
TRIBUNE. Profitant de la publication du rapport « Oil Endgame » du think tank européen E3G (« Third Generation Environmentalism ») spécialisé dans les questions climatiques et énergétiques, certains « experts » français sont vite montés au créneau sur les radios nationales.
Ils se sont empressés de stigmatiser les pays classés dans la « risk zone » en raison de leur dépendance aux hydrocarbures, à commencer par l’Algérie, l’Angola et le Nigeria.
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Avec une satisfaction jubilatoire à peine dissimulée, ils ont prédit que ces États ne pourraient bientôt plus « acheter la paix sociale », mettant en garde contre les graves conséquences géopolitiques de leur vulnérabilité.
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E3G : des projections alarmistes sur les pays pétroliers
Cette lecture volontairement alarmiste mérite pourtant d’être sérieusement relativisée. Les projections d’E3G sont très loin de faire consensus parmi les organismes spécialisés. Elles reposent sur un scénario de forte contraction de la demande d’hydrocarbures à partir de 2030, quand d’autres institutions retiennent des estimations sensiblement différentes.
L’Opep prévoit une demande mondiale de pétrole de 113,3 millions de barils par jour en 2030, puis de 124 millions en 2050. L’Agence internationale de l’énergie, elle, retient une projection plus basse, autour de 105,5 millions de barils par jour en 2030. Ces écarts considérables montrent à quel point les projections d’E3G sont discutables tant elles sont orientées.
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La principale faiblesse du rapport d’E3G tient précisément à cette approche prédéterminée. Du fait de son orientation idéologique en faveur de l’accélération de la transition énergétique, il accorde une place prépondérante à l’hypothèse d’un recul rapide des hydrocarbures, mais prend moins en compte la capacité d’adaptation des pays producteurs.
La faiblesse des prévisions d’E3G sur l’Algérie
Or l’Algérie développe les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, tout en renforçant ses coopérations énergétiques avec l’Europe, notamment avec l’Allemagne. Elle dispose en outre d’un avantage géographique majeur et d’infrastructures gazières déjà connectées au marché européen, autant de facteurs qui pourraient lui permettre de conserver une place significative dans le nouvel équilibre énergétique régional.
L’analyse d’E3G pourrait être pertinente lorsqu’elle souligne la vulnérabilité des économies encore fortement dépendante des hydrocarbures. Elle devient en revanche beaucoup plus contestable lorsqu’elle transforme cette vulnérabilité en trajectoire mécanique quasi certaine, en avançant une possible « chute de 87 % des recettes » pétrolières pour notre pays.
Ce chiffre repose sur des hypothèses qui ne font pas consensus. Il ne correspond ni à une prévision du FMI, ni à celle de l’AIE (Agence internationale de l’Énergie) ni à celle de l’Opep.
Pour l’Algérie, l’enjeu essentiel, par-delà la date de la fin de la rente pétrolière, est d’accélérer sa diversification économique et énergétique pour sécuriser durablement son modèle économique, quel que soit le rythme réel de la transition énergétique mondiale.
*Amar Belani est ancien ambassadeur
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