
CONTRIBUTION. Alors que les figures politiques de l’opposition et les prétendants aux échéances électorales réactivent régulièrement le débat sur la dénonciation de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, une interrogation juridique stricte s’impose : que reste-t-il réellement de ce texte historique après plus de cinquante ans de révisions successives et de durcissements jurisprudentiels ?
1. Un texte originellement dérogatoire mais progressivement aligné
Signé au lendemain de l’indépendance pour encadrer la circulation, l’emploi et le séjour des ressortissants algériens en France, l’accord du 27 décembre 1968 représentait initialement un statut préférentiel. Cependant, l’idée reçue selon laquelle cet accord octroierait aujourd’hui un « privilège exorbitant » relève davantage de la rhétorique politicienne que du droit positif.
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Au fil des décennies, l’accord a subi trois avenants majeurs (1985, 1998 et 2001) visant à rapprocher systématiquement le statut des Algériens du droit commun des étrangers (CESEDA). Aujourd’hui, sur la majorité des conditions administratives, le régime est équivalent, voire plus restrictif.
2. Analyse comparative : Les mythes face au droit positif

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3. L’instrumentalisation politique face à la réalité conventionnelle
La surenchère visant la dénonciation unilatérale du traité ignore les contraintes constitutionnelles et diplomatiques. Le texte n’est plus le « pont d’or migratoire » parfois dépeint, mais demeure le socle d’un compromis bilatéral. Sa dénonciation unilatérale créerait un vide juridique immédiat sans résoudre les problématiques de coopération consulaire ou d’exécution des mesures d’éloignement.
« Accuser l’accord de 1968 d’être la cause principale des difficultés de régulation migratoire relève d’une posture électorale. En réalité, le texte a été tellement révisé et bridé qu’il ne reste aujourd’hui qu’une enveloppe symbolique. »
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Conclusion
En définitive, en dehors de spécificités terminologiques (l’appellation « certificat de résidence » en lieu et place de la « carte de séjour »), l’accord de 1968 a été progressivement vidé de sa substance. Son abrogation ne modifierait qu’à la marge la réalité des flux migratoires, mais supprimerait le dernier cadre conventionnel structurant la relation bilatérale.
*Docteur en droit, Avocat au Barreau de Paris