
Après plus de 18 mois de crise inédite, l’Algérie et la France ont entamé un processus de retour à la normale. Laurent Nunez, le ministre français de l’Intérieur, a quitté Alger “satisfait”, après une visite de deux jours les 16 et 17 février, au cours de laquelle les deux parties ont officiellement rétabli la coopération sur les questions sécuritaires et migratoires “au plus haut niveau”.
Les plus prudents des observateurs, ayant en mémoire la tentative avortée d’avril 2025, attendent de voir à l’épreuve du terrain cette volonté partagée de dépasser la crise. Chat échaudé craint l’eau froide ?
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Alors que plusieurs éléments permettent d’entrevoir la fin de la brouille, des écueils pourraient en effet surgir.
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Les plus optimistes avancent que la crise a trop duré et que les deux pays, qui ont en commun une forte communauté humaine et une foule d’intérêts, notamment économiques, qui se rencontrent, ne peuvent plus se permettre de laisser la rupture perdurer davantage.
Ils soulignent aussi que le départ de Bruno Retailleau du ministère français de l’Intérieur en octobre dernier constitue un élément facilitateur du rapprochement, étant donné que le discours anti-algérien n’est plus exprimé au sein du gouvernement français.
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Le préalable de l’Algérie a toujours été d’avoir des interlocuteurs valables et respectueux et que cesse le ton comminatoire et belliciste. Ces conditions semblent réunies -du moins, les choses ont nettement évolué par rapport à l’année passée avec Retailleau à la tête du ministère de l’Intérieur-.
Et c’est sans doute ce qui explique le succès de la visite de Laurent Nunez et la levée du blocage sur un important segment de la relation bilatérale, soit la coopération sécuritaire et migratoire.
Au chapitre des écueils, le processus de rapprochement en cours n’est pas à l’abri d’une action néfaste du courant anti-algérien et risque aussi de buter sur la complexité de certains dossiers en suspens.
Ce qui attend Alger et Paris sur le chemin du rapprochement
En avril 2025, Alger et Paris étaient sur le point de tourner la page de la brouille, avec une visite en Algérie très médiatisée du chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot, l’une des voix apaisées qui faisait contrepoids au sein du gouvernement français au discours provocateur de Bruno Retailleau.
Les choses sont toutefois brusquement retournées à la case départ après l’arrestation par les services de la sécurité intérieure française d’un agent consulaire algérien en poste à Paris.
Cette affaire a nettement aggravé la crise, avec des expulsions réciproques de diplomates et d’agents consulaires jamais vues depuis l’indépendance et le rappel de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, qui n’a toujours pas regagné son poste. Son vis-à-vis algérien a été rappelé en juillet 2024 et le poste reste vacant.
L’Algérie l’avait dit sans ambages dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères : c’est Bruno Retailleau qui a orchestré cette affaire pour saboter le processus de rapprochement.
Certes, le ministère français de l’Intérieur a changé de titulaire et il est depuis octobre dernier entre les mains d’un technocrate sans ambition politique connue et, qui plus est, a désavoué la méthode de son prédécesseur et ne s’exprime sur l’Algérie qu’avec le respect et la considération dus à un État souverain.
Mais le courant extrémiste demeure très présent et garde toute sa capacité de nuisance, dans la société, au sein d’une grande partie des médias et peut être aussi dans les rouages de l’État.
Du reste, ce n’est pas à quelques mois de la présidentielle cruciale de 2027 qu’il cessera d’instrumentaliser une question aussi porteuse électoralement que la relation France-Algérie. Bien au contraire, le sujet Algérie risque d’être central dans la course à l’Élysée qui sera lancée après les communales de mars prochain.
Un réchauffement progressif délicat
L’autre épreuve de vérité qui attend Alger et Paris dans leur entreprise de rapprochement, c’est la complexité de certains dossiers. On pense notamment à l’incarcération en France d’un agent consulaire algérien et la détention en Algérie du journaliste français Christophe Gleizes.
Il y a aussi la question des extraditions réclamées par l’Algérie, les difficultés qui pourraient surgir dans l’exécution des expulsions de clandestins ou encore le défi de rétablir pleinement un partenariat économique très affecté par la crise.
Si Nunez est reparti « satisfait » en France, gagnant ainsi une première bataille contre le courant extrémiste qui l’attendait au tournant, la concrétisation des engagements pris par les deux parties lors de cette visite est crucial pour la poursuite du réchauffement progressif.