
Le film a fait l’effet d’une bombe en Israël. Une semaine après son sacre à la Mostra de Venise, le documentaire « Naza », réalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, continue de secouer l’opinion israélienne.
Et pour cause : il met en lumière, à travers des témoignages de militaires et de membres des services de renseignement israéliens, les violences commises à Gaza et la manière dont les victimes sont ciblées et tuées froidement.
A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens
Naza, le film choc sur le ciblage par Israël des civils à Gaza
« J’ai une carte de tous les immeubles de Gaza, témoigne un soldat israélien dans le documentaire. Je peux cliquer sur une maison et savoir combien de personnes vont être blessées si on bombarde. C’est présenté comme ça : appartement 6, 5e étage, Ahmed et sa famille vont mourir. Ça clique combien d’enfants il a, sa femme. »
A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc
Une œuvre qui bat ainsi en brèche le récit officiel sur la conduite de la guerre et apporte de l’eau au moulin de ceux, de plus en plus nombreux à travers le monde, qui accusent Israël de mener un génocide dans l’enclave palestinienne.
Palestinian children from Gaza’s orphans camp thank Israeli filmmaker Yuval Abraham and Rachel Szor for their documentary Naza, which exposes the Israeli military systems behind the mass killing of Palestinian civilians in Gaza. pic.twitter.com/EhzisullzC
A lire aussi : Gaza : l’ONU déclare officiellement l’état de famine et accuse Israël
— Middle East Eye (@MiddleEastEye) September 18, 2026
Selon les comptes rendus de plusieurs médias internationaux, le film s’appuie sur les témoignages anonymes de 24 soldats, anciens militaires, membres des renseignements et lanceurs d’alerte israéliens.
Ce que révèle le film NAZA, c’est ce que nous savions déjà. Mais il aura fallu que des soldats israéliens en témoignent eux-mêmes pour que le monde feigne enfin de les écouter.
Israël a massacré plus de 500 civils par des frappes, en toute connaissance de cause, pour tenter de… pic.twitter.com/OY0PazwFDH
— Emma 🇨🇭 (@EmmaRobinsonss) September 14, 2026
Les entretiens ont été réalisés clandestinement, notamment de nuit, sur des toits de Tel-Aviv. Pour protéger les intervenants, leurs visages sont floutés et leurs voix modifiées.
D’une durée de 80 minutes, le documentaire s’intéresse notamment aux systèmes utilisés pour sélectionner les cibles à Gaza et à la manière dont les pertes civiles sont prises en compte dans les décisions de frappes.
Le titre « Naza » renvoie à un terme utilisé dans le jargon militaire israélien pour désigner les « dommages collatéraux » anticipés, autrement dit le nombre de civils susceptibles d’être tués lors d’une frappe.
Le documentaire affirme, sur la base des témoignages recueillis, que la mort de civils était intégrée aux calculs précédant certaines opérations militaires.
Au niveau de la forme, l’œuvre des deux journalistes n’est pas présentée comme une simple succession d’images de guerre. Yuval Abraham et Rachel Szor mêlent les témoignages anonymes enregistrés dans la pénombre aux images d’actualité, à des déclarations de responsables israéliens et à des plans de Tel-Aviv, où la vie quotidienne se poursuit malgré les alertes. Un parallèle qui confine au film toute sa force et sa profondeur.
Une ovation record à la Mostra de Venise et une tempête en Israël
Sitôt récompensé- « Naza » a reçu le Prix spécial du jury à Venise et a eu droit à une standing-ovation d’environ 25 minutes, un record pour ce festival-, le film n’a pas manqué de provoquer une véritable tempête en Israël.
Le ministre de la Culture israélien a ainsi accusé les deux réalisateurs de « trahison envers l’État » et annoncé son intention d’agir pour leur retirer leur nationalité israélienne.
Il les a également accusés de nuire à leur pays pour obtenir une reconnaissance internationale. De son côté, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié le documentaire d’« incitation choquante » et s’est prononcé en faveur de l’élaboration d’une loi permettant de retirer leur citoyenneté à des Israéliens accusés de « diffamer » les soldats.
Des militants d’extrême droite ont par ailleurs organisé des rassemblements devant le domicile des parents de Rachel Szor, tandis qu’à Ashdod, à une trentaine de Km au sud de Tel Aviv, un artiste de rue a peint les portraits des deux réalisateurs avant de les barrer du mot « traîtres ».
Pour sa part et comme attendu, l’armée israélienne a rejeté les accusations contenues dans le film et a mis en doute la possibilité de vérifier les témoignages anonymes présentés.
Cependant, il n’y pas que des voix hostiles au film dont la plupart se recrute au sein de l’extrême droite. Le mouvement israélo-palestinien Standing Together a ainsi, par exemple, salué un documentaire qui, selon lui, révèle un nouvel aspect de la guerre à Gaza.
Cette levée de boucliers et cette tempête politique interviennent à quelques semaines des élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre. Alors que la guerre à Gaza constitue un des principaux thèmes de la campagne électorale, « Naza » pourrait ainsi s’imposer dans le débat public à mesure que sa diffusion s’élargira. Sa sortie au public est annoncée pour le 30 septembre, soit moins d’un mois avant le scrutin.