
Après plusieurs années de patience et de mises en garde fermes, l’Algérie a fini par rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis.
La mesure annoncée officiellement jeudi 10 septembre est extrême mais elle était inéluctable devant la persistance des agissements hostiles de l’État du Golfe. En prenant cette décision, l’Algérie met en lumière les agissements des Émirats arabes dans le monde arabe qu’ils veulent façonner à leur façon et au service de leur allié israélien.
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La chronologie des événements traduit la grande sagesse de la diplomatie algérienne et son souci de préserver la relation bilatérale en laissant aux autorités émiraties l’opportunité de se ressaisir.
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Le silence des capitales arabes, et particulièrement celles du Golfe, semble traduire une certaine compréhension de la position de l’Algérie.
L’Algérie a dénoncé des “agissements provocateurs ou hostiles” et un “comportement regrettable et injustifiable” de la part des Émirats arabes unis.
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Le communiqué du ministère des Affaires étrangères n’a pas cité de faits spécifiques ni de casus belli. Néanmoins, les différentes sorties du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ces derniers mois ont permis de comprendre que cet État œuvre à la déstabilisation de la région notamment du voisinage immédiat de l’Algérie et fait de l’ingérence dans les affaires intérieures de l’Algérie.
L’Arabie saoudite avait déjà dénoncé le comportement dangereux d’Abu Dhabi
En mars 2024, Abdelmadjid Tebboune a accusé Abu Dhabi de financer les foyers de tension dans tout le monde arabe. “Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan…”, a-t-il dit en allusion aux Émirats arabes unis.
Le rôle néfaste des Émirats dans plusieurs conflits n’est plus à démontrer en effet. En Libye, ils soutiennent ouvertement les forces du maréchal Khalifa Haftar contre le gouvernement de Tripoli reconnu par la communauté internationale.
Au Soudan, c’est Abu Dhabi qui finance et arme les milices des FSR qui ont mis le pays à feu et à sang. Dans la guerre qui déchire le Yémen, cet État du Golfe a tenté de pousser la région du sud vers la partition.
Cet épisode avait suscité de graves tensions avec l’Arabie saoudite qui a, en décembre 2025, bombardé des cargaisons d’armes en provenance d’un port émirati. Dans un communiqué officiel, Ryad avait accusé Abu Dhabi de se conduire de façon “extrêmement dangereuse” au Yémen.
Le pays de Mohamed Ben Zayed (MBZ) n’a pas joué franc jeu dans le conflit yéménite, détournant sa participation dans la coalition menée par l’Arabie saoudite pour d’autres objectifs autres que celui de la lutte contre la rébellion des Houthis.
Le résultat est que la coalition s’enlise, la sécurité de l’Arabie saoudite est menacée et les houthis se renforcent comme le montre l’offensive de ces derniers jours qui leur permet de contrôler le détroit de Bab El Mandab, aux portes de la mer Rouge.
Des agissements indéfendables
En d’autres circonstances, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) voleraient inconditionnellement au secours de l’un de leurs membres en crise avec un État tiers.
La décision de l’Algérie de rompre les relations est toutefois perçue comme une réaction légitime et inévitable face à un pays devenu indéfendable même pour ses plus proches voisins.
Les Émirats arabes unis ont joué un rôle central dans les accords d’Abraham en 2020 et continuent d’utiliser leur soft-power et même des moyens condamnables pour amener le maximum de pays arabes à normaliser leurs relations avec Israël. Une tâche qu’il partage avec le Maroc, l’autre grand soutien de Tel-Aviv dans le monde arabe.
Abu Dhabi est allé bien loin que la déstabilisation du voisinage de l’Algérie. De nombreux éléments laissent déduire que des tentatives de semer la division au sein du peuple algérien ont eu lieu.
“Nous voulons qu’ils s’éloignent pour que le sang ne coule pas chez nous”, a déclaré le président Abdelmadjid Tebboune fin juillet dernier. “Là où ils mettent le pied, le sang coule, c’est grave et nous avons des preuves”, a-t-il réitéré.
Ingérences dans les affaires intérieures de l’Algérie
En mai 2025, la Télévision algérienne a lu un éditorial d’une rare virulence à l’égard du “mini-État artificiel” des Émirats après des propos attentatoires à l’amazighité, l’une des composantes de l’identité algérienne, tenus par Mohamed Lamine Belghit sur une chaîne émiratie.
Ce pays s’adonne à un jeu extrêmement dangereux en soutenant à la fois deux camps antagoniques : les activistes du courant dits de la “badissia novembria” et les séparatistes du MAK. Curieusement, ces deux camps alimentent les tensions séparatistes en Algérie.
En février dernier, le président Tebboune a fait une révélation retentissante, accusant Abu Dhabi de tentative d’ingérence dans les processus électoraux en Algérie. “Ils s’immiscent dans nos élections, dans la première puis la deuxième élection. Ils se sont mêlés de telle et telle autre affaire”, a-t-il dit.
Les Émirats détiennent d’importants investissements en Algérie, obtenus dans les années 2000 et 2010. Il s’agit d’une autre carte qu’ils utilisent dans leurs pressions sur l’Algérie. Et c’est encore une révélation du chef de l’État.
“Ils menacent de nous appauvrir rien qu’avec l’arbitrage international. Qu’ils aillent à l’arbitrage”, a lancé Tebboune, toujours en février 2026.
En se limitant à ces seuls éléments révélés publiquement par le premier responsable du pays, une déduction s’impose : les Émirats ont franchi toutes les limites et l’Algérie a fait preuve d’une grande patience.