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Crise de Ceuta, quel impact sur l’Algérie ? Le décryptage d’Abdelaziz Rahabi

Instrumentalisation des flux migratoires par le Maroc, guerre hybride, impact sur l’Algérie : le diplomate algérien Abdelaziz Rahabi analyse les véritables enjeux de la crise de Ceuta.

Crise de Ceuta, quel impact sur l’Algérie ? Le décryptage d’Abdelaziz Rahabi
Crise de Ceuta et impact sur l’Algérie : Abdelaziz Rahabi analyse les véritables enjeux / DR
Hamid Guemache
Durée de lecture 3 minutes de lecture
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Abdelaziz Rahabi, ancien ambassadeur d’Algérie à Madrid, décrypte dans cet entretien à TSA, les dessus de la crise de Ceuta après l’évasion massive de plus de 60.000 Marocains vers cette enclave espagnole, l’impact sur l’Algérie et la région.

Il revient sur l’utilisation par le Maroc de l’arme migratoire et les raisons de l’indulgence de l’Europe vis-à-vis de ce pays.

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 Plusieurs hypothèses circulent autour de la récente fuite massive de Marocains vers Ceuta : certains y voient une volonté du Maroc de punir l’Espagne pour son rapprochement avec l’Algérie, d’autres évoquent une implication israélienne, la mal-vie des Marocains, ou encore les revendications marocaines sur les enclaves espagnoles…Le Maroc est-il coupable ?

Abdelaziz Rahabi : La marche bleue vers Ceuta n’est pas la première et ne sera pas la dernière. Elle n’est ni spontanée ni autonome et révèle un peu la complexité des relations historiques entre le Maroc et l’Espagne que le gouvernement espagnol pensait dépasser en légitimant l’occupation du Sahara occidental en mars 2022, après son abandon par un Franco agonisant à la fin de l’année 1975.

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En mai 2021, plus de 10.000 personnes –soit 15 % de la population de l’enclave espagnole- sont entrées sans contraintes et en quelques heures à Ceuta en réaction à l’hospitalisation en Espagne du président Sahraoui Brahim Ghali.

Moins d’un an plus tard, Madrid s’alignait sur les thèses marocaines sur l’ex-colonie espagnole. Avec la marche verte de Hassan II, celle de Ceuta reste un cas d’école dans l’usage des flux humains dans le jeu diplomatique.

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Il faut peut-être ne pas exclure l’effet inattendu au Maroc produit par la récente approbation en Espagne d’une proposition de loi qui concède la nationalité espagnole au sahraouis nés quand leur territoire était une colonie espagnole. Cela pourrait concerner plus de 80.000 personnes ainsi que leurs descendants.

Quel est l’impact de cette nouvelle crise de Ceuta et de l’utilisation à nouveau de l’arme migratoire par le Maroc sur l’Algérie ? 

Abdelaziz Rahabi : Pour ce qui est de l’Algérie, elle ne mesure pas la qualité ou le niveau de ses relations avec un pays tiers par rapport à ses voisins, et dans ce cas précis ce qui compte le plus pour nous ce sont les implications d’autres acteurs autres que régionaux.

Au Maroc, tout comme au Mali et en Libye, nous assistons à une multiplication des intervenants étatiques et autres. C’est une grosse source d’inquiétude.

Les flux migratoires, au Maroc et ailleurs, ne se lisent plus seulement comme une tragédie humanitaire mais posent aux États la question de la perméabilité des frontières, de leur instrumentalisation comme moyen de pression militaire et diplomatique et viennent élargir le panel des outils de la guerre hybride à laquelle les pays de la région sont peu préparés.

La géopolitique du chaos à nos frontières est un défi à prendre au sérieux en raison de notre masse territoriale qui n’a rien de commun avec un Maroc presque insulaire. À mon sens et au regard de notre longue histoire, notre géographie devrait déterminer pour une grande part les politiques de défense nationale.

Même si nous maîtrisons – par défaut d’ailleurs – les flux migratoires qui sont essentiellement absorbés par les besoins nationaux en main d’œuvre agricole au sud et dans le bâtiment au nord du pays, nous devons être vigilants et ne pas devenir un sas de contention de l’Europe dont le discours altère notre image alors que nos illégaux ne dépassent pas les 3 % des cas en Europe. Lire la question sous le prisme français donne forcément une   perception erronée.

Les dirigeants européens ont globalement ménagé le Maroc, tout en critiquant l’Espagne. Comment expliquez-vous cette indulgence européenne à l’égard de Rabat ? Quel impact sur notre région ?

Abdelaziz Rahabi : En moins de cinq années la géopolitique de notre région a été remaniée. Elle l’a été avec le retour de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis. Il a imposé une marche à pas forcés une démarche pour le règlement de la question sahraouie dont l’issue est des plus incertaines.

Il y a consolidé Israël, cherche à contrôler toutes les voies de navigation maritime dont celle de Gibraltar et montre un intérêt croissant pour les questions sécuritaires.

Les États-Unis et Israël s’installent durablement au Maroc, lui apportent leur soutien diplomatique et militaire inconditionnel et s’engagent à en faire une base de substitution à l’Europe du Sud dans leur projection militaire internationale avec un intérêt particulier pour le Sahel et l’Afrique de l’Ouest.

L’Espagne paie, à mon sens, le tribut de son attachement, sans concession, à sa vocation méditerranéenne et sa traditionnelle politique palestinienne qui lui confèrent un statut de passerelle de choix entre la Rive Sud et le nord de l’Europe.

L’exercice d’équilibre est rendu difficile par les exigences de solidarité avec un OTAN militairement marginal et une Europe de plus en plus à droite à moins d’une année des élections en France, en Italie et en Allemagne.

Lien permanent : https://tsadz.co/2agqo

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