quartiers riverains. Quatre familles, soit 22 familles, ont dû être évacuées et les pompiers ont passé plusieurs jours à lutter contre les flammes au frais de l’Etat. 

Il arrive même que des installations extrêmement sensibles, comme les bases pétrolières, soient la proie des flammes. Deux morts ont été déplorés en mars dernier lorsqu’un équipement de Sonatrach a pris feu sur le champ de Hassi Messaoud. 

Les incidents sont nombreux dans et en dehors du secteur énergétique. Pour ne pas les citer tous, rappelons que le plus grave accident industriel de l’histoire de l’Algérie a eu lieu le 19 janvier 2004 au complexe GNL de Sonatrach à Skikda. Une explosion suivie d’un incendie a fait 27 morts et 74 blessés et causé la destruction complète d’une unité de liquéfaction de gaz.

Il est vrai que, depuis, aucun bilan humain d’une telle ampleur n’a été déploré dans les nombreux incidents enregistrés, dont deux autres dans des installations pétrolières de Skikda en 2005 et 2013. A la suite de ce sinistre, les autorités ont pris des mesures pour imposer des normes HSE (Hygiène, sécurité en environnement) aux entreprises. Plus de 22 après, le bilan est mitigé et le danger rôde toujours. 

Une législation exhaustive et actualisée 

Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer l’origine des feux de forêt, dont le facteur humain (intentionnel ou pas), la canicule, le déficit de désherbage, les comportements irresponsables… Qu’en est-il des incendies industriels dont on parle peu ?  

Est-ce d’abord un problème de législation et de normes ? “Non”, répond catégoriquement le dirigeant d’une entreprise privée. “La réglementation HSE (hygiène, sécurité et environnement) algérienne est relativement complète et couvre les principaux risques industriels”, indique-t-il.

La législation HSE est exhaustive et est régulièrement actualisée. Trois décrets exécutifs encadrent la réglementation sur les installations et les risques industriels. Des lois, ordonnances et décrets, suivis de textes d’application, régissent les aspects liés à la protection civile, gestion des risques et santé du travail. Cela, en plus d’une kyrielle de normes internationales non obligatoires mais largement adoptées par les grandes entreprises algériennes, qu’elles soient publiques ou privées. 

Les PME moins enclines à investir dans la sécurité  

Si le problème ne se pose pas au niveau des textes, la faille devrait donc se situer au niveau de leur application par les entreprises. “Le principal défi réside moins dans l’absence de textes que dans leur mise en œuvre effective et le contrôle de leur suivi”, confirme notre interlocuteur. 

Si les grandes entreprises, comme Sonatrach, Sonelgaz, Cevital, Cosider, Lafarge, etc., disposent de “systèmes HSE matures”, ce n’est pas toujours le cas chez les entreprises de moindre taille. 

“De nombreuses PME algériennes restent concentrées sur la conformité réglementaire, avec une culture de prévention encore à développer”, et beaucoup d’entre elles “ont le strict minimum en matière de prévention des accidents et incendies”, constate le dirigeant d’entreprise. 

Ce gap entre les grandes et moins grandes entreprises pourrait s’expliquer, du moins en partie, par l’aspect financier. En matière de sécurité et de prévention, le retour sur investissement n’est pas visible dans l’immédiat. Il s’agit pourtant d’une assurance solide contre des sinistres qui, même s’ils ne surviennent pas toutes les semaines, peuvent, quand ils se produisent, tout réduire en cendres.  

Les entreprises algériennes recrutent de bons responsables de production, de bons commerciaux et de bons comptables parce que le retour sur investissement est palpable. Ce n’est pas la partie HSE qui est souvent confiée à des personnes non compétentes dans le domaine. 

Des négligences qui peuvent parfois coûter cher en vies humaines et en chiffre d’affaires. L’exemple de la biscuiterie Lu du groupe américain Mondelēz à Reghaia près d’Alger illustre cette situation. Touchée par un incendie dévastateur en octobre 2024, l’usine est depuis à l’arrêt, ce qui suppose des salariés au chômage et un énorme manque à gagner.

 

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