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Décès d’Elaine Klein Mokhtefi, l’Américaine qui a embrassé la cause algérienne

Elaine Klein Mokhtefi ne fêtera pas sa naturalisation en Algérie. Militante de la cause algérienne, cette Américaine, qui a obtenu la nationalité algérienne en juillet dernier, s’est éteinte vendredi à 97 ans.

Décès d’Elaine Klein Mokhtefi, l’Américaine qui a embrassé la cause algérienne
Elaine Klein Mokhtefi, anticolonialiste et grande militante de la cause de libération nationale algérienne, s’est éteinte vendredi 11 septembre, à l’âge de 97 ans / Source image : DR pour TSA
Karim Kebir
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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En juillet dernier, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, décide de lui octroyer la nationalité algérienne. Elle était attendue par ses amis pour une visite dans son pays d’adoption en octobre prochain, pour célébrer cette naturalisation qu’elle portait dans l’âme. Mais voilà que le destin en a décidé autrement.

Elaine Klein Mokhtefi, Américaine de naissance, anticolonialiste et grande militante de la cause de libération nationale algérienne, s’est éteinte vendredi 11 septembre, à l’âge de 97 ans, dans un hôpital de New York.

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L’annonce de sa disparition a été faite par Ahmed Bedjaoui, qui l’avait bien connue et avec lequel elle était restée en contact jusqu’à ses derniers jours.

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Elaine Klein, l’Américaine qui a milité pour l’indépendance de l’Algérie, s’en va à 97 ans

« J’ai l’immense douleur de vous annoncer le décès dans un hôpital de New York, ce matin du 11 septembre, de ma grande amie Elaine Mokhtefi, à l’âge de 98 ans », a écrit sur son compte Facebook Ahmed Bedjaoui, l’une des grandes figures du cinéma algérien.

Le décès est d’autant plus cruel qu’il survient quelques semaines avant sa venue en Algérie, où de nombreux parmi ses amis préparaient son retour.

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« L’année dernière, elle avait fêté ses 97 ans à Alger à l’invitation du Festival international d’Alger et de l’Association des Amis de la Révolution, avec laquelle nous nous apprêtions à la recevoir le 10 octobre prochain à Alger pour fêter son acquisition de la nationalité algérienne, après que le président Abdelmadjid Tebboune ait signé cet été le décret de naturalisation », rapporte Ahmed Bedjaoui.

« J’échangeais quotidiennement avec elle et elle était impatiente de venir retrouver son pays de cœur », poursuit-il, encore sous le choc de cette disparition.

Peu ou prou connue des jeunes générations, Elaine Klein Mokhtefi aura pourtant été l’une des femmes occidentales les plus intimement liées à un pan de l’histoire de l’Algérie, durant la guerre de Libération et pendant les années qui ont suivi son indépendance.

Une femme qui, bien avant de devenir officiellement Algérienne, avait choisi l’Algérie comme une seconde patrie en consacrant une partie essentielle de sa vie à porter la voix de sa révolution.

Née Elaine Klein le 10 décembre 1928 à Hempstead dans l’État de New York, dans une famille d’origine juive, elle grandit dans un environnement qui la conduit très tôt à s’intéresser aux questions de racisme et d’injustice.

Et c’est en débarquant à Paris au début des années 1950 qu’elle découvre, après la rencontre de nombreux militants ouvriers algériens et africains, les réalités du colonialisme français.

Mais loin de rester une simple spectatrice, elle s’engage progressivement à leurs côtés. Son activisme la conduit en Afrique où, en 1958, elle participe à la conférence panafricaine des peuples à Accra, au Ghana. Et c’est là qu’elle rencontre deux hommes qui vont profondément marquer son parcours : Frantz Fanon et Mohamed Sahnoun.

« De retour aux États-Unis, elle rejoint Mohamed Sahnoun à New York et travaille au sein de la représentation algérienne. En 1960, elle intègre le bureau new-yorkais du GPRA et du FLN, aux côtés notamment d’Abdelkader Chanderli et en relation étroite avec M’hamed Yazid », rappelle Ahmed Bedjaoui.

La jeune Américaine devient ainsi l’une des chevilles ouvrières de la diplomatie militante de la Révolution algérienne aux États-Unis.

