
Le ministère des Finances a livré, mardi 3 octobre, des informations sur la situation financière du pays qui ont été réclamées notamment par les membres de la commission des finances de l’APN. Ces informations portent sur le « solde du Trésor public » à fin mai et à fin juin 2017. Le ministère des Finances reprend aussi les résultats du commerce extérieur communiqués par les douanes algériennes à fin juin 2017.
Un recul spectaculaire du déficit du Trésor
Le résultat le plus évident qui ressort de ces informations semble, a priori, infliger un démenti à la description très sombre de la situation de nos finances publiques effectuée par le Premier ministre depuis près d’un mois.
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C’est ainsi qu’on apprend que le déficit du Trésor public a reculé de façon spectaculaire en s’établissant à 287 milliards de dinars à la fin mai 2017 contre 1.783 milliards à la même période de 2016, soit une baisse quasi vertigineuse de 84%.
Ce recul du déficit des opérations financières de l’État est principalement dû à une augmentation très sensible des recettes qui progressent de 68% tandis que les dépenses ont, de leur côté, baissé de 7,6%.
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Des recettes et des dépenses « ordinaires » en ligne avec les objectifs
À y regarder de plus près, ces résultats doivent cependant être relativisés. La diminution des dépenses de l’État au cours du premier semestre est une bonne nouvelle, qui est d’ailleurs globalement en ligne avec les objectifs de la Loi de finances pour l’année en cours. Les recettes ordinaires se comportent également d’une manière proche des prévisions avec une progression de près de 10% tandis que la fiscalité pétrolière est en hausse de plus de 31%, grâce à l’amélioration des prix sur les marchés internationaux.
Mais ces évolutions sont très loin d’expliquer, à elles seules, le recul du déficit du Trésor qui est dû pour l’essentiel à de mystérieuses « recettes exceptionnelles » enregistrés au début de l’année en cours et qui ont atteint le niveau considérable de plus de 930 milliards de dinars, soit pratiquement autant que le montant de la fiscalité pétrolière récoltée au cours des 5 premiers mois de l’année.
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D’où viennent les « recettes exceptionnelles » ?
Les spécialistes que nous avons consultés au sujet de l’origine de ces « recettes exceptionnelles » nous expliquent qu’il s’agit en réalité de la partie des bénéfices réalisés par la Banque d’Algérie qui ont été versés sous forme de dividendes au Trésor public au début de cette année à la suite d’une décision du Conseil d’administration de la Banque centrale.
Mais d’où viennent donc des bénéfices aussi considérables comptabilisés pour plus de 8 milliards de dollars au début de l’année en cours ? Selon nos informations, il s’agit des profits réalisés par la Banque centrale dans des opérations de vente de devises aux importateurs. Plus précisément, il s’agit de la différence entre le coût d’acquisition de ces devises et leur prix de vente. Cette dernière a été impactée fortement au cours des dernières années par la dépréciation du dinar et il en résulte donc des revenus importants pour la Banque d’Algérie qui en a provisionné une partie et qui a décidé de verser la plus grande au Trésor public.
On savait déjà que la dévaluation du dinar avait un effet bénéfique sur les recettes de fiscalité pétrolière exprimée en dinar. On apprend donc qu’elle provoque aussi de recettes exceptionnelles au profit de la Banque d’Algérie qui sont reversées au Trésor public.
Pas de pronostic pour l’ensemble de l’année
C’est précisément le caractère « exceptionnel » de ces recettes qui rend les spécialistes très circonspects. « Il n’y en aura pas d’autres de même nature au deuxième semestre et les résultats à fin mai ne sont pas extrapolables à l’ensemble de l’année », commente un expert. Pour preuve, le déficit du Trésor à fin juin est déjà en hausse sensible par rapport au mois de mai, à plus de 380 milliards de dinars .
Nos sources n’excluent pas non plus que des « dépenses exceptionnelles », cette fois, viennent assombrir le tableau de nos finances publiques d’ici la fin de l’année. Elles évoquent en particulier la probabilité de paiement d’une partie des arriérés dus aux entreprises clientes de l’État au cours du dernier trimestre.
Conclusion : les chiffres des cinq premiers mois de l’année doivent être accueillis avec prudence et il vaut mieux attendre la fin de l’année pour connaître la situation exacte des finances publiques du pays, même si une bonne nouvelle en cours d’année est toujours bonne à prendre dans une ambiance assombrie par les récentes « révélations » du Premier ministre.
Amélioration de la situation du commerce extérieur
Dans le même document, le ministère des Finances publie quelques données sur le commerce extérieur qui confirment, elles aussi, une amélioration sensible de la situation.
Explication essentielle de cette amélioration : le prix moyen du baril de pétrole brut a été de 50,55 dollars durant les huit premiers mois de l’année (janvier-août 2017) contre 41,97 dollars durant la même période de 2016.
Pour le reste, les importations ne reculent que très faiblement et sont encore de près de 23 milliards de dollars à fin juin 2017, même si le déficit commercial a été réduit de plus de moitié en passant de plus de 10 milliards de dollars en juin 2016 à un peu moins de 5 milliards à fin juin 2017.
Sur ce chapitre, le « tableau de bord » du ministère des Finances mérite d’être mis à jour. Les statistiques des douanes à fin août permettent d’anticiper un déficit commercial probable de l’ordre de 10 milliards de dollars à la fin de l’année en cours contre plus de 17 milliards de dollars l’année dernière.
En revanche, nos sources indiquent que les prévisions curieuses et très volontaristes du ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, sur des « importations réduites à 40 milliards de dollars en 2017 » n’ont aucune chance d’être réalisées et ces dernières devraient plutôt se situer autour de 45 milliards de dollars à la fin de l’année.