
La trituration des olives génère de grandes quantités de sous-produits. S’ils sont abandonnés dans la nature, ils deviennent une source de pollution à proximité des barrages. C’est le cas en Kabylie où des entrepreneurs tentent de les valoriser.
Dans cette région, la récolte bat son plein et les moulins tournent à plein régime pour triturer les olives que leur apportent les agriculteurs. Selon le procédé utilisé, ils génèrent des grignons d’olive ou des margines.
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Margines et grignons, « une plaie » écologique ?
Les grignons sont composés des noyaux et de la pulpe des olives une fois que celles-ci ont été pressées, soit 35 à 40 % des récoltes, selon Karim Kouraba des services agricoles de Tizi-Ouzou. Ces grignons représentent une masse considérable de matière dans la mesure où les quantités récoltées au niveau national sont en constante progression.
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Les margines se présentent sous forme d’un liquide et ont « un impact environnemental très sévère et multiple, considéré comme l’un des principaux problèmes de pollution », selon Mourad Hamlat de l’université de Bejaïa.
Ces margines huileuses peuvent se retrouver flottant en surface du barrage de Taksebt confie à El Watan M’barek Aït Aoudia, le directeur de la direction de l’Environnement de Tizi-Ouzou.
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Actuellement, les grignons sont abandonnés à proximité des moulins ou discrètement jetés en bordure de chemins ou plus grave en bordure d’oueds. Contrairement aux huileries installées dans les régions steppiques, celles du Nord-Est du pays posent donc des problèmes du fait de leur grand nombre et de leur proximité avec les barrages.
La situation est telle que le média français « Reporterre » spécialisé en écologie titrait ce 10 décembre de façon exagérée : « Tout ce qui se trouve dans l’eau va mourir » : en Algérie, les déchets de la production d’huile d’olive polluent les fleuves ».
Dans la région de Tizi-Ouzou, on dénombre 368 moulins. Reporterre souligne qu’ils « devraient être équipés de bassins de décantation pour le traitement des margines. Mais dans les faits, ces effluents toxiques sont encore déversés dans les réseaux d’assainissement public. »
Dépôts sauvages de grignons
Un habitant près d’un village où se trouvent plusieurs huileries confie à ce média : « les chemins discrets qui permettent de traverser les nombreux champs et d’atteindre le fleuve. »
Des pistes de terre empruntées régulièrement par « des petits camions chargés de grignons pour vider leur contenu sans être inquiétés par les autorités. »
Une agricultrice installée en bordure du fleuve Sebaou confie : « Quelqu’un est venu durant la nuit pour décharger ce tas juste au bord de la route » et se bat quotidiennement contre « les responsables des déversements sauvages. »
L’habitant témoigne qu’une personne de son entourage se charge, à l’aide de son tracteur, « de faire plusieurs dépôts par jour. Elle touchait 3.000 dinars par chargement ». D’autres mettent le feu aux tas de grignons, ce qui n’est pas sans danger en été, d’autant plus que du fait de l’huile résiduelle qu’ils contiennent, les grignons sont dangereusement inflammables et difficilement maîtrisables une fois enflammés.
Verbalisation et valorisation
Selon El Watan de jeudi dernier, 17 huileries ont été fermées dans la wilaya de Tizi-Ouzou après contrôle des services de l’Environnement. Des huileries notamment situées à Aït Yahia Moussa, Draâ El Mizan et Boghni.
Cette verbalisation est précédée d’opération de prévention : « Au lancement de la campagne oléicole, les autorités ont appelé les propriétaires d’huileries à nettoyer leurs bassins de décantation et fait de la prévention auprès de certains d’entre eux pour qu’ils recyclent les résidus du pressage des olives, mais aucune solution concrète ne leur a été proposée », souligne Reporterre.
Pour sa part, l’expert agronome Akli Moussouni regrette que : « Ces sous-produits ne font l’objet d’aucun programme de valorisation ». Il énumère les usages possibles : fertilisants après compostage des grignons ou après traitement des margines.
Les usages agricoles sont divers : « Les grignons peuvent aussi être transformés en alimentation animale et en combustible », explique Akli Moussouni. Il est parfois observé des poules picorer autour des tas de grignons abandonnés.
La Tunisie produit 600.000 tonnes de grignons et très tôt les agronomes tunisiens s’y sont intéressés. Dès 2011, Faten Rejeb Gharbi, co-auteur d’une étude, rappelait que les grignons « peuvent se substituer à des taux relativement élevés aux ingrédients importés entrant dans la ration des lapins et des ruminants. » Une substitution pouvant permettre une économie de devises de plus de 40 millions € à la Tunisie.
De son côté, en Algérie, l’institut de l’arboriculture (ITAF) a montré qu’un épandage spécifique des margines sur les sols agricoles pouvait venir en réduction des engrais chimiques.
Une valorisation sous forme de combustibles
La coopération entre les Pays-Bas et la filière oléicole locale s’intéresse à la valorisation des grignons. Comme à Gaza où les combustibles sont rares, l’idée est de valoriser les noyaux d’olive pour produire de l’énergie relate sur Linked In Eva van der Fluit, la coordinatrice pour l’Algérie et la Tunisie de l’organisation non gouvernementale PUM (Netherlands Senior Experts).
Ces jours-ci, Harrie Knoef, un expert en énergie de PUM a accompagné l’entreprise Biocompost de Béjaïa. Une entreprise créée en 2012 par Boubekeur Amzal pour valoriser les déchets organiques.
Avec Harrie Knoef, ils ont étudié « la faisabilité de l’utilisation de noyaux d’olive broyés » et ils ont identifié et discuté plusieurs options. Ils ont conclu qu’il existe « plusieurs pistes prometteuses » d’autant plus que celles-ci peuvent être « développées en parallèle ».
Il s’agit de la production d’un combustible destiné au marché des barbecues ou l’exportation de noyaux vers l’Union européenne pour « la production de pellets » à usage de chauffage domestique. La première option est privilégiée, car elle « n’a pas besoin d’être transportée sur de longues distances », relate Eva van der Fluit.
Une option déjà développée par Bio Heat Grignon, une entreprise algérienne implantée à Tizi-Ouzou qui présente sur son site Internet toute une gamme de combustibles.
À plusieurs reprises, des huileries ont été verbalisées à la suite des infractions concernant grignons et margines. La pollution est telle que selon le principe de « pollueur payeur », l’évacuation hebdomadaire par camions de ces sous-produits vers des sites de valorisation mériterait d’être organisée et financée par la filière à travers une taxe spécifique.
Les oliveraies du Nord-Est de l’Algérie représentent une richesse extraordinaire. Une valorisation réussie de leurs sous-produits ne pourrait que rehausser la valeur de cette culture séculaire.