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Sahara occidental : la dangereuse tentation marocaine

Le Maroc veut prendre le contrôle des emprises de la MINURSO situées à l'Est du mur de sable au Sahara occidental, ce qui risque de les plonger dans un conflit plus large.

Sahara occidental : la dangereuse tentation marocaine
Une déstabilisation du Sahara occidental ne manquerait pas de provoquer de nouveaux mouvements migratoires vers les îles Canaries et les côtes espagnoles / Photo par argus / Adobe Stock pour TSA
Amar Belani
Durée de lecture 2 minutes de lecture
Clock 2 minutes de lecture

La volonté des autorités marocaines de prendre le contrôle des emprises de la MINURSO situées à l’Est du mur de sable, notamment dans le secteur de Tifariti, marque un tournant dangereux dans le conflit au Sahara occidental.

Après la liquidation du dispositif onusien, Rabat semble vouloir exploiter le vide sécuritaire pour étendre son contrôle aux territoires administrés par le Front Polisario.

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Sahara occidental : le Maroc joue avec le feu

Une telle initiative exposerait le Maroc à une guerre asymétrique prolongée. Le Polisario dispose des moyens de mener des opérations de guérilla, de multiplier les attaques contre les positions militaires et les infrastructures économiques en territoire sahraoui occupé. Il pourrait ainsi imposer à l’armée marocaine une guerre d’usure.

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La pression militaire ne serait pas le seul front auquel Rabat devrait faire face. Dans les territoires sahraouis occupés, une nouvelle offensive marocaine raviverait la contestation politique et provoquerait des mouvements de révolte contre l’administration d’occupation marocaine.

Mais le danger tient surtout à un possible élargissement régional du conflit. Toute progression militaire marocaine vers les territoires proches de la frontière Sud-Ouest de l’Algérie serait considérée comme une menace stratégique.

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Rabat commettrait une erreur fatale en croyant que la disparition de la MINURSO lui permet d’engager son armée au contact de la frontière algérienne.

Dans le contexte de tensions bilatérales persistantes, un incident frontalier ou une escalade mal maîtrisée pourrait rapidement dégénérer en affrontement. Les conséquences dépasseraient alors largement le cadre du Sahara occidental.

Le silence européen face à cette perspective est particulièrement préoccupant. Celui de l’Espagne l’est davantage encore. Ancienne puissance coloniale, elle demeure, au regard du droit international, la puissance administrante de jure du Sahara occidental. Madrid ne saurait donc se retrancher derrière son soutien politique au Maroc ni considérer que la disparition de la MINURSO met fin à ses responsabilités historiques et juridiques.

Le silence incompréhensible de l’Espagne

Cette attitude est d’autant plus incompréhensible que l’Espagne figure parmi les pays européens les plus exposés aux conséquences d’une reprise des hostilités. Une déstabilisation du Sahara occidental ne manquerait pas de provoquer de nouveaux mouvements migratoires vers les îles Canaries et les côtes espagnoles. Elle menacerait également les approvisionnements énergétiques, les intérêts économiques européens et les dispositifs de coopération sécuritaire avec les pays du Maghreb.

Bruxelles semble faire preuve de la même indifférence. L’Union européenne dispose pourtant de moyens économiques, commerciaux et diplomatiques considérables pour dissuader Rabat de toute nouvelle aventure militaire. La France et l’Espagne, en raison de leur proximité avec les autorités marocaines, disposent d’une capacité d’influence particulière.

Plutôt que de s’arroger un droit de regard totalement indu et scandaleux sur la coopération militaire entre l’Algérie et le Niger, cette Europe ferait mieux de regarder les menaces qui s’accumulent au Sahara occidental, au lieu de s’ériger en juge et de réclamer des comptes à des États souverains.

En refusant de fixer des limites claires aux ambitions territoriales marocaines, les capitales européennes risquent de transformer leur soutien politique à Rabat en encouragement implicite à l’escalade.

L’Europe pourrait alors payer le prix d’une politique de complaisance dont elle ne maîtrise ni les conséquences ni l’issue. Elle ne pourra pas prétendre avoir été prise au dépourvu si une nouvelle guerre au Sahara occidental débouche sur une confrontation de plus grande ampleur et une déstabilisation durable de toute la région.

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