
Moins de deux mois auront été suffisants au ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, pour marquer nettement sa différence avec son prédécesseur Bruno Retailleau sur des questions comme la relation avec l’Algérie ou la place des musulmans en France.
Pendant ce laps de temps, l’ancien préfet de police de Paris a commencé aussi à obtenir des résultats, là où le président des Républicains a lamentablement échoué par sa méthode du « bras de fer » et du « rapport de force ».
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La méthode Nuñez
Dès sa nomination en octobre dernier, Nuñez s’est attelé, d’abord par une communication apaisée, à arranger ce qu’une année de gestion à la hussarde a abîmé.
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Le simple remplacement de Bruno Retailleau était de nature à faciliter la reprise du contact avec l’Algérie qui avait signifié, par la voix de son président de la République, qu’elle ne voulait pas de l’ancien ministre de l’Intérieur comme interlocuteur.
Le nouveau discours apporté par Laurent Nuñez a sans doute contribué à accélérer les choses. Le président français Emmanuel Macron s’est remis à écrire à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune après plusieurs mois de coupure, l’écrivain Boualem Sansal a été remis en liberté sur une grâce présidentielle et la secrétaire générale de l’Élysée a été accueillie à Alger pour relancer les discussions sur les questions en suspens.
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Laurent Nuñez va se déplacer en personne en Algérie, ayant lui-même révélé avoir été invité par son homologue algérien.
Le discours du nouveau ministre de l’Intérieur est fait d’abord de respect, puis de beaucoup de pragmatisme. Il est destiné à la fois à l’Algérie et aux Français, avec tellement de tact qu’il est favorablement accueilli de part et d’autre.
Laurent Nuñez a constaté dès son arrivée qu’il n’y a plus de coopération sécuritaire entre les deux pays et « c’est un problème », a-t-il dit.
Ancien de la DGSE (direction générale de la sécurité intérieure) et ancien préfet de police de Paris, Laurent Nuñez a cette légitimité d’aborder les questions sécuritaires en connaissance de cause.
En France, Laurent Nuñez se démarque chaque jour un peu plus de Bruno Retailleau
Dans un entretien à La Tribune à la mi-novembre, il s’est défini comme un « opérationnel ». « Je suis à la tête d’un ministère opérationnel. J’entends donc être un opérationnel, politique certes, mais opérationnel d’abord », a-t-il dit.
L’homme est d’autant plus crédible que, contrairement à son prédécesseur, on ne lui connaît aucune attache partisane, encore moins des ambitions politiques qui lui feraient instrumentaliser ses dossiers.
Né en Algérie de parents pieds-noirs, le ministre Nuñez a estimé que sa nomination a été plutôt bien accueillie à Alger. « Je crois être apprécié en Algérie, pays avec lequel j’ai toujours beaucoup travaillé, que ce soit quand j’étais à la tête de la DGSI ou coordinateur du renseignement », a-t-il dit.
Sur la question plus globale de la place de l’Islam et des musulmans, Nuñez se démarque tout aussi nettement de Retailleau qui s’est distingué par ses attaques frontales contre cette communauté, comme lorsqu’il a lancé son cri de guerre en mars dernier, « à bas le voile », où lorsqu’il avait débattu à la télé, en février, avec une lycéenne voilée.
« Stigmatisantes »
La question de la place des musulmans en France s’est de nouveau invitée dans le débat en France avec le dépôt par un groupe de sénateurs des Républicains, le parti de Retailleau, d’une proposition de loi interdisant le port du voile par les mineures et le Ramadan aux moins de 16 ans.
L’avis du ministre de l’Intérieur en exercice est évidemment important. Sollicité, Nuñez a sans ambages dit qu’il n’est « pas favorable » à une telle mesure qui, juge-t-il, serait « très stigmatisante vis-à-vis de nos compatriotes musulmans qui peuvent se sentir blessés ».
N’étant pas tenté d’instrumentaliser la chose, le ministre de l’Intérieur a livré une analyse très lucide, rappelant que ce ne sont pas des fillettes qui doivent être ciblées, mais « des structures, des individus qui portent un discours d’entrisme ». Laurent Nuñez est décidément l’antithèse de Bruno Retailleau sur toute la ligne.