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L’Algérie face au défi des transferts « invisibles » de devises

L'Algérie qui a décidé de réduire et de renforcer le contrôle sur ses importations en les limitant drastiquement se retrouve confrontée aux transferts "invisibles" de devises.

L’Algérie face au défi des transferts « invisibles » de devises
La Chambre des commissaires aux comptes pointe le poids des services dans les importations de l’Algérie | Par Friptuleac Roman | Dreamstime.com
Ali Idir
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On parle beaucoup de la facture des importations de l’Algérie et de la nécessité de la réduire pour préserver les réserves de change. Or, souligne la Chambre nationale des commissaires aux comptes, il est impératif de s’intéresser aussi aux transferts “invisibles” de devises vers l’étranger sous forme de paiement de différents services importés.

Dans une note d’analyse publiée par la direction des études économiques de la Chambre nationale des commissaires aux comptes en ce mois de septembre 2026, il est souligné qu’une part importante des mouvements de devises “ne transite pas par les ports, n’est pas pesée à la douane et ne peut être mesurée à l’aune du nombre de conteneurs”.

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Cette part peut épuiser les réserves de change tout aussi que les marchandises importées via les ports. L’étude cite les services, honoraires, coûts de transports, licences et logiciels, conseil, redevances, dividendes, intérêts, salaires transférés à l’étranger et autres opérations.

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L’Algérie face à la problématique des prix des services importés 

La moitié du problème se situe peut-être en dehors du port”, dans cet univers des “flux invisibles”, lit-on.

La note relève qu’au cours du premier semestre 2025, le déficit de la balance courante  de l’Algérie s’est élevé à 10,48 milliards de dollars, tandis que le déficit commercial des marchandises était estimé à 5,3 milliards de dollars. Ce qui permet de déduire que le déficit des “postes invisibles” était de 5,2 milliards de dollars en six mois. Ce qui donne, en rythme annuel, un déficit de 10 à 10,5 milliards.

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L’économie a besoin d’importer des services et le problème ne réside pas dans l’existence du service mais dans son prix, précisément lorsque “la valeur devient difficile à mesurer”, indiquent les auteurs de la note. Car à la différence des marchandises, il n’y a pas de prix de référence pour le conseil, l’assistance technique…

Le contrôle administratif peut tout juste vérifier l’existence du contrat et de la facture du service mais il est difficile de s’assurer de la justesse de son prix.

C’est pourquoi, lit-on encore, “la question des prix des services se trouve au cœur de la protection de la balance des paiements”.

La note cite notamment les frais de transports et d’assurance qui constituent “une facture invisible liée à la dépendance vis-à-vis de l’étranger”.

Ces services sont estimés, sur la base du volume des importations de biens, à environ 3 à 4 milliards de dollars par an, dont la majeure partie revient à des opérateurs non-résidents. La solution, estime la chambre des commissaires aux comptes, réside dans le développement d’une flotte nationale solide et des services d’assurance, de transport et de logistique.

Passer d’un contrôle de forme à un contrôle de fond 

Si la marchandise laisse une trace matérielle à la frontière, le service, lui, laisse une trace comptable et documentaire.

C’est pourquoi la Chambre des commissaires aux comptes propose d’accorder une plus grande attention au poste “erreurs et omissions nettes” de la balance des paiements et de passer d’un “contrôle de forme à un contrôle de fond économique”.

Cela passe par 4 axes de travail : le développement de diligences spécifiques aux flux extérieurs, l’adoption d’une attestation de conformité pour les transferts intra-groupes portant sur la réalité de la prestation, sa valeur et sa conformité au principe du prix de pleine concurrence, la mise en place d’un rapprochement systématique entre les exportations de l’entreprise, les encaissements, les compensations et les comptes en devises et enfin la contribution de la profession à la production de données statistiques agrégées permettant une compréhension plus précise des flux.

Encourager l’exportation des services 

La note désigne aussi l’exportation des services comme une autre opportunité qui peut permettre l’amélioration de la balance des paiements. Ces exportations ont atteint en 2024 près de 4,3 milliards de dollars. Elles comprennent les services portuaires, aéroportuaires, de transport et de maintenance, ainsi que les services numériques et ceux fournis aux entreprises étrangères opérant en Algérie.

Et le potentiel est énorme car les ingénieurs, les programmeurs, les bureaux d’études, les comptables, les consultants, les entreprises de maintenance et les prestataires de services numériques peuvent tous exporter.

Il y a aussi les transferts de fonds des Algériens de l’étranger qu’il faut bancariser en améliorant l’attractivité des circuits officiels. Actuellement, la devise peut certes entrer physiquement dans le pays sous forme de billets, mais elle ne vient pas nécessairement renforcer les réserves officielles ni améliorer la balance des paiements.

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