
Ébranlée par la résistance iranienne à l’attaque américano-israélienne, confrontée à une menace permanente des Houthis sur son front sud et exposée aux recompositions géopolitiques du Proche-Orient, l’Arabie saoudite semble tirer les conséquences d’un environnement régional devenu inquiétant pour sa stabilité.
Face aux menaces et aux enjeux, autant énergétiques que sécuritaires, auxquels elle est confrontée, Riyad cherche désormais à diversifier ses garanties de sécurité.
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C’est dans cette perspective qu’il faut sans doute inscrire l’accord qu’elle a signé mercredi avec les États-Unis sur le nucléaire civil, qualifié d’« historique » par les deux parties.
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Le texte a été paraphé à Washington par le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, et son homologue saoudien, le prince Abdelaziz Ben Salmane.
Il ouvre la voie à un partenariat de plusieurs décennies dans le domaine de l’énergie nucléaire civile. Cet accord, dont les négociations remontent au premier mandat de Donald Trump, intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par la reprise du conflit entre les États-Unis et l’Iran, déclenché à la suite d’attaques israélo-américaines contre Téhéran.
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Un conflit qui a provoqué de graves incidences sur la stabilité de plusieurs monarchies et sur l’économie mondiale avec la fermeture du détroit d’Ormuz.
Pour Riyad, qui a pu mesurer sa vulnérabilité et le degré de nuisance de Téhéran, cet environnement régional renforce la nécessité de repenser ses instruments de sécurité et de réduire sa dépendance à une seule garantie stratégique.
États-Unis – Arabie saoudite : un accord sur le nucléaire qui suscite des inquiétudes
Selon plusieurs médias américains, l’accord signé est un accord dit « 123 », en référence à la disposition de la loi américaine sur l’énergie atomique qui encadre les transferts de technologies nucléaires civiles.
D’après ces sources, il serait conclu pour une durée de trente ans. Le partenariat repose notamment sur le réacteur AP1000 de l’entreprise américaine Westinghouse, un modèle d’environ 1 100 mégawatts, capable d’alimenter une ville de taille moyenne ou un grand centre de données dédié à l’intelligence artificielle.
Le texte ouvre la voie à la construction de centrales nucléaires en Arabie saoudite, un pays qui dépend encore largement du gaz et du pétrole pour sa production d’électricité.
Deux lettres annexes, dont le contenu n’a pas été rendu public, accompagnent également l’accord, précisent ces journaux.
Sitôt annoncé, l’accord n’a pas manqué de susciter des inquiétudes aux États-Unis et parmi les experts de la non-prolifération.
En effet, plusieurs médias américains ont évoqué la possibilité, à terme, d’un enrichissement d’uranium sur le sol saoudien.
Donald Trump a toutefois écarté d’un revers de main cette possibilité en soutenant que l’accord excluait tout enrichissement de matières nucléaires et qu’il était exclusivement destiné à des usages civils.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a également assuré que le texte comportait des garanties empêchant toute transformation du programme en programme d’armement.
Ces assurances n’ont pas cependant suffi à dissiper toutes les critiques. Plusieurs sénateurs démocrates ont dénoncé le risque de voir la région s’engager dans une nouvelle course aux armements nucléaires. Ils soulignent la contradiction qu’il y aurait à combattre la prolifération iranienne tout en facilitant l’accès de l’Arabie saoudite à des technologies nucléaires sensibles.
La normalisation avec Israël érigée en condition
Mais la particularité de l’accord demeure son conditionnement à la reconnaissance, à terme, d’Israël par Riyad. Selon Donald Trump, son approbation définitive serait liée à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham, qui ont conduit en 2020 à la normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.
« L’accord sera approuvé, mais il est entièrement conditionné à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux accords d’Abraham », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.
#عاجل| ترمب: الاتفاق النووي الذي يجري إبرامه بين وزارة الطاقة الأمريكية والسعودية سيحصل على الموافقة
– الاتفاق النووي مع السعودية سيحظى بالموافقة لكنه مشروط بانضمامها لاتفاقيات أبراهام pic.twitter.com/L5DM10mITm
— قناة الجزيرة (@AJArabic) July 23, 2026
Une perspective qui, si elle venait à advenir, provoquerait inévitablement un séisme au sein du monde arabo-musulman, sachant le poids diplomatique de l’Arabie saoudite.
L’Arabie saoudite n’a pas réagi officiellement dans l’immédiat aux déclarations de Donald Trump. Elle n’a pas non plus confirmé ni infirmé publiquement que la normalisation avec Israël constituait une condition acceptée dans le cadre de l’accord.
Mais, Riyad a rappelé à plusieurs reprises, notamment depuis le début de la guerre à Gaza, que toute normalisation avec Israël restait liée à des avancées concrètes en faveur de l’établissement d’un État palestinien.
Compte tenu de la situation actuelle à Gaza, cette position laisse à penser que l’adhésion saoudienne aux accords d’Abraham n’interviendrait pas de sitôt.
Israël, qui n’avait pas réagi immédiatement à l’annonce de l’accord, a finalement salué la perspective d’une reconnaissance par l’Arabie saoudite. Reste que l’accord revêt une importance géopolitique majeure.
Autant pour Washington, qui renforce son influence dans la région au détriment de la Chine et de la Russie, autant pour Riyad, qui va disposer d’un instrument de modernisation économique et d’un levier de dissuasion contre son ennemi juré, l’Iran.