Elle s’emploie alors à populariser la cause algérienne auprès de l’opinion américaine tout en tissant un réseau de soutien au profit de la Révolution.

Lorsque Frantz Fanon est hospitalisé aux États-Unis en 1961, c’est elle qui veillera sur lui, sur conseil d’Abdelkader Chanderli. Elle prend notamment en charge son fils Olivier, alors âgé de six ans. Elle restera ainsi l’un des témoins des derniers mois de la vie de Fanon, mort en décembre 1961, quelques mois seulement avant l’indépendance de l’Algérie.

Lorsque l’Algérie accède à l’indépendance en 1962, c’est naturellement qu’Elaine Mokhtefi choisit de s’y installer. Elle quitte donc la lointaine Amérique pour Alger, une ville qu’elle va habiter pendant douze ans et qui deviendra le centre de sa vie.

Au cœur de l’Alger révolutionnaire

Dans le nouvel État algérien, elle travaille dans plusieurs structures. Elle est notamment journaliste à l’Algérie Presse Service (APS) et participe à la couverture des événements liés au mouvement tiers-mondiste.

Son anglais, sa connaissance des milieux internationaux et son expérience de militante anticoloniale font d’elle une interlocutrice recherchée dans une Algérie qui entend alors consolider son titre de capitale des luttes de libération.

Grâce à ses connaissances et à son engagement, Elaine Mokhtefi participe en 1969 à l’organisation du Festival panafricain, un événement historique alors, et s’occupe de l’accueil de représentants des mouvements de libération nationale venus notamment du Mozambique, d’Angola et d’Afrique du Sud.

Le mérite lui revient également dans l’installation de la section internationale des Black Panthers à Alger, où elle accueille l’un des dirigeants, en l’occurrence Eldridge Cleaver, qui a fui les États-Unis et transité par Cuba.

Elaine devient leur interprète et leur intermédiaire auprès des autorités algériennes. Mais au-delà de ces mouvements, elle côtoie aussi de grandes figures politiques et révolutionnaires de l’époque, à l’image de Ho Chi Minh, Ben Bella ou encore Fidel Castro.

En 1972, elle rencontre celui qui finit par devenir son époux : Mokhtar Mokhtefi, ancien membre de l’Armée de libération nationale, écrivain et militant. Une union entre deux personnages qui ont l’idéal révolutionnaire dans le sang.

Mais deux ans plus tard, visiblement contrariée par les nouvelles orientations du pouvoir d’alors, elle décide de prendre ses distances et quitte Alger pour Paris, puis retourne à son New York natal.

Pour la grande militante qu’elle était, ce départ est un arrachement. Elle quitte, en effet, un pays auquel elle a consacré plusieurs années de sa vie et qu’elle considérait toujours comme son pays de cœur. Reste que malgré l’exil, l’Algérie ne disparaîtra jamais de sa vie. Mieux, de nombreuses années plus tard, Elaine Mokhtefi retrouve pleinement Alger.

Une mémoire vivante de la « Mecque des révolutions »

En 2018, elle publie aux États-Unis ses mémoires sous le titre Algiers, Third World Capital : Freedom Fighters, Revolutionaries, Black Panthers. Le livre paraît en français en 2019 sous le titre Alger, capitale de la révolution. De Fanon aux Black Panthers, aux éditions La Fabrique.

Elle en réalise elle-même la traduction française. L’ouvrage sera également publié en Algérie par les éditions Barzakh. Elle y raconte Alger qu’elle a connue, celle de Fanon, des mouvements de libération, du Festival panafricain et des Black Panthers.

Son témoignage est d’autant plus précieux qu’elle n’en parle pas seulement comme une observatrice, mais aussi comme actrice.

C’est d’ailleurs ce que souligne le chercheur Raouf Farah, qui l’a rencontrée à Alger en décembre dernier lors d’un colloque consacré à Frantz Fanon.

« Elaine n’était pas seulement le témoin d’une Algérie révolutionnaire, internationaliste et solidaire, elle avait vécu cette histoire et en avait fait une part de sa propre vie. Elle parlait de cette époque comme d’une promesse qui restait à tenir », témoigne Raouf Farah. Avec sa disparition, c’est une mémoire singulière de la révolution algérienne qui s’éteint. Un témoin privilégié et une actrice de ce qu’était la « Mecque des révolutionnaires ».

